Manga

Jujutsu Kaisen : critique du manga de Gege Akutami

Par Gege Akutami — Shueisha (JP) / Ki-oon (FR) (2018)

Jujutsu Kaisen est un shonen de Gege Akutami, prépublié dans le Weekly Shonen Jump (Shueisha) du 5 mars 2018 au 30 septembre 2024, soit 271 chapitres réunis en 30 tomes, auxquels s’ajoute un tome 0 antérieur à la série. En France, Ki-oon publie la série depuis le 6 février 2020, entre 6,90 et 6,95 € le volume selon les tomes, dans une traduction de Fédoua Lamodière. Le tome 30 est sorti le 2 juillet 2026 : la série est désormais complète en français. Shueisha annonçait 100 millions d’exemplaires en circulation le 29 septembre 2024, et le compte officiel de la franchise 150 millions le 20 décembre 2025, éditions numériques et tome 0 compris.

Mon verdict après la lecture des trente tomes : 3,5/5. C’est une note qui va décevoir les deux camps, et c’est exactement pour ça que je la défends. Jujutsu Kaisen contient trois ou quatre des meilleurs moments de shonen de la décennie, et une longue portion centrale que j’ai traversée en me demandant si j’étais en train de lire un récit ou de consulter une notice technique.

Niveau de spoilers

Cette critique reste sans révélation majeure jusqu’à la section consacrée à Shibuya. À partir de là, j’évoque le sort de deux personnages secondaires, et la section sur Jujutsu Kaisen Modulo, en fin d’article, révèle l’issue de l’affrontement central. Les passages concernés sont signalés.

En bref.

  • Note : 3,5/5
  • Format : 30 tomes + un tome 0, série terminée, 11,5 × 17,5 cm, 6,90 à 6,95 € le volume
  • Pour qui : les lecteurs de shonen de combat qui acceptent un système de pouvoir très bavard
  • Le sommet : le passé de Gojo (T08-T09) et le tome 0, deux récits courts et tenus
  • Le creux : la longueur du drame de Shibuya et la surcharge d’explications techniques
  • Budget intégrale : environ 214 à 215 € pour les 31 volumes au prix catalogue

De quoi parle Jujutsu Kaisen ?

Le postulat tient en une phrase, et c’est sa force. Les sentiments négatifs des êtres humains ne se dissipent pas : ils s’accumulent, se condensent et finissent par prendre corps. Ces concrétions s’appellent des fléaux, et une profession existe pour les détruire, celle d’exorciste. L’énergie qui circule dans tout ça porte un nom chez Ki-oon : l’énergie occulte.

Yuji Itadori est un lycéen doté d’une force physique anormale, qui passe ses soirées au club de sciences occultes plutôt qu’à l’athlétisme parce qu’il veut rentrer tôt voir son grand-père à l’hôpital. Il avale un doigt momifié — un objet maudit contenant un fragment de Ryomen Sukuna, un fléau légendaire — et se retrouve à héberger cette entité dans son propre corps. Satoru Gojo, professeur à l’école d’exorcisme de Tokyo et accessoirement l’homme le plus puissant de son monde, obtient un sursis à son exécution : Yuji vivra le temps d’ingérer les dix-neuf autres doigts, puis mourra avec Sukuna.

C’est un dispositif de shonen classique, monté avec soin. Ce qui le distingue à ce stade, c’est le ton. Akutami tue vite, blesse gravement, et fait dire à ses personnages des choses désagréables. Le premier arc pose une règle que la série tiendra jusqu’au bout : presque personne n’est protégé par son statut de personnage principal.

Le système d’énergie occulte : la meilleure idée et le pire réflexe

Le système de pouvoir de Jujutsu Kaisen est ce qu’on retient d’abord, et c’est aussi ce qui divise le plus. Chaque exorciste dispose d’une technique qui lui est propre, souvent absurde ou triviale, et dont l’intérêt naît entièrement des conditions qu’on lui impose. Plus une technique s’assortit de contraintes, plus elle gagne en puissance. Un personnage capable de tout faire est faible ; un personnage qui accepte de ne pouvoir agir que dans des circonstances précises devient redoutable.

