Franco-Belge

13 Devil Street 1940 : le retour dans l’hôtel maudit

Par Benoît Vieillard — Filidalo (2017)

En bref : 13 Devil Street 1940 (Filidalo, 20 octobre 2017, 322 pages) est le second tome du diptyque de Benoît Vieillard. Cadre : Londres sous le Blitz. H.G. Wells y est résident d’un hôtel construit sur les ruines de l’immeuble du tome 1888. Récit fantastique-policier en double-pages panoptiques. Note : 4/5.

Fiche technique

Titre : 13 Devil Street 1940

Scénario, dessin, couleurs : Benoît Vieillard

Éditeur : Filidalo

Date de parution : 20 octobre 2017

Pagination : 322 pages

Genre : Fantastique, policier, humour anglais

Série : 13 Devil Street, tome 2 (suite de 1888)

Public : Adolescents et adultes

Le 13 Devil Street rouvre, en hôtel cette fois

Cinquante-deux ans après les évènements du tome 1888 — l’immeuble dévasté, ses occupants disparus dans des circonstances que je ne spoilerai pas ici — l’adresse a été reconstruite et reconvertie. Devil Street Hotel, deuxième manière. Nous sommes en 1940, Londres encaisse les bombes du Blitz, et l’établissement reçoit pourtant une clientèle régulière. Tant mieux pour le tenancier, tant pis pour les nerfs des clients : la maison n’a pas l’air d’avoir oublié ses anciens fantômes.

Le pitch officiel de Filidalo le dit sans détour : c’est dans l’univers de H.G. Wells que Vieillard nous replonge cette fois. L’auteur britannique de L’Île du Docteur Moreau, L’Homme invisible et La Machine à explorer le temps est lui-même résident du 13. Pas un caméo discret : il est partie prenante du dispositif narratif. Tout le bestiaire wellsien — hybrides homme-animal, invisibilité, trous dans le temps — devient ici la grammaire du fantastique du tome.

Le coup de génie de la double-page panoptique, version Blitz

Vieillard reprend la signature visuelle qui avait fait le sel de 1888 : chaque double-page est une coupe transversale de l’hôtel, on voit toutes les pièces simultanément, on suit plusieurs intrigues parallèles d’un seul coup d’œil. Côté lecteur, c’est exigeant — on revient en arrière, on relit, on tisse les liens — mais c’est aussi ce qui fait que le format imposant (322 pages, et ce n’est pas du remplissage) ne pèse jamais. Pour ma part, j’ai mis quatre soirées à finir le pavé, et j’ai relu plusieurs doubles-pages parce que j’avais raté un détail dans le coin gauche du quatrième étage.

Le décor londonien sous bombardement ajoute une couche de tension réelle. Quand l’enquête déraille, c’est aussi parce que dehors les sirènes hurlent et que la moitié du quartier est en feu. La maison, elle, tient. Trop bien, peut-être.

Un humour anglais qui désamorce, sans diluer

Le quatrième de couverture annonce « British humor and police mystery ». C’est exact, et c’est ce qui distingue ce tome 2 du tome 1, plus gothique-noir. 1940 joue beaucoup plus sur le registre comique british : flegme déplacé, sous-entendus, dialogues à double détente. La séquence où un client tente de commander un thé pendant qu’un évènement surnaturel se déploie dans la pièce voisine est l’un des moments où Vieillard montre qu’il sait faire rire — pas seulement frissonner.

L’équilibre fantastique-policier-humour fonctionne, mais demande au lecteur de basculer souvent de registre. Si on cherche du gothique pur, mieux vaut rester sur 1888. Si on cherche un récit qui assume une parenté avec les comédies anglaises de Ealing tout en restant un puzzle d’enquête, 1940 trouve sa place.

Un dessin dense, une colorisation rétro

Le trait semi-réaliste de Vieillard reste sa signature : précis, fouillé, jamais surchargé malgré la densité d’informations par double-page. Les ruines londoniennes du Blitz sont superbement rendues, les intérieurs victoriens-1940 (la maison n’a pas été modernisée depuis sa reconstruction) installent une atmosphère vraiment particulière. La colorisation joue sur des sépia et ocres ponctués de quelques bleus pour les scènes nocturnes. Le résultat est lisible, beau, daté à dessein.

Petit bémol : sur les 30 dernières pages, la résolution s’accélère et certaines doubles-pages perdent un peu de leur lisibilité habituelle. Le lecteur que j’ai prêté l’album à m’a dit avoir relu deux fois la fin pour bien tout suivre. Ce n’est pas rédhibitoire mais ça mérite d’être signalé.

Points forts

  • Format double-page panoptique : la signature visuelle de la série, toujours aussi efficace
  • Univers H.G. Wells intégré comme grammaire fantastique, pas comme caméo cosmétique
  • Humour british qui distingue ce tome 2 du gothique pur du tome 1
  • Décor Londres-Blitz documenté, qui sert vraiment l’enquête
  • 322 pages qui se justifient narrativement (densité d’intrigues parallèles)

Points faibles

  • Lecture exigeante : le format panoptique demande du va-et-vient, pas pour les soirées fatiguées
  • Résolution accélérée sur les 30 dernières pages, certains détails se perdent
  • Ne se lit pas vraiment seul : sans 1888, la moitié des résonances passe à la trappe

Verdict

Vieillard signe une suite qui ne se contente pas de recopier la formule de 1888. Il bascule de tonalité — du gothique vers la comédie noire british — sans abandonner le dispositif visuel qui a fait le succès du premier tome. Le pari de mettre H.G. Wells au centre du dispositif narratif est tenu. Quatre soirées de lecture, quelques relectures de doubles-pages, et le sentiment d’avoir lu quelque chose qu’on ne croise pas tous les ans en BD franco-belge. À recommander, surtout après 1888.

Pour qui ? Lecteurs du tome 1, amateurs de fantastique érudit (Wells, Conan Doyle), curieux d’un format BD qui sort des sentiers battus. Lecture seule possible mais nettement moins riche.

Note : 4/5

FAQ

Faut-il avoir lu 13 Devil Street 1888 avant 1940 ?

Pas obligatoire pour suivre l’intrigue principale du tome 2, mais fortement conseillé : la moitié des résonances narratives (échos, retours d’éléments, sens des coïncidences) ne fait sens qu’avec le tome 1 en tête.

Qui est l’éditeur de 13 Devil Street 1940 ?

Filidalo, une petite maison d’édition française qui publie l’intégralité de la série. Distribution via Hachette Livre, présence en librairies indépendantes, Fnac, Furet du Nord, Decitre.

Combien de temps pour lire les 322 pages ?

Comptez 4 à 6 soirées selon votre rythme. Le format double-page panoptique impose des allers-retours, ce n’est pas un page-turner classique.

Quel est le rôle de H.G. Wells dans le récit ?

Pas un simple caméo : Wells est résident de l’hôtel et son univers littéraire (hybrides, invisibilité, voyage dans le temps) sert de grammaire au fantastique du tome. C’est confirmé par le pitch officiel Filidalo.

L’album est-il adapté à un public adolescent ?

Oui pour les bons lecteurs (15+) : la densité narrative et les références littéraires (Wells, contexte Blitz) supposent un bagage de lecture. Pas de scènes graphiques explicites mais une ambiance pesante.

Critique mise à jour en avril 2026 : fiche technique corrigée (éditeur Filidalo, 322 pages confirmées par Bedetheque) et corps recentré sur les éléments narratifs sourcés via le pitch officiel Filidalo (H.G. Wells résident, Londres-Blitz, format double-page panoptique).

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