Quarante et un albums, trois générations d’auteurs, soixante-cinq ans de publication. Quand on découvre Astérix en 2026, la question n’est plus « est-ce que c’est bien ? ». C’est « par où commencer ? ». L’ordre de publication est le choix le plus sûr, mais tous les albums ne se valent pas, et la série a traversé des époques très différentes. Voici le guide pour s’y retrouver.
J’ai découvert Astérix à neuf ans, avec un exemplaire corné d’Astérix chez les Bretons trouvé dans une boîte à livres à Bruxelles. Je n’ai pas compris la moitié des blagues sur le flegme britannique, mais le duo Astérix-Obélix m’a happée. Vingt ans plus tard, je relis La Zizanie chaque année.
| Série | Astérix (Les Aventures d’Astérix le Gaulois) |
| Créateurs | René Goscinny (scénario) et Albert Uderzo (dessin) |
| Éditeurs | Dargaud (1961-1998), Albert René / Hachette (depuis 1998) |
| Premier album | Astérix le Gaulois (juillet 1961) |
| Dernier album | Astérix en Lusitanie (octobre 2025) |
| Nombre d’albums | 41 |
| Tirage total | Plus de 400 millions d’exemplaires vendus dans le monde |
| Traductions | Plus de 110 langues et dialectes |
| Films d’animation | 10 (1967-2018) + 1 annoncé fin 2026 |
| Films live | 5 (1999-2023) |
Les trois périodes d’Astérix
Pour comprendre l’ordre de lecture, il faut d’abord comprendre que tous les albums ne sont pas « du même Astérix ». La série se découpe en trois époques distinctes, chacune avec un ton et des qualités bien à elle.
| Âge d’or | Uderzo solo | Nouvelle génération | |
| Albums | 1 à 24 | 25 à 34 | 35 à 41 |
| Années | 1961-1979 | 1980-2009 | 2013-2025 |
| Auteurs | Goscinny / Uderzo | Uderzo seul | Ferri ou Fabcaro / Conrad |
| Ton | Satire sociale, jeux de mots | Aventure, fantastique | Retour à la satire |
| Album phare | Astérix en Corse (n°20) | Le Grand Fossé (n°25) | L’Iris blanc (n°40) |
| Verdict | Indispensable | À lire en second | Bonne surprise |
L’âge d’or : Goscinny et Uderzo (albums 1-24, 1961-1979)
C’est le cœur de la série. René Goscinny au scénario, Albert Uderzo au dessin, une complémentarité rare dans la BD. Goscinny est un génie de la satire : chaque album envoie Astérix chez un peuple différent (les Bretons, les Helvètes, les Corses, les Belges), et chaque fois c’est une caricature affectueuse des travers nationaux. Les jeux de mots et les anachronismes volontaires sont d’une justesse constante.
Les 24 premiers albums sont ceux qu’on recommande sans réserve. Le niveau est très sûr, avec un pic entre les albums 8 (Astérix chez les Bretons) et 23 (Obélix et Compagnie). Si vous ne devez lire qu’une partie de la série, c’est celle-ci.
Uderzo en solo (albums 25-34, 1980-2009)
Après la mort de Goscinny en 1977, Uderzo reprend seul le scénario. Le dessin reste superbe (Uderzo est un maître du trait), mais l’écriture perd en finesse. Les scénarios deviennent plus fantastiques, moins ancrés dans la satire sociale. Le Grand Fossé (n°25) et L’Odyssée d’Astérix (n°26) tiennent encore la route. À partir du n°28 (Astérix chez Rahàzade), la qualité fluctue davantage.
Cette période est loin d’être sans intérêt. Le Fils d’Astérix (n°27) a du charme, et La Galère d’Obélix (n°30) retrouve un bon rythme. Mais c’est objectivement la période la plus inégale.
La nouvelle génération (albums 35-41, 2013-2025)
En 2013, Uderzo passe le relais. Jean-Yves Ferri (scénario) et Didier Conrad (dessin) reprennent la série avec Astérix chez les Pictes. Le duo livre cinq albums respectueux de l’esprit Goscinny, sans jamais l’égaler. Un pari risqué que peu de repreneurs réussissent aussi bien. Mais je trouve leur travail parfois trop respectueux, justement : ils reproduisent la forme Goscinny sans oser la renouveler. Le Papyrus de César (n°36) et La Fille de Vercingétorix (n°38) sont les plus réussis du lot.
Le passage de relais scénaristique à Fabcaro pour L’Iris blanc (n°40, 2023) a surpris. L’auteur de Zaï Zaï Zaï Zaï apporte un humour plus absurde et contemporain, et le résultat est le meilleur album post-Goscinny. Son deuxième, Astérix en Lusitanie (n°41, octobre 2025), confirme cette direction.
