Nanouche : critique de la série jeunesse oubliée de Renoy
| Auteurs | Renoy (scénario et dessins, à partir du tome 2), De Janeiro (scénario du tome 1) |
| Magazine de prépublication | Nouveau Tintin (NT n° 116, fin 1977) |
| Éditeur | Le Lombard |
| Pages | Quatre albums de 44 pages |
| Période de publication | 1981-1983 (albums) — prépublication Tintin 1977-1980 |
| Genre | Franco-belge / Aventure / Comédie d’action |
| Personnage central | Nanouche, cascadeuse de cinéma intrépide |
| Casting secondaire | Dilux (producteur de cinéma) |
| Albums | Festival pour une Japonaise / Corrida pour une nuit blanche / Des clous pour le Cachemire / Le secret du fou à la frégate |
Fin 1977, le Nouveau Tintin (NT) publie dans son numéro 116 le premier épisode d’une série dont l’héroïne est cascadeuse de cinéma. Une cascadeuse de cinéma comme héroïne, c’était un choix audacieux pour un magazine jeunesse de cette époque : les protagonistes féminines actives étaient encore rares dans la bande dessinée franco-belge des années 1970. La série s’appelle Nanouche, et c’est l’une des séries oubliées de la BD jeunesse des années 70 qui mériterait une vraie redécouverte.
Quatre albums entre 1981 et 1983. Et pourtant, en 1983, plus de nouvelle aventure. La cause principale : les retards chroniques de Renoy, qui n’arrivait pas à tenir le rythme de prépublication exigé par Tintin.
Une héroïne qui défonce les voitures
Nanouche est une jeune femme passionnée de moto, d’acrobaties et de risque, qui gagne sa vie en faisant les cascades sur les tournages de cinéma. Elle évoque par moments Julie Wood (l’héroïne motarde de Jean Graton, le créateur de Michel Vaillant, parue chez Dargaud à la même époque), mais avec une dimension comique plus assumée et un casting secondaire plus développé.
L’idée de départ est simple : entre deux contrats de cascade, Nanouche se retrouve mêlée à des enquêtes policières et à des aventures variées (sauvetages, chasses au trésor, compétitions acrobatiques). Elle traverse les épisodes en provoquant des accidents qu’elle est la seule à survivre indemne (sa propre carrosserie, en revanche, n’a jamais cette chance). C’est une série d’aventures pures, sans prétention philosophique, qui assume son objectif : amuser un lecteur de Tintin pendant 44 pages.
Renoy, beau-frère de Derib et héritier de l’école Mittéï
Le scénario du tome 1 (Festival pour une Japonaise) est signé De Janeiro, mais à partir du tome 2, Renoy reprend l’écriture en plus du dessin et devient auteur complet de la série. Cette transition est intéressante : Renoy est un dessinateur qui apprend à devenir scénariste sur le tas, et on voit son écriture s’affiner d’un album à l’autre.
Renoy, de son vrai nom Pierre Renwa, est un nom qu’il faut connaître pour comprendre l’école Tintin des années 70-80. Il a été l’encreur de Mittéï au début de sa carrière, à dix-sept ans, ce qui explique l’influence très visible de l’école humoristique belge dans ses premières planches. Plus tard, il évolue vers un style plus semi-réaliste qui rappelle Walthéry (le créateur de Natacha) et Dany. À noter aussi : Renoy est le beau-frère de Derib, le créateur de Yakari et de Buddy Longway. Le réseau familial Renwa / de Ribaupierre traverse plusieurs grandes séries franco-belges des années 70-80.
Le casting secondaire qui fait le sel
Trois personnages secondaires reviennent d’un album à l’autre et donnent à la série sa cohérence. Dilux est le producteur de cinéma qui emploie Nanouche, figure paternaliste et faire-valoir comique récurrent. C’est typiquement le rôle de patron-mentor à la fois protecteur et envahissant qu’on trouvait souvent dans la BD franco-belge de cette époque.
D’autres personnages secondaires gravitent autour de Nanouche au fil des albums, mais c’est Dilux qui revient le plus systématiquement comme contrepoint comique de l’héroïne.
