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Supergirl 1982 : critique de The Daring New Adventures

Par Paul Kupperberg — DC Comics

Titre VO The Daring New Adventures of Supergirl
Scénario Paul Kupperberg
Dessins Carmine Infantino
Encrage Bob Oksner
Couvertures Carmine Infantino
Éditeur VO DC Comics
Éditeur VF Non disponible en intégrale française
Pages 23 numéros (réédités en deux intégrales)
Période originale Novembre 1982 – septembre 1984
Genre Comics super-héros / Silver Age tardif
Personnage Linda Danvers / Supergirl, cousine de Superman
Setting Lake Shore University de Chicago

Imaginez : DC Comics, novembre 1982. Supergirl, la cousine de Superman, vient de subir un échec retentissant avec sa première série solo annulée après seulement dix numéros. L’éditeur essaye de comprendre ce qui n’a pas marché et décide de tout casser. Nouveau setting : adieu New York et les années 70 (où Linda officiait notamment comme opératrice caméra à KSF-TV à San Francisco), bonjour Chicago et les études de psychologie. Nouveau dessinateur : on confie le titre à Carmine Infantino, l’un des artistes mythiques du Silver Age qui avait sauvé Flash dans les années 50 et qui était en train de remettre Batman sur les rails à un moment où la chauve-souris était au bord de l’annulation.

Le résultat s’appelle The Daring New Adventures of Supergirl. Une série qui a duré 23 numéros, qui n’a jamais cassé la baraque, et qui pourtant reste l’un des moments les plus charmants de la cousine de Superman avant le grand reset DC de 1985.

Le contexte du reboot 1982

Il faut comprendre où en est Supergirl quand cette série démarre. Le personnage avait connu son apogée dans les revues anthologiques Action Comics puis Adventure Comics dans les années 60-70, mais sa première série solo (lancée en novembre 1972) avait été un désastre commercial avec annulation au numéro 10. Pendant la décennie suivante, Supergirl avait été reléguée à des apparitions secondaires dans Superman Family, sans réelle direction éditoriale.

DC tente le tout pour le tout en 1982 et confie le projet au scénariste Paul Kupperberg, alors connu pour ses runs sur Doom Patrol et Vigilante. Kupperberg propose un reboot léger : Linda Danvers (l’identité civile de Supergirl) abandonne sa carrière hollywoodienne et part s’inscrire en psychologie à la Lake Shore University de Chicago. Le changement de setting est judicieux : Chicago en 1982, c’est une ville moderne, vivante, qui contraste joliment avec le glamour superficiel de la première série.

Carmine Infantino, l’argument graphique

Le coup de génie éditorial, c’est d’avoir confié le dessin à Carmine Infantino. Si vous ne connaissez pas le nom, sachez qu’Infantino est l’une des figures fondatrices du Silver Age américain : il a co-créé la nouvelle version de Flash (Barry Allen) en 1956 dans Showcase #4, ce qui marque officiellement le début du Silver Age des comics. Il a également renouvelé Batman au milieu des années 60 alors que la chauve-souris était au bord de l’annulation, en imposant un style plus dynamique qui inspirera plus tard la série télévisée avec Adam West.

En 1982, Infantino a 57 ans et un demi-siècle de carrière derrière lui. Le voir prendre en charge une série Supergirl modeste est une forme de cadeau aux lecteurs : on a accès à un maître à un moment où il n’a plus rien à prouver et où il s’autorise des compositions plus libres, plus expérimentales. Les couvertures qu’il signe pour cette série sont parmi les plus élégantes de toute la période DC du début des années 80.

Il y a quelque chose de très touchant dans cette série. C’est le dernier vrai run de Supergirl avant qu’elle soit tuée par DC dans Crisis on Infinite Earths un an plus tard (Crisis on Infinite Earths #7, octobre 1985). C’est le portrait d’une héroïne en train de se chercher dans une ville inconnue, alors que ses scénaristes ne savent pas encore qu’ils écrivent ses derniers chapitres.