Les 41 albums dans l’ordre de publication
| N° | Titre | Date | Auteurs |
| 1 | Astérix le Gaulois | 1961 | Goscinny / Uderzo |
| 2 | La Serpe d’or | 1962 | Goscinny / Uderzo |
| 3 | Astérix et les Goths | 1963 | Goscinny / Uderzo |
| 4 | Astérix gladiateur | 1964 | Goscinny / Uderzo |
| 5 | Le Tour de Gaule d’Astérix | 1965 | Goscinny / Uderzo |
| 6 | Astérix et Cléopâtre | 1965 | Goscinny / Uderzo |
| 7 | Le Combat des chefs | 1966 | Goscinny / Uderzo |
| 8 | Astérix chez les Bretons ⭐ | 1966 | Goscinny / Uderzo |
| 9 | Astérix et les Normands | 1966 | Goscinny / Uderzo |
| 10 | Astérix légionnaire ⭐ | 1967 | Goscinny / Uderzo |
| 11 | Le Bouclier arverne | 1968 | Goscinny / Uderzo |
| 12 | Astérix aux Jeux olympiques ⭐ | 1968 | Goscinny / Uderzo |
| 13 | Astérix et le chaudron | 1969 | Goscinny / Uderzo |
| 14 | Astérix en Hispanie ⭐ | 1969 | Goscinny / Uderzo |
| 15 | La Zizanie ⭐ | 1970 | Goscinny / Uderzo |
| 16 | Astérix chez les Helvètes | 1970 | Goscinny / Uderzo |
| 17 | Le Domaine des dieux ⭐ | 1971 | Goscinny / Uderzo |
| 18 | Les Lauriers de César | 1972 | Goscinny / Uderzo |
| 19 | Le Devin | 1972 | Goscinny / Uderzo |
| 20 | Astérix en Corse ⭐ | 1973 | Goscinny / Uderzo |
| 21 | Le Cadeau de César | 1974 | Goscinny / Uderzo |
| 22 | La Grande Traversée | 1975 | Goscinny / Uderzo |
| 23 | Obélix et Compagnie ⭐ | 1976 | Goscinny / Uderzo |
| 24 | Astérix chez les Belges | 1979 | Goscinny / Uderzo |
| 25 | Le Grand Fossé | 1980 | Uderzo seul |
| 26 | L’Odyssée d’Astérix | 1981 | Uderzo seul |
| 27 | Le Fils d’Astérix | 1983 | Uderzo seul |
| 28 | Astérix chez Rahàzade | 1987 | Uderzo seul |
| 29 | La Rose et le Glaive | 1991 | Uderzo seul |
| 30 | La Galère d’Obélix | 1996 | Uderzo seul |
| 31 | Astérix et Latraviata | 2001 | Uderzo seul |
| 32 | Astérix et la Rentrée gauloise | 2003 | Uderzo seul |
| 33 | Le ciel lui tombe sur la tête | 2005 | Uderzo seul |
| 34 | L’Anniversaire d’Astérix et Obélix | 2009 | Uderzo seul |
| 35 | Astérix chez les Pictes | 2013 | Ferri / Conrad |
| 36 | Le Papyrus de César ⭐ | 2015 | Ferri / Conrad |
| 37 | Astérix et la Transitalique | 2017 | Ferri / Conrad |
| 38 | La Fille de Vercingétorix | 2019 | Ferri / Conrad |
| 39 | Astérix et le Griffon | 2021 | Ferri / Conrad |
| 40 | L’Iris blanc ⭐ | 2023 | Fabcaro / Conrad |
| 41 | Astérix en Lusitanie | 2025 | Fabcaro / Conrad |
⭐ = albums particulièrement recommandés pour une première lecture.
Par où commencer ? Nos 6 albums recommandés
Si vous découvrez Astérix et que 41 albums vous intimident, voici cinq points d’entrée. Chaque album est auto-suffisant, pas besoin de lire les précédents.
1. Astérix chez les Bretons (n°8, 1966). Le concentré parfait de ce qui fait Astérix : un voyage, une satire de pays (les Britanniques, leur flegme, leur cuisine et surtout leur thé), des combats absurdes, un Obélix en pleine forme. Si vous ne lisez qu’un album, prenez celui-ci.
2. Astérix légionnaire (n°10, 1967). Astérix et Obélix s’engagent dans la légion romaine. Le camp d’entraînement est un sommet de comédie, et Goscinny joue sur les clichés nationaux avec une finesse d’observation redoutable.
3. La Zizanie (n°15, 1970). Le plus malin des Astérix. César envoie un émissaire semer la discorde au village. Pas de voyage cette fois, toute l’action se déroule au village, et Goscinny y décortique les mécanismes de la rumeur et de la manipulation avec un humour acide.
4. Astérix en Corse (n°20, 1973). Souvent cité comme le meilleur album de la série. La caricature des Corses est hilarante, les paysages d’Uderzo sont parmi ses plus beaux, et le scénario ne relâche jamais le rythme.
5. L’Iris blanc (n°40, 2023). Le meilleur album récent. Fabcaro injecte un humour contemporain (développement personnel et stoïcisme de comptoir) dans le cadre gaulois. La preuve que la série peut encore surprendre.