C’est une idée excellente, parce qu’elle transforme chaque combat en problème de logique plutôt qu’en concours de puissance. Les meilleurs affrontements de la série se gagnent par une clause, pas par un coup. On y reconnaît sans peine la parenté avec Hunter × Hunter, et Akutami ne s’en est jamais caché.

Le revers arrive vers le milieu de la série, et il est brutal. Ce qui était un principe élégant devient un appareil bureaucratique. Des pages entières s’emploient à détailler pourquoi telle technique annule telle autre, quelle condition s’applique à quel moment, ce que le personnage a le droit de faire et sous quelles réserves. La critique de l’intégrale la plus détaillée que j’aie trouvée, celle de Kevin Cormack pour Anime News Network en décembre 2025, parle à ce sujet de « technobabble à la Star Trek » devenant par endroits « impénétrablement incohérent ». Le mot est dur ; il n’est pas injuste. J’ai relu deux fois certains passages du dernier tiers, non pour en apprécier la finesse, mais pour comprendre qui gagnait.

Ki-oon emploie dans ses propres textes les termes énergie occulte, fléau, exorciste, malédiction, objet maudit, et parle d’étendre son territoire. En revanche, les expressions qui circulent partout sur les forums — « extension du territoire » comme locution figée, « technique innée », « éclat noir » — ne sont pas attestées dans les textes de l’éditeur que j’ai pu consulter. Je les évite ici plutôt que de les présenter comme officielles.

Shibuya : le sommet et le point de rupture

⚠️ À partir d’ici, spoilers limités sur le sort de deux personnages secondaires. Rien n’est révélé du dénouement.

Le drame de Shibuya occupe grosso modo les tomes 10 à 16. C’est l’arc qui a fait basculer la série dans une autre catégorie, et c’est aussi celui qui explique pourquoi une partie des lecteurs a décroché.

Le principe est simple et redoutable : Akutami concentre presque tout son casting dans plusieurs secteurs de Shibuya pendant la nuit du 31 octobre, neutralise son personnage le plus puissant dès le début, et laisse le reste se débrouiller. Ce qui suit est une succession de défaites. Les morts sont nombreuses, souvent frontales, parfois humiliantes. Le passage qui met en scène le sort de Kento Nanami reste, pour moi, l’un des trois ou quatre moments de shonen les plus durs de la décennie, précisément parce qu’il refuse toute grandeur.

Le problème n’est pas la noirceur, il est la durée. Cormack décrit Shibuya comme cinquante-trois chapitres de combat quasi ininterrompu pour très peu de développement des personnages, et le reproche tient à la lecture. On sort de cet arc essoré, avec le sentiment d’avoir assisté à un carnage remarquablement construit dont il ne reste, dramatiquement, presque personne pour porter la suite. À mes yeux, la série ne retrouve jamais tout à fait le noyau émotionnel qu’elle y perd.

C’est là que je situe la ligne de fracture. Un lecteur qui achève Shibuya et referme le tome 16 avec l’impression d’avoir lu une grande tragédie n’a pas tort. Un lecteur qui referme le même tome en se demandant ce qu’il reste à raconter n’a pas tort non plus.

Le trait d’Akutami : de la sécheresse à la surcharge

Akutami dessine sec. Peu de trames, des noirs francs, des visages qui se déforment volontiers vers le grotesque quand la situation l’exige. Dans les premiers tomes, cette économie sert parfaitement le propos : les fléaux sont laids d’une laideur organique, mal finie, qui les distingue immédiatement de la monstruosité léchée qu’on trouve ailleurs dans le magazine.

