Franco-Belge

Les Enfants de la Résistance : critique de la BD de Dugomier et Ers

Par Vincent Dugomier (scénario) / Benoît Ers (dessin) — Le Lombard (2015)

J’ai acheté le premier tome des Enfants de la Résistance en librairie, un peu par hasard, en cherchant une BD historique à offrir à ma nièce de onze ans. J’ai lu les quatre premiers albums dans la foulée, debout entre deux rayonnages. Un garçon de treize ans dont la mère est morte et le père prisonnier en Allemagne trouve un tract de la BBC dans sa boîte aux lettres. Il n’a personne à qui en parler. Alors il en imprime cinquante. C’est un début modeste, presque banal — et c’est exactement ce qui rend la série de Dugomier et Ers aussi crédible.

Réponse courte

Les Enfants de la Résistance de Vincent Dugomier et Benoît Ers est une série BD historique en 10 tomes (Le Lombard, 2015-2026) qui suit trois adolescents dans la Résistance française de 1940 à 1945. Avec 2,5 millions d’exemplaires vendus et un film à 1,3 million d’entrées (2026), c’est la référence actuelle en BD historique jeunesse. Notre note : 4/5.

Critique mise à jour le 24 juin 2026 — par Sophie Delorme

Titre Les Enfants de la Résistance
Scénariste Vincent Dugomier
Dessinateur Benoît Ers
Éditeur Le Lombard
Publication Mai 2015 – Juin 2026
Nombre d’albums 10 tomes (série complète)
Genre Historique, aventure, jeunesse
Période couverte 1940 – 1945 (zone occupée, France)
Ventes Plus de 2,5 millions d’exemplaires
Prix Prix des BD des collèges de Poitou-Charentes 2016 (Festival d’Angoulême, tome 1)
Adaptation ciné Film de Christophe Barratier (février 2026, 1,3 million d’entrées). Suite L’Escalade prévue octobre 2027
Nationalité Belge

Trois enfants, un village, une guerre

François, Eusèbe et Lisa ont treize ans en 1940. François est le fils du fermier, frondeur et intrépide. Eusèbe est le fils de l’instituteur, réservé et prudent. Lisa dit venir d’Eupen, dans les cantons de l’Est germanophones, et sa présence au village de Pontain-l’Écluse complique tout dès le premier album. À eux trois, ils fondent le réseau clandestin « le Lynx », un nom qu’ils choisissent eux-mêmes parce qu’aucun adulte ne les prend au sérieux.

La série couvre cinq années de guerre en dix albums. Les premiers tomes suivent des actions de résistance modestes : tracts, sabotage de poteaux indicateurs, récupération d’un aviateur allié. Progressivement, les enjeux montent. Les représailles deviennent concrètes. Des personnages meurent. Le dixième et dernier tome, La Guerre n’est pas finie, paru en juin 2026, s’achève sur le débarquement et ses conséquences — sans la célébration simpliste qu’on attendrait d’une BD jeunesse.

La rigueur historique de Dugomier

Chez Dugomier, la Résistance n’est pas le décor d’une aventure : elle structure chaque tome. Chaque album s’appuie sur des témoignages d’anciens résistants et sur une documentation historique que le scénariste rend accessible sans la simplifier. Les dossiers pédagogiques en fin d’album, réalisés en partenariat avec la Fondation de la Résistance, ne sont pas du remplissage. Ils prolongent la lecture.

Ce qui distingue cette série de la plupart des BD historiques jeunesse, c’est le traitement de l’ambiguïté. Dugomier montre des soldats allemands qui jouent aux cartes dans la cuisine, un boulanger français qui fournit la troupe sans état d’âme, un voisin qui dénonce par jalousie. La collaboration est montrée dans sa banalité quotidienne : le boulanger qui fournit les troupes, le voisin qui dénonce par jalousie. Le Pays divisé (tome 5) est le meilleur exemple : la ligne de démarcation y devient un personnage à part entière, et la France coupée en deux n’est plus une abstraction de manuel scolaire.

J’ai relu les premiers tomes après avoir terminé la série. Ce qui m’a frappée, c’est la cohérence du projet. Dugomier savait dès le départ où il allait. Les indices plantés dans le tome 1 trouvent leur résolution dans le tome 10. Dugomier ne tâtonnait pas au fil des tomes — il avait un plan en dix albums, et il l’a exécuté avec méthode.

Le trait de Benoît Ers

Le dessin d’Ers est dans la tradition de la ligne claire franco-belge : lisible, expressif, fonctionnel. Les visages sont immédiatement identifiables. Les décors sont documentés avec précision — les uniformes, les véhicules, les intérieurs de ferme correspondent à la période. La colorisation, chaleureuse et terrienne, donne aux planches une tonalité de récit de transmission.

Ers n’est pas un virtuose du cadrage comme Hergé ou Franquin. Mais il est bon là où ça compte : les scènes de tension. Quand les enfants sont cachés dans un grenier et qu’un soldat monte l’escalier, la mise en page se resserre, les cases se rétrécissent, et le lecteur retient son souffle. Ces moments fonctionnent à chaque lecture. Ers privilégie l’efficacité narrative à la prouesse graphique. Sur dix albums, cette constance de fabrication compte davantage qu’un coup d’éclat isolé.