L’entourage civil, vrai cœur de la série

Le grand mérite de Kupperberg est d’avoir construit autour de Linda un entourage civil mémorable. La série passe énormément de temps en mode « tranches de vie campus », et c’est souvent là qu’elle est la meilleure. Le casting compte plusieurs personnages qui méritent d’être cités.

Joan Raymond, la colocataire de Linda, est une véritable tornade humaine que Supergirl elle-même a du mal à suivre. Elle apporte le rire et l’énergie à toutes les scènes où elle apparaît. John Ostrander (oui, comme le scénariste qui créera Suicide Squad quelques années plus tard, c’est probablement un clin d’œil) est un aspirant acteur insistant et dragueur qui sert de comic relief. Ida Berkowitz, la logeuse de Linda, est probablement le personnage secondaire le plus poignant de la série : derrière sa chaleur quotidienne se cache un passé traumatisant de rescapée des camps de concentration, et Kupperberg utilise ce personnage avec une délicatesse qui surprend pour une série super-héroïque de 1982.

Et puis il y a Philip Decker, le professeur de musique qui devient le love interest de Linda. La relation entre les deux est l’une des plus matures que DC ait jamais écrites pour Supergirl, sans complaisance et sans drama excessif.

Le problème des antagonistes

Le défaut majeur de la série, c’est ses méchants. De nombreux scénaristes DC (Grant Morrison, Mark Waid parmi d’autres) ont souligné que Superman qu’il était difficile à écrire parce que sa puissance le rendait quasi-imbattable, et il fallait donc lui opposer soit des ennemis ridiculement puissants soit des dilemmes moraux. Cette série Supergirl tombe dans le premier piège.

Les antagonistes se divisent en deux catégories. Première catégorie : des criminels lambda et des super-vilains de seconde zone qui ne représentent jamais une vraie menace pour Supergirl. Le Gang, par exemple, est un quatuor de criminels issus des quartiers défavorisés (Brains, Ms. Mesmer, Kong, Blimp), complété par Psi (Gayle Marsh, qui reviendra hanter l’univers DC ensuite) et Reactron (Benjamin Krullen) dont seuls les deux premiers fonctionnent vraiment, parce que les deux gros bras ont des pouvoirs trop incohérents pour être crédibles. Deuxième catégorie : des ennemis tellement puissants que Kupperberg ne sait plus comment les vaincre et résout tout par des deus ex machina en série.

À partir du numéro 13 (novembre 1983), DC raccourcit le titre en simple Supergirl — coïncidence éditoriale : c’est exactement le numéro où démarre le nouvel antagoniste Blackstarr (#13-15).

Le pire exemple est Blackstarr, qui se révèle être la fille d’Ida Berkowitz, adoptée et élevée par le commandant d’un camp nazi (Auschwitz) et devenue une scientifique maîtrisant les forces fondamentales de l’univers. L’idée a un potentiel dramatique énorme (la rescapée des camps découvre que sa fille est devenue une nazie) mais le développement est complètement bâclé : Supergirl gagne le combat par des effets spéciaux mal expliqués, et l’émotion qui aurait dû surgir est noyée sous l’action.

Pourquoi cette série mérite d’être redécouverte

Malgré ses défauts, cette série Supergirl 1982 reste un objet précieux pour trois raisons.

D’abord parce que c’est la dernière fois que la Supergirl du Silver Age a une vraie série solo avant d’être tuée par DC en 1985 dans Crisis on Infinite Earths. Tous les Supergirl qui suivront (Matrix, Linda Danvers de la fin des années 90, Kara Zor-El reboot 2004) seront des reconstructions plus ou moins éloignées de ce personnage. Cette série, c’est le dernier chapitre du personnage original.