La mise en scène des combats est le point où l’appréciation se scinde. Akutami compose des planches très denses, souvent traversées de mouvements simultanés, et il refuse la lisibilité facile qui consiste à isoler chaque échange dans sa case. C’est un choix, et il produit dans les meilleurs cas une sensation de chaos parfaitement contrôlée. Dans les moins bons, on perd le fil : Cormack note que le dessin peut devenir « brouillon et peu avenant », avec des personnages parfois difficiles à distinguer, en particulier dans les chapitres tardifs. Rebecca Silverman, également chez ANN, avait pointé dès le tome 1 une parenté graphique avec GeGeGe no Kitarō qui reste juste sur les fléaux.

Le dessin d’Akutami est meilleur quand il ralentit. Les scènes de dialogue, les silences, les moments où deux personnages se regardent sans rien faire, sont dessinés avec une justesse qui manque parfois aux grandes pages d’action.

Ce qui a moins bien vieilli

Trois reproches reviennent, et ils sont fondés.

Le traitement de Nobara Kugisaki. Elle entre dans la série comme le troisième pilier du trio, avec un caractère et une technique parmi les plus intéressantes du casting. Elle en sort par une porte étroite, et Cormack formule le grief sans détour : elle est maltraitée « principalement pour motiver Yuji », puis écartée de l’action. Sur une série qui revendique de ne protéger personne, c’est une exception mal placée, parce qu’elle épargne le personnage masculin au détriment du féminin.

L’inflation du casting. Passé Shibuya, Akutami introduit des dizaines de personnages en quelques tomes. Beaucoup portent une technique originale et une silhouette mémorable ; peu obtiennent un arc. On assiste à des combats entre des gens dont on apprend le nom et l’histoire dans la même double page où ils vont mourir.

Le rythme du dernier tiers. Le jeu d’extermination, puis l’affrontement final de Shinjuku, alternent des sommets et des longueurs. Le discours de la « fin bâclée » recouvre en réalité deux affirmations distinctes. Que la conclusion paraisse rapide à beaucoup de lecteurs est un fait de réception. Qu’elle ait été précipitée par une contrainte éditoriale ou médicale est une hypothèse, et aucune source identifiée ne l’étaye. Ce qui est vérifiable, en revanche, contredit plutôt la thèse d’une conclusion précipitée. Akutami annonçait la fin de sa série depuis mars 2021, l’a repoussée en décembre 2022, puis à nouveau en décembre 2023, avant de l’officialiser en août 2024. Un auteur qui repousse deux fois sa propre conclusion n’est pas un auteur pressé de finir.

Il faut mentionner un fait connexe sans en tirer de conclusion abusive. Akutami a interrompu sa prépublication à quatre reprises pour raisons de santé : une semaine en février 2021, environ six semaines de juin à août 2021, une semaine en mars 2022, puis trois semaines en juin-juillet 2024. Ces pauses sont documentées par des annonces officielles. Aucune source, en revanche, ne relie la fin de la série à son état de santé, et je ne ferai pas ce lien.

Comment Jujutsu Kaisen est devenu un phénomène

La trajectoire commerciale de la série mérite d’être racontée, parce qu’elle explique une partie de ce qu’on lui reproche. Voici les paliers de diffusion annoncés par Shueisha, avec leur date d’annonce.

Palier Annoncé le Contexte
600 000 décembre 2018 Neuf mois après le lancement
10 millions octobre 2020 Sortie de la saison 1 de l’anime
20 millions 13 janvier 2021 Effet de la saison 1
25 millions 26 janvier 2021 Cinq millions de plus en treize jours
40 millions 30 mars 2021 Doublement en deux mois et demi
50 millions 30 mai 2021 Hausse de 590 % depuis les débuts de l’anime
65 millions 29 mars 2022 Après le film Jujutsu Kaisen 0
80 millions juin 2023 Avant la saison 2
100 millions 29 septembre 2024 Annoncé dans le numéro de la fin de la série
150 millions 20 décembre 2025 Mondial, numérique et tome 0 compris

Ce sont des exemplaires en circulation, c’est-à-dire du tirage, pas des ventes : la nuance est systématiquement perdue dans la reprise francophone. Et pour le palier des 100 millions, Shueisha n’a jamais précisé s’il s’agissait d’un chiffre mondial ou japonais.