Quatre albums et puis silence
Pourquoi Nanouche s’arrête après 1983, alors que la série marchait commercialement et que les lecteurs en redemandaient ? Renoy n’arrivait pas à tenir ses délais. Son rythme de production restait trop irrégulier pour soutenir une série fixe dans un hebdomadaire. Les trois premiers albums, qui rassemblent des épisodes courts prépubliés avec des planches de raccord, ont souffert d’une parution erratique dans Tintin (parfois plusieurs semaines, parfois plusieurs mois entre deux livraisons), ce qui n’a pas aidé la série à fidéliser son lectorat.
C’est un schéma qu’on retrouve souvent dans la BD franco-belge de l’époque : un auteur talentueux mais incapable de suivre un planning industriel, et un éditeur qui ne sait plus comment gérer la situation. Tintin finit par abandonner la série, Renoy bascule vers d’autres projets, et Nanouche tombe dans l’oubli.
Pour qui s’intéresse à la BD franco-belge des années 70-80, ces quatre albums sont une jolie redécouverte. Ils ne sont jamais réédités en intégrale, et on les trouve uniquement en occasion sur Rakuten, eBay ou en bouquinerie spécialisée. Compter cinq à quinze euros par album selon l’état.
Notre verdict
Bon mais incomplet
Une héroïne cascadeuse pleine de charme dans le journal de Tintin de la fin des années 70. Quatre albums oubliés par Renoy, série interrompue par les retards chroniques de l’auteur, mais qui méritent largement d’être redécouverts.
Points forts
- Une héroïne cascadeuse, métier inhabituel en BD jeunesse de l’époque
- Présence d’un casting secondaire récurrent autour du producteur Dilux
- Évolution graphique nette de Renoy entre le premier et le dernier album
- Une héroïne féminine motarde et cascadeuse, casting marquant pour un magazine jeunesse de l’époque
- Connections généalogiques intéressantes (ancien assistant de Mittéï, beau-frère de Derib)
Points faibles
- Série interrompue à 4 albums alors qu’elle avait du potentiel pour le double
- Prépublication erratique qui a coulé la fidélisation du lectorat
- Aucune réédition : difficile à dénicher en bon état
- Pas de cinquième album malgré un potentiel évident pour des suites
Pour qui ?
Pour les amateurs de BD jeunesse franco-belge des années 70-80, les fans de Tintin magazine, et ceux que les héroïnes féminines pré-modernes intéressent. Une jolie redécouverte d’occasion.
À lire aussi : Modeste et Pompon : critique de l’intégrale Franquin
Questions fréquentes
Qui est Renoy ?
Renoy, de son vrai nom Pierre Renwa, est un dessinateur belge formé à l’école humoristique de Mittéï dont il fut l’encreur à dix-sept ans. Beau-frère de Derib (créateur de Yakari et Buddy Longway), il fait partie de cette grande famille étendue des auteurs Tintin/Le Lombard des années 70-80. Sa série la plus connue reste Nanouche, malgré ses retards chroniques de production.
Combien d’albums compte Nanouche ?
Quatre albums publiés entre 1981 et 1983 chez Le Lombard, avec une prépublication dans le Nouveau Tintin entre 1977 et 1980 : Festival pour une Japonaise, Corrida pour une nuit blanche, Des clous pour le Cachemire et Le secret du fou à la frégate. La série a été interrompue à cause des retards chroniques de Renoy, qui ne tenait pas le rythme de prépublication exigé par le journal Tintin.
Nanouche est-elle rééditée ?
Non. Les quatre albums originaux n’ont jamais été réédités et se trouvent uniquement en occasion sur Rakuten, eBay ou en bouquinerie BD spécialisée. Compter entre cinq et quinze euros par album selon l’état. Une intégrale serait pourtant un beau projet pour un éditeur patrimonial.
Quelle note pour Nanouche ?
3/5. Une série jeunesse franco-belge oubliée mais charmante, avec une héroïne rare pour l’époque (cascadeuse de cinéma). Note pénalisée par l’incomplétude : quatre albums seulement et pas de suite malgré le potentiel.