6. Obélix et Compagnie (n°23, 1976). Mon favori personnel. Goscinny y fait une satire du capitalisme et du marketing qui reste d’une actualité troublante. Obélix devient entrepreneur, le village se déchire, et la mécanique comique est implacable. Je le place au-dessus d’Astérix en Corse, et je sais que c’est un avis minoritaire.
Les albums à éviter en premier
Soyons honnêtes. Astérix le Gaulois (n°1) est un démarrage modeste : Goscinny et Uderzo cherchent encore leurs marques. Lisez-le après, pas en premier. Le ciel lui tombe sur la tête (n°33) est généralement considéré comme le plus faible de la série, une incursion dans la science-fiction qui ne fonctionne pas. Et Astérix et la Rentrée gauloise (n°32) est un recueil de courtes histoires inégales, pas un album classique.
Plus globalement, les albums 28 à 34 (période Uderzo solo tardif) sont les moins essentiels. Pas mauvais au sens strict, mais très en dessous de l’âge d’or.
Les adaptations : films et animations
La série a inspiré 10 films d’animation (un onzième est annoncé pour fin 2026) et 5 films live. Quelques repères :
- Les Douze Travaux d’Astérix (1976). Le seul film d’animation avec un scénario original (non adapté d’un album), co-réalisé par Goscinny et Uderzo dans leur propre studio. Un classique absolu, souvent considéré comme la meilleure adaptation.
- Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre (2002). Le film d’Alain Chabat avec Jamel Debbouze. Le seul film live à capturer l’esprit Goscinny. Près de 14,2 millions d’entrées en France.
- Astérix : Le Domaine des dieux (2014). Film d’animation 3D fidèle à l’album, réalisé par Louis Clichy et Alexandre Astier.
- Astérix – Le Royaume de Nubie (décembre 2026). Prochain film d’animation 3D, attendu en salles en fin d’année.
Les albums originaux restent la meilleure porte d’entrée. Les films fonctionnent comme un complément, pas comme un substitut.
Faut-il encore lire Astérix en 2026 ?
La question se pose à chaque nouveau lecteur. La réponse est oui — avec un guide de lecture. Je le dis après avoir relu les 41 albums pour préparer ce guide : les premiers Goscinny m’ont fait rire autant qu’à neuf ans. Les 24 premiers albums forment un corpus cohérent, drôle, intelligent, qui tient toujours debout. La période Uderzo solo est dispensable en première lecture. La nouvelle génération (Ferri/Conrad, puis Fabcaro/Conrad) surprend par sa qualité.
Astérix reste aussi l’un des meilleurs points d’entrée dans la BD pour les jeunes lecteurs, accessible dès 8-9 ans, avec des niveaux de lecture qui se révèlent à l’âge adulte. Et pour les lecteurs qui veulent explorer la BD franco-belge en 2026, c’est le pilier incontournable du patrimoine.
FAQ
Combien d’albums d’Astérix existe-t-il ?
41 albums, du premier (Astérix le Gaulois, 1961) au dernier en date (Astérix en Lusitanie, octobre 2025). La série est toujours en activité, avec un rythme d’un album tous les deux ans environ.
Faut-il lire Astérix dans l’ordre ?
Non, ce n’est pas obligatoire. Chaque album raconte une aventure indépendante. L’ordre de publication est recommandé pour suivre l’évolution du trait d’Uderzo et de l’écriture de Goscinny, mais vous pouvez commencer par n’importe quel album de la période 1-24.
Qui écrit Astérix depuis la mort de Goscinny ?
Albert Uderzo a repris seul la série (albums 25-34, 1980-2009). Jean-Yves Ferri au scénario et Didier Conrad au dessin ont pris la suite (albums 35-39, 2013-2021). Depuis 2023, Fabcaro a remplacé Ferri au scénario, Conrad restant au dessin (albums 40-41).
Quel est le meilleur album d’Astérix ?
Les sondages et critiques placent généralement Astérix en Corse (n°20), Astérix chez les Bretons (n°8), La Zizanie (n°15) et Obélix et Compagnie (n°23) en tête. Le choix dépend de vos goûts : satire sociale, aventure, comédie pure.
Astérix est-il traduit en combien de langues ?
Plus de 110 langues et dialectes, ce qui en fait l’une des bandes dessinées les plus traduites au monde. On trouve des versions en latin, en espéranto, et même en breton. Les jeux de mots de Goscinny sont un casse-tête pour les traducteurs. Les versions anglaises d’Anthea Bell et Derek Hockridge sont considérées comme des adaptations brillantes.
En 30 secondes
Astérix compte 41 albums (1961-2025), créés par Goscinny et Uderzo, poursuivis par Ferri/Conrad puis Fabcaro/Conrad. L’ordre de publication est recommandé mais chaque album est indépendant. Les 24 premiers (période Goscinny) forment le cœur de la série. Albums à lire en priorité : Astérix chez les Bretons, Astérix légionnaire, La Zizanie, Astérix en Corse, Obélix et Compagnie, L’Iris blanc. 400 millions d’exemplaires vendus, 110+ langues, 10 films d’animation (un 11e en décembre 2026) et 5 films live. La série est toujours en activité et reste la porte d’entrée majeure de la BD franco-belge.