Ce que ce tableau raconte est limpide : la série a décollé avec l’anime, pas avant. Entre octobre 2020 et mai 2021, elle multiplie sa diffusion par cinq en sept mois. En 2021, elle prend la première place du classement annuel Oricon au Japon avec 30,91 millions d’exemplaires écoulés, devant Demon Slayer et ses 29,51 millions. En France, la donnée la plus souvent citée vient de GfK-NielsenIQ, rapportée par le Journal du Japon le 6 mars 2026 : environ 1,5 million d’exemplaires en 2021, avec une progression de 410 %. C’est une estimation rapportée dans un bilan de marché, pas une extraction de table.

Le succès ne s’est pas démenti à la conclusion. En juin 2026, le tome 30 arrive en tête du classement Circana BookScan des romans graphiques adultes aux États-Unis, avec huit volumes de la série dans le top 20.

Ce que la série a vraiment gagné

Le palmarès est plus modeste que la notoriété ne le laisse croire, et il vaut la peine d’être remis à plat parce que les erreurs circulent beaucoup.

Année Distinction Résultat
2018 Next Manga Awards, catégorie imprimé 6e place
2019 3e Tsutaya Comic Award, catégorie Next Break Lauréat
2019 65e Prix Shogakukan, catégorie shonen Nommé
2020 Mandō Kobayashi Manga Grand Prix Lauréat
2021 25e Prix culturel Osamu Tezuka Nommé

Ce relevé porte sur le manga seul : l’adaptation animée a de son côté un palmarès nettement plus fourni, que je ne traite pas ici. Autrement dit, côté papier : deux victoires, dans des prix de découverte et de vote populaire, et deux nominations dans les deux distinctions les plus prestigieuses du secteur, sans les remporter. Jujutsu Kaisen n’a jamais reçu de Harvey Award, contrairement à ce qu’on lit parfois : dans cette catégorie, c’est Chainsaw Man qui a gagné trois années de suite. La série est également absente du top 20 de Kono Manga ga Sugoi! pour les éditions 2019 et 2020.

Ce décalage entre les ventes et la reconnaissance critique n’est pas anodin. Il recoupe assez exactement ce que je reproche à la série : une machine narrative extrêmement efficace, dont l’exécution formelle est moins solide que la réputation.

Manga ou anime : que choisir ?

L’adaptation de MAPPA a fait beaucoup pour la notoriété de la série, au point que de nombreux lecteurs arrivent au manga par elle. Les deux objets ne se valent pas sur les mêmes terrains.

Saison Diffusion Contenu Tomes
Saison 1 oct. 2020 – mars 2021 Introduction jusqu’aux peintures maudites T01 → T08
Film Jujutsu Kaisen 0 France, 16 mars 2022 Le tome 0 T00
Saison 2 juil. – déc. 2023 Passé de Gojo, puis drame de Shibuya Jusqu’au ch. 139 (T16)
Film Execution Japon, 7 nov. 2025 Compilation Shibuya et amorce de la saison 3 T10 → T16
Saison 3 (12 ép.) 8 janv. – 26 mars 2026 Jeu d’extermination, jusqu’à la colonie de Sendai Jusqu’au ch. 180
Saison 4 annoncée, sans date Jeu d’extermination, suite

L’anime gagne sur la lisibilité de l’action : ce qu’Akutami compresse dans une planche dense, MAPPA le déplie dans le temps, et beaucoup de combats y deviennent nettement plus clairs. Il gagne aussi sur le drame de Shibuya, dont la mise en scène animée soutient mieux la longueur que la lecture papier.

Le manga garde deux avantages décisifs. Il est terminé, ce qui n’est pas rien : l’anime en est à la première moitié du jeu d’extermination, avec une quatrième saison annoncée sans date. Et il conserve le commentaire d’auteur, cette voix ironique en marge des chapitres, qui fait beaucoup pour la personnalité de l’ensemble et qu’aucune adaptation ne peut restituer.

