Franco-Belge

Rolqwir : un chevalier français débarque dans un Japon techno-avancé

Par Philippe Cardona & Florence Torta — Soleil Productions (2013-2014)

Fiche Technique

Titre : Rolqwir

Scénario : Philippe Cardona & Florence Torta

Dessin : Philippe Cardona

Couleurs : Florence Torta

Éditeur : Soleil Productions (collection Humour ; Soleil Jeunesse pour le tome 3)

Année : 2013-2014 (un fanzine pilote auto-édité en 2009)

Format : 3 albums cartonnés, 48 pages, 21,7 × 29,7 cm

Genre : manga d’auteurs européens, comédie historique cross-culturelle

Public : à partir de 10 ans

Un chevalier de Louis XXIII débarque au Japon — et trouve plus avancé que lui

Rolqwir part d’une idée bête comme chou et juste assez tordue pour tenir trois tomes : à bord du Schallach, un navire hollandais, le chevalier Jean de Rolqwir est expédié au XVIIIᵉ siècle vers Yamato, ce que la cour du roi Louis XXIII considère comme une lointaine île de sauvages. Sa mission : civiliser le Japon. Le voyage est long, le chevalier sûr de lui, et la suite parfaitement gênante.

Parce que ce que Rolqwir découvre en posant le pied sur la rive, ce n’est pas un peuple à éduquer. C’est un Japon où les voitures roulent sans chevaux, où les gratte-ciel jouxtent les pagodes, où les héros locaux sortent tout droit d’un shōnen contemporain. Le décalage entre le monde mental du chevalier — Lumières, monarchie, paternalisme colonial — et la réalité de Yamato fait basculer le récit dans la comédie pure. Cardona et Torta n’écrivent pas un pastiche d’Édo ni un récit d’aventure historique : ils télescopent deux époques pour piéger leur héros dans son propre orgueil.

Trois tomes pour faire descendre un chevalier de son piédestal

Le tome 1, Baguettes de pain et baguettes en bois (mai 2013), pose tout : l’arrivée, le choc culturel, l’ouverture symbolique d’une boulangerie française, et une première intrigue où Rolqwir doit aider à libérer cinq villages tombés sous la coupe d’un certain Takeshi. C’est le tome qui doit poser le ton et il s’en sort honorablement, avec quelques scènes de dialogue qui tournent à l’absurde franc.

Le tome 2, Le Plus Grand des héros (janvier 2014), force le chevalier à endosser malgré lui une stature héroïque qu’il n’a jamais cherchée. C’est paradoxalement le volume le plus drôle de la série, parce que le malentendu cesse d’être uniquement culturel pour devenir aussi narratif : Yamato veut un héros, et Rolqwir, par défaut, fera l’affaire.

Le tome 3, L’arme farfalle (septembre 2014), referme le cycle sur une intrigue de héros locaux qui disparaissent un à un. Rolqwir, maintenant installé, hésite entre l’envie d’être lui aussi enlevé (preuve qu’il compte) et la peur que cela arrive vraiment. Le ton reste léger, l’arc se boucle, et la série s’arrête là.

Un manga « réalisé par des Européens » qui assume son hybridité

Manga-news classe Rolqwir comme « manga shōnen réalisé par des Européens », et la formule colle. Cardona dessine en respectant nombre de codes graphiques du manga d’action — découpage dynamique, expressions exagérées, chibis ponctuels — mais sans chercher à camoufler son trait franco-belge. Florence Torta met en couleurs au lieu de laisser un noir et blanc « à la japonaise », ce qui ancre tout de suite l’objet du côté de la BD européenne. Cette hybridité graphique n’est pas qu’une coquetterie : elle reflète exactement le sujet du livre, un Européen qui essaie de se fondre dans Yamato sans renoncer à ce qu’il est.

Le résultat, sans être révolutionnaire, fait son effet sur le public visé. La planche est lisible, les gags visuels arrivent au bon moment, et les références à la pop culture nipponne sont assez disséminées pour faire plaisir à qui les attrape, sans jamais bloquer celui qui passe à côté.

Une comédie qui parle aussi (un peu) de colonialisme

Si Rolqwir reste avant tout une série jeunesse drôle, le pitch porte une critique implicite plutôt sympathique. Le chevalier français incarne en condensé tous les travers de la mission civilisatrice : certitude d’avoir raison, mépris à peine voilé pour ce qu’il ne comprend pas, refus de réviser son jugement même face à l’évidence. Le ressort comique vient justement de son incapacité à reconnaître que Yamato n’a besoin de personne pour exister. Cardona et Torta n’appuient jamais le propos, mais il est là, en filigrane, et c’est ce qui empêche la série de n’être qu’un enchaînement de gags.

Cardona et Torta : un duo qui sait faire rire avec le Japon

Les deux auteurs ne débarquent pas par hasard sur ce terrain. Florence Torta a étudié les arts et la langue japonaise à l’université d’Aix-en-Provence, où elle a rencontré Philippe Cardona. Le duo s’est fait connaître avec Sentaï School (Soleil) et a participé à Noob. Tous deux passionnés de jeu vidéo, de cinéma et de manga, ils écrivent Rolqwir en connaissance de cause, ce qui se sent au choix des références et à la justesse des codes manga revisités. Le projet a même eu un tome 0 fanzine en 2009, tiré à 50 exemplaires pour la Chibi Japan Expo Sud, avant que Soleil ne reprenne la série quatre ans plus tard.

Verdict

Sans être un grand œuvre, Rolqwir est exactement ce qu’il prétend être : une comédie franco-japonaise efficace, qui prend son pitch à bras-le-corps et l’épuise sur trois tomes sans s’éterniser. La cible jeunesse trouvera son compte dans le rythme et les gags ; le lecteur adulte un peu averti repérera les clins d’œil aux codes manga, à la BD historique et, plus discrètement, à l’arrogance coloniale dont le héros est la caricature involontaire. Trois albums, lus à la suite, font passer un bon moment et se relisent volontiers.

Note : 3/5

FAQ

Qui sont Philippe Cardona et Florence Torta ?

Le duo français qui signe aussi Sentaï School chez Soleil et a contribué à l’univers de Noob. Cardona dessine et co-écrit, Torta co-écrit et met en couleurs. Tous deux passionnés de Japon — Florence Torta a étudié le japonais à Aix-en-Provence — ils manient les codes du manga avec une vraie connaissance de cause.

Rolqwir, c’est de la fantasy ou un récit historique ?

Ni l’un ni l’autre. C’est une comédie cross-culturelle qui télescope volontairement deux époques : un chevalier français du XVIIIᵉ siècle débarque dans un Yamato où coexistent gratte-ciel modernes et pagodes traditionnelles. Le ressort principal est le décalage burlesque entre la mentalité du héros et la réalité du pays.

Faut-il lire les trois tomes ?

Oui, parce que la série fait exactement 144 pages au total et que l’histoire forme un cycle clos en 2014. Le tome 1 installe la situation, le tome 2 (le plus drôle) joue à fond du malentendu héroïque, le tome 3 conclut. Aucun spin-off ni suite n’est venu prolonger l’aventure depuis.

Critique entièrement refondue le 28 avril 2026. La version précédente décrivait à tort un récit de heroic fantasy générique — en réalité, Rolqwir est une comédie cross-culturelle où un chevalier français du XVIIIᵉ siècle débarque au Japon et découvre une civilisation techno-avancée. Sources : bedetheque, manga-news, Éditions Soleil, Planète BD.

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