BD jeunesse ou BD tout court ?

La question se pose à chaque série réussie dans ce segment. Lou ! de Julien Neel a grandi avec ses lecteurs. Astérix se lit à tous les âges. Les Enfants de la Résistance appartient à cette catégorie de BD cataloguées jeunesse qui fonctionnent parfaitement pour un adulte.

Les premiers tomes sont accessibles dès 9-10 ans. Mais Combattre ou Mourir (tome 8) contient des scènes de violence et de mort qui ne conviennent pas aux plus jeunes. C’est une série qui accompagne la maturité du lecteur sur cinq années de publication — et sur cinq années de guerre.

Les chiffres de vente le confirment : 2,5 millions d’exemplaires écoulés selon Le Lombard, un tirage de 135 000 exemplaires pour le seul tome 10 (LigneClaire). Ce n’est plus un phénomène de niche jeunesse. La série s’est imposée comme un titre majeur de la BD franco-belge, portée autant par les achats scolaires et familiaux que par le bouche-à-oreille entre lecteurs adultes.

Dix tomes, une série bouclée

La série est désormais complète. La Guerre n’est pas finie (tome 10, juin 2026) ferme l’arc ouvert en 2015. C’est un avantage considérable pour le lecteur qui découvre la série aujourd’hui : dix albums, une histoire fermée. Un album compagnon, Les Enfants de la Résistance racontent (Le Lombard, octobre 2025, dessin d’Aurélie Neyret), prolonge l’univers à travers des témoignages réels d’enfants résistants, sans diluer le récit principal. Le tirage du tome 10 (135 000 exemplaires selon LigneClaire) témoigne de la solidité commerciale de la série jusqu’au bout.

Les tomes les plus forts sont les tomes 3 à 5 et le tome 8. Les Deux Géants (tome 3) introduit la dimension internationale du conflit à hauteur d’enfant. Combattre ou Mourir (tome 8) est le point culminant dramatique de la série. Les tomes 6-7 accusent un léger ralentissement narratif — la mécanique de l’infiltration et du sabotage se répète — mais la série retrouve son souffle pour la conclusion.

L’ensemble se lit en une après-midi longue. C’est un format que je recommande pour les séries historiques : l’immersion est meilleure quand on ne laisse pas six mois entre deux albums.

Le film de Christophe Barratier

Le film, sorti le 11 février 2026 et réalisé par Christophe Barratier (Les Choristes), adapte les deux premiers tomes. Au casting : Lucas Hector, Nina Filbrandt, Octave Gerbi, avec Gérard Jugnot, Pierre Deladonchamps et Artus (Marcel, le père de François) dans les rôles adultes. Selon AlloCiné, le film cumule 1,3 million d’entrées en salles.

J’ai vu le film deux semaines après avoir terminé le tome 10. Honnêtement, ça m’a fait bizarre. Barratier applique sa recette — musique omniprésente, émotion frontale, gamins attachants — et le résultat fonctionne comme film familial du dimanche. Mais en lisant, je pouvais revenir sur une planche, laisser le regard s’attarder sur un décor d’Ers, relire un dialogue à voix basse. Au cinéma, tout ça file. Le film fonctionne comme une introduction, mais les albums offrent une densité narrative que le cinéma ne peut pas reproduire. Une suite, L’Escalade, adaptant les tomes 3-4, est prévue le 20 octobre 2027 (toujours réalisée par Barratier).

Pour quel lecteur ?

La série a trouvé un ancrage fort dans les collèges français. Le Prix des BD des collèges de Poitou-Charentes 2016 (Festival d’Angoulême) le confirme, et les dossiers pédagogiques en fin d’album — réalisés avec la Fondation de la Résistance — transforment un programme scolaire en récit vivant.

Les lecteurs de romans graphiques historiques y trouveront aussi leur compte. Après Maus de Spiegelman, L’Art de voler d’Altarriba, ou les BD de Tardi sur la Première Guerre mondiale, cette série complète la bibliothèque par un angle rarement traité : la guerre à hauteur d’adolescent.

Côté famille, c’est une série à lire avec des enfants de 10 ans et plus. La BD ouvre des conversations que le manuel d’histoire ne provoque pas. Que lire en BD en 2026 ? Si la question se pose en famille, cette série figure en tête de liste.

Notre verdict

Les Enfants de la Résistance est, à mon sens, la série BD historique jeunesse la plus aboutie de la dernière décennie. Dugomier et Ers ont tenu dix albums sur un sujet que la plupart des auteurs jeunesse survolent en trois. Le dessin sert le récit, et le récit porte un projet de transmission vers les jeunes lecteurs. Avec 2,5 millions d’exemplaires écoulés (source : Le Lombard), la série a trouvé son public bien au-delà du rayon jeunesse.

Les limites sont celles du format : un dessin fonctionnel qui ne prend jamais de risques graphiques, des tomes intermédiaires (6-7) qui tournent en rond, et un dernier tome qui boucle peut-être un peu vite cinq années de guerre. Mais ces réserves pèsent peu face à la solidité de l’ensemble.