Reste la question la plus concrète : où reprendre la lecture selon ce qu’on a déjà vu. La saison 2 s’arrête au chapitre 139, dans le tome 16. La saison 3, diffusée du 8 janvier au 26 mars 2026 en douze épisodes, va nettement plus loin : elle s’achève sur la colonie de Sendai, et le premier chapitre non adapté est le chapitre 181, au début du tome 21. Une saison 4 consacrée à la suite du jeu d’extermination a été annoncée en 2026, sans date de diffusion.

Pour une découverte, l’anime reste le meilleur point d’entrée jusqu’à la fin de la saison 3 : MAPPA rend les premiers grands combats plus lisibles qu’ils ne le sont sur la page. Ensuite, le manga est le seul moyen d’aller au bout, et c’est de toute façon là que la série devient plus intéressante à lire qu’à regarder, parce que ses meilleures idées y sont écrites plutôt que chorégraphiées.

Se repérer dans les trente tomes

Les bornes d’arcs en chapitres varient d’une source à l’autre, avec des chevauchements incohérents : je ne les donnerai donc pas comme des faits. En revanche, Ki-oon sous-titre ses volumes, et ces sous-titres signalent eux-mêmes les étapes du récit. C’est le repère le plus fiable dont dispose un lecteur français.

Tome Sous-titre Ki-oon Ce qui s’y joue
T00 L’école d’exorcisme de Tokyo Récit autonome, antérieur à la série
T01 Ryomen Sukuna Mise en place et pacte avec le fléau
T10 Le tournoi Bascule vers le drame de Shibuya
T17 Parer à toute éventualité Ouverture du jeu d’extermination
T20 Sendai : en pleines festivités Le jeu se déploie en régions
T21 Tokyo no 2 : grande chance Montée en tension
T24 Naissance de la matrice : Récursion Sommet de complexité du système
T28 La bataille du no man’s land de Shinjuku : Avance Affrontement final engagé
T30 À partir de maintenant Conclusion, plus seize pages d’épilogues inédits

Les sous-titres des autres volumes existent, mais je ne les reproduis pas ici : les relevés dont je dispose se contredisent sur au moins un tome, et je préfère une table courte et sûre à une table complète et fautive.

Pour un lecteur qui hésite à s’engager sur trente-et-un volumes, voici comment je découperais l’entrée. Les tomes 1 à 4 suffisent à savoir si le ton vous convient : si la sécheresse d’Akutami vous laisse froid à ce stade, elle ne vous convaincra pas plus loin. Les tomes 8 et 9 sont le meilleur argument de la série et se lisent presque isolément. Les tomes 10 à 16 constituent l’épreuve : c’est là que se joue votre rapport à l’ensemble. Passé le tome 17, vous savez déjà si vous irez au bout.

Où reprendre le manga selon ce que vous avez vu

  • Après la saison 2 — chapitre 139, dans le tome 16
  • Après la saison 3 — chapitre 181, au début du tome 21
  • Après la saison 4 — annoncée sans date de diffusion à ce jour

Le numéro de chapitre est le repère fiable : le découpage en tomes varie légèrement selon les éditions.

Quelle édition choisir en 2026 ?

La série est disponible en français en plusieurs formes, et le choix dépend surtout de votre rapport aux objets.