Ensuite parce que Carmine Infantino y livre un travail visuel qui, malgré son grand âge à l’époque, reste élégant et inventif. Les couvertures de cette série circulent encore comme des objets de collection, et certaines scènes intérieures (notamment les passages au campus universitaire) ont une fraîcheur graphique qu’on retrouve rarement dans les comics super-héroïques de l’époque.

Enfin parce que l’entourage civil construit par Kupperberg est l’un des plus réussis de tout le Silver Age tardif. Joan Raymond, Ida Berkowitz et Philip Decker sont des personnages qui restent en mémoire bien après la lecture, ce qui est rare pour des seconds rôles dans une série super-héroïque.

L’intégralité de la série a été rééditée en deux intégrales par DC en VO. Elle n’a jamais été traduite en intégrale française, mais on trouve certains numéros isolés en VF dans les collections de l’époque (Aredit notamment). Les deux intégrales VO sont disponibles sur Amazon.

Notre verdict

3/5

Bon mais inégal

Le dernier vrai run de la Supergirl Silver Age avant qu’elle ne soit tuée dans Crisis on Infinite Earths. Carmine Infantino au dessin, scénarios inégaux mais entourage civil très réussi (Ida Berkowitz, en particulier).

Points forts

  • Carmine Infantino au dessin, légende vivante du Silver Age
  • Setting Lake Shore University de Chicago, plus mature que la première série
  • Ida Berkowitz, l’une des figures secondaires les plus poignantes du DC de l’époque
  • Le dernier chapitre de la Supergirl originelle avant Crisis on Infinite Earths
  • Joan Raymond et le casting de campus apportent du rythme et du rire

Points faibles

  • Antagonistes faibles ou résolus en deus ex machina
  • Le Gang (Kong et Blimp) cassent le suspense par leur incohérence
  • Arc Blackstarr bâclé alors que le potentiel dramatique était énorme
  • Pas d’intégrale française disponible

Pour qui ?

Pour les fans de Carmine Infantino qui veulent voir le maître en mode tardif et libre. Pour les complétistes Supergirl qui veulent comprendre le personnage avant Crisis. Pour les amateurs de slice-of-life campus dans un cadre super-héroïque.

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Questions fréquentes

Qui a écrit Supergirl 1982 ?

Le scénario est signé Paul Kupperberg, scénariste DC connu pour ses runs sur Doom Patrol et Vigilante. Le dessin est assuré par Carmine Infantino, légende du Silver Age co-créateur de la nouvelle version de Flash (1956) et acteur clé du renouveau de Batman dans les années 60. L’encrage est de Bob Oksner.

Combien de numéros compte la série ?

La série The Daring New Adventures of Supergirl a duré 23 numéros, publiés entre novembre 1982 et septembre 1984. Elle a été rééditée en intégralité en deux volumes brochés DC, disponibles en VO sur Amazon.

Supergirl 1982 est-il traduit en français ?

L’intégralité de la série n’a jamais été publiée en intégrale française. Quelques numéros isolés ont été traduits dans les collections Aredit/Artima de l’époque, mais pour avoir tout, il faut passer par les deux intégrales VO de DC.

Quelle note pour Supergirl Daring New Adventures ?

3/5. Une série inégale mais charmante, dernier vrai run de la Supergirl Silver Age avant Crisis on Infinite Earths. À conseiller pour Carmine Infantino au dessin, l’entourage civil très réussi (Ida Berkowitz notamment), et l’importance historique du personnage. À déconseiller à ceux qui cherchent une lecture super-héroïque rythmée et bien structurée.

Critique publiée le 24 avril 2026, corrections factuelles appliquées le 24 avril (contexte pré-1982 New York/San Francisco KSF-TV, changement de titre au #13, Psi et Reactron ajoutés, Blimp au lieu de Bulldozer, Blackstarr élevée par le commandant d’Auschwitz, chronologie Crisis corrigée, citation Darwyn Cooke retirée). Sources : DC Fandom, Wikipedia, DC Comics.

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