Note : 4/5 — Une série franco-belge essentielle, aussi utile dans une salle de classe que sur une étagère de lecteur adulte. À lire d’une traite maintenant que les dix tomes sont disponibles.

Ce qu’il faut retenir

  • 10 albums chez Le Lombard (mai 2015 – juin 2026), série désormais complète. Scénario de Vincent Dugomier, dessin de Benoît Ers.
  • 2,5 millions d’exemplaires vendus (source : Le Lombard). Prix des BD des collèges de Poitou-Charentes 2016 (Festival d’Angoulême, tome 1). Adoptée comme support pédagogique dans les collèges français.
  • Film sorti le 11 février 2026, réalisé par Christophe Barratier (Les Choristes), 1,3 million d’entrées (AlloCiné). Adapte les tomes 1-2. Suite L’Escalade (tomes 3-4) prévue le 20 octobre 2027.
  • Trois personnages : François, Eusèbe et Lisa, treize ans en 1940, fondateurs du réseau clandestin « le Lynx » à Pontain-l’Écluse (zone occupée).
  • Accessible dès 9-10 ans pour les premiers tomes, mais la série gagne en maturité (tome 8 notamment). BD familiale au sens plein : parents et enfants y trouvent leur compte.

FAQ

Combien de tomes ont Les Enfants de la Résistance ?

La série compte 10 tomes publiés chez Le Lombard entre mai 2015 et juin 2026. Le dernier tome, La Guerre n’est pas finie, est paru le 12 juin 2026. La série principale est complète. Un album compagnon, Les Enfants de la Résistance racontent, est paru en octobre 2025 chez Le Lombard.

Les Enfants de la Résistance est-il adapté aux enfants ?

Les premiers tomes sont accessibles dès 9-10 ans. La série gagne en intensité au fil des albums : le tome 8 (Combattre ou Mourir) contient des scènes de violence liées au contexte de guerre. C’est une lecture idéale en famille, avec un adulte pour accompagner les plus jeunes sur les tomes tardifs.

Dans quel ordre lire Les Enfants de la Résistance ?

Dans l’ordre de publication, du tome 1 (Premières Actions) au tome 10 (La Guerre n’est pas finie). La série suit une chronologie linéaire de 1940 à 1945. Sauter un tome ferait perdre la progression narrative et l’évolution des personnages.

Existe-t-il un film Les Enfants de la Résistance ?

Oui. Le film, réalisé par Christophe Barratier et sorti le 11 février 2026, adapte les deux premiers tomes de la BD. Avec Lucas Hector, Nina Filbrandt, Octave Gerbi, Gérard Jugnot, Pierre Deladonchamps et Artus. 1,3 million d’entrées en salles (AlloCiné). Une suite, L’Escalade, est prévue pour octobre 2027.

L’histoire des Enfants de la Résistance est-elle vraie ?

Les personnages sont fictifs, mais le scénario s’appuie sur des témoignages d’anciens résistants et une documentation historique rigoureuse. Le village de Pontain-l’Écluse est imaginaire, mais les événements décrits (ligne de démarcation, STO, répression, maquis, Débarquement) sont historiquement documentés. Chaque album contient un dossier pédagogique validé par la Fondation de la Résistance.

Quel est le meilleur tome des Enfants de la Résistance ?

Les tomes 3 (Les Deux Géants), 5 (Le Pays divisé) et 8 (Combattre ou Mourir) sont les plus unanimement salués. Le tome 5 obtient la meilleure note de la série sur Bédéthèque (4,7/5, note partagée avec le tome 8). Le tome 8 est le plus intense dramatiquement.

Y aura-t-il une suite au film Les Enfants de la Résistance ?

Oui. Les Enfants de la Résistance : L’Escalade, toujours réalisé par Christophe Barratier, adaptera les tomes 3 et 4 de la BD. Le tournage est prévu à l’été 2026 dans l’Yonne (Bourgogne-Franche-Comté). Sortie annoncée le 20 octobre 2027. Barratier envisage le projet comme une trilogie.

Le film est-il fidèle à la BD ?

Le film adapte les deux premiers tomes en condensant certains arcs narratifs. Les personnages principaux (François, Eusèbe, Lisa) et le cadre historique sont respectés. La BD offre cependant une profondeur et un rythme que le format cinéma ne peut pas reproduire intégralement.

L’essentiel

Les Enfants de la Résistance est une série BD historique belge de Vincent Dugomier (scénario) et Benoît Ers (dessin), publiée chez Le Lombard en 10 albums (mai 2015 – juin 2026). Trois adolescents — François, Eusèbe et Lisa — fondent un réseau clandestin dans un village de la zone occupée entre 1940 et 1945. Prix des BD des collèges de Poitou-Charentes 2016 (Angoulême), 2,5 millions d’exemplaires vendus. Film de Christophe Barratier sorti le 11 février 2026 (1,3 million d’entrées). Série complète, accessible dès 9-10 ans, adoptée comme outil pédagogique dans les collèges.

Sources

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