Édition Prix Pour qui
Édition simple, 30 tomes + T00 6,90 à 6,95 € Le choix par défaut. Environ 214 à 215 € pour l’intégrale
Coffret intégrale T01 à T03 20,70 € Pour tester la série sur trois tomes
Éditions Prestige (T17, T20, T21, T25, T28) 34,90 € Jaquette alternative et goodies, sur des tomes charnières
Édition Prestige du T30 39,90 € Le dernier tome, avec jaquette réversible et set de goodies
Guide officiel 10,65 € 232 pages, avec une interview croisée Akutami et Tite Kubo

Le tome 30 contient seize pages d’épilogues inédits, dessinés après la fin de la prépublication et consacrés à quatre personnages secondaires : ce n’est pas un bonus décoratif, c’est du contenu qui n’existait pas dans le magazine. Et si vous hésitez sur le point d’entrée, sachez que le tome 0 se lit indifféremment avant ou après le tome 1. Il a été prépublié avant la série, en 2017, sous un autre titre ; ce n’est pas un préquel écrit après coup, seulement une œuvre rebaptisée et repositionnée en prologue. Je conseille de le lire après le tome 1, pour que son personnage principal ait le relief que la série lui donne ensuite.

Mon verdict : faut-il lire Jujutsu Kaisen ?

Oui, avec une réserve que je ne veux pas noyer.

Ce que la série réussit, elle le réussit à un niveau que peu de shonen atteignent. Le tome 0 et le diptyque sur le passé de Gojo, aux tomes 8 et 9, sont deux récits courts, tenus, dont la mécanique dramatique fonctionne parfaitement. Le trio de départ est excellent tant qu’il reste un trio. Et il y a dans Shibuya une quinzaine de pages qui justifient à elles seules l’existence de la série.

Ce qu’elle rate, elle le rate longtemps. La surcharge d’explications techniques n’est pas un défaut de surface, c’est un choix d’écriture qui contamine plusieurs centaines de pages. L’inflation du casting dilue l’attachement. Et le récit ne se remet jamais vraiment de son propre point culminant, atteint aux deux tiers.

3,5 sur 5. C’est la note d’une série que je recommande sans réserve à qui aime le shonen de combat et son vocabulaire, et que je déconseillerais à qui cherche un récit d’une tenue constante sur trente tomes. Les deux critiques anglophones que je retiens ici sont plus sévères, et il faut préciser leur périmètre : Kevin Cormack note l’intégrale C+, avec un C moins pour le récit et un C pour le dessin ; Rebecca Silverman notait le seul tome 1 C en janvier 2020. Ce corpus est limité et ne représente pas toute la réception anglophone. Je suis plus généreux qu’eux, parce que je pense que les sommets pèsent lourd et qu’une série capable de produire Shibuya mérite qu’on lui pardonne beaucoup. Pas tout.

Après Jujutsu Kaisen : par quoi continuer

Si c’est le système de pouvoir à contraintes qui vous a plu, Hunter × Hunter de Yoshihiro Togashi en est la matrice, et le pousse plus loin dans la rigueur. Si c’est la noirceur et le refus de protéger les personnages, Chainsaw Man de Tatsuki Fujimoto s’y emploie avec plus de brutalité et moins d’explications. Si c’est le trio d’élèves et l’école, Bleach de Tite Kubo reste la référence dont Akutami revendique l’influence, et dont il partage l’interview croisée du Guide officiel.

Dans la même veine chez de jeunes auteurs du Jump, deux titres déjà chroniqués ici prolongent la recette : Kagurabachi, souvent présenté comme son héritier direct, et Kaiju No. 8, plus classique mais nettement plus lisible dans ses affrontements. L’ensemble de nos critiques manga est également disponible.

Dans le prolongement direct, Jujutsu Kaisen Modulo paraît chez Ki-oon le 27 août 2026 à 7,20 €. Akutami en signe le scénario, Yuji Iwasaki le dessin, et l’intrigue se déroule soixante-huit ans après la défaite de Sukuna. Un avertissement s’impose : le seul résumé de ce spin-off révèle le dénouement de la série principale. À réserver à ceux qui ont fini les trente tomes.

Note de méthode

Les données bibliographiques proviennent des fiches Ki-oon et des notices libraires. Les chiffres de diffusion sont ceux communiqués par Shueisha et relayés par Anime News Network, avec leur date d’annonce. Un point de vocabulaire que presque personne ne respecte : Shueisha communique en exemplaires en circulation, c’est-à-dire en tirage, numérique inclus. Ce ne sont pas des ventes. Les termes du système de pouvoir sont ceux employés par Ki-oon dans ses propres textes ; quand une traduction n’est attestée que sur des wikis de fans, je le signale au lieu de la reprendre.

Questions fréquentes

Combien de tomes compte Jujutsu Kaisen ?

Trente tomes, plus un tome 0, soit trente et un volumes. La série est terminée : la prépublication japonaise s’est achevée le 30 septembre 2024 au chapitre 271, et l’édition française Ki-oon s’est conclue avec le tome 30 le 2 juillet 2026.

Faut-il lire le tome 0 avant ou après le tome 1 ?

Les deux fonctionnent. Le tome 0 a été prépublié avant la série, en 2017, sous le titre L’école d’exorcisme de Tokyo ; il a été rebaptisé et repositionné en prologue après coup. Je conseille de le lire après le tome 1, pour que son protagoniste prenne tout son relief.

Combien coûte l’intégrale de Jujutsu Kaisen ?

Entre 214 et 215 € au prix catalogue. Ki-oon affiche 6,90 € sur les fiches des premiers volumes et 6,95 € sur les plus récents : le catalogue n’est pas homogène, et ce total est donc un ordre de grandeur, hors promotions et occasion. Le coffret des trois premiers tomes, à 20,70 €, permet de tester la série avant de s’engager.

L’anime a-t-il rattrapé le manga ?

Non. La saison 3, diffusée du 8 janvier au 26 mars 2026 en douze épisodes, couvre la première partie du jeu d’extermination et s’arrête à la colonie de Sendai. Pour poursuivre, il faut reprendre au chapitre 181, au début du tome 21. Après la saison 2 seule, le point de reprise était le chapitre 139, dans le tome 16. Une quatrième saison est annoncée, sans date de diffusion. Le manga, lui, est complet.

Combien d’exemplaires de Jujutsu Kaisen ont été vendus ?

La question appelle une nuance. Shueisha communique en exemplaires en circulation, soit le tirage, numérique compris — pas en ventes. Le cap des 100 millions a été annoncé le 29 septembre 2024, celui des 150 millions le 20 décembre 2025 par le compte officiel de la franchise. En France, la donnée la plus souvent citée fait état d’environ 1,5 million d’exemplaires écoulés en 2021, d’après GfK-NielsenIQ.

La fin de Jujutsu Kaisen est-elle bâclée ?

C’est un reproche très répandu, mais il est porté par des sites d’agrégation plutôt que par la critique établie. Les faits vérifiables vont plutôt dans l’autre sens : Gege Akutami annonçait la fin de sa série depuis mars 2021 et l’a repoussée à deux reprises avant de l’officialiser en août 2024. Le dernier tiers souffre en revanche de vraies longueurs, ce qui est un grief distinct.

Faut-il avoir fini le manga avant de lire Jujutsu Kaisen Modulo ?

Oui. Ce spin-off, qui paraît chez Ki-oon le 27 août 2026 à 7,20 €, se déroule soixante-huit ans après la défaite de Ryomen Sukuna : son seul résumé révèle le dénouement de la série principale.

Sources. Fiches produit Ki-oon : tome 1, tome 0, guide officiel, édition Prestige du tome 30. Anime News Network : annonce de la fin, cap des 100 millions, cap des 150 millions, épilogues du tome 30, classement Circana de juin 2026. classement annuel Oricon 2021 relayé par Anime News Network — le site d’Oricon bloque les accès automatisés, la donnée est donc citée via son relais. Notices libraires pour les EAN et les crédits de traduction. Données de marché françaises : GfK-NielsenIQ, citées par le Journal du Japon du 6 mars 2026. Classement Oricon 2021 pour les ventes japonaises.

À propos de l’auteur. Toma Vinciguerra est rédacteur en chef de Cases Critiques, où il suit l’actualité manga et les éditions patrimoniales. Voir sa page auteur.

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