Berserk : critique du manga de Kentaro Miura, et faut-il le commencer
- Note : 4,5/5
- Série en cours : 43 tomes chez Glénat, le dernier paru le 1er juillet 2026
- Le sommet : l’arc de l’Âge d’or, un des grands récits du manga
- Le creux : plusieurs arcs du milieu, nettement plus lâches
- Depuis 2022 : dessin du Studio Gaga, supervision de Kouji Mori
- Public : Glénat classe la série « public averti, dès 18 ans »
- À savoir avant d’acheter : aucune date de conclusion n’est annoncée
L’Âge d’or : pourquoi cet arc écrase le reste de la série
Le récit s’ouvre sur un guerrier solitaire à l’épée démesurée, poursuivi par des créatures, dans un registre de dark fantasy assez convenu. Puis Miura fait un choix qui change tout : il remonte le temps et raconte la jeunesse de Guts sur une dizaine de volumes.
Cet arc n’est pas un récit d’action. C’est une histoire d’ambition et d’appartenance, centrée sur trois personnages — Guts, Griffith, Casca — et sur ce qu’ils veulent les uns des autres sans jamais parvenir à le dire. La bascule finale fonctionne parce que dix volumes l’ont préparée émotionnellement, pas parce qu’elle est spectaculaire.
Le dessin y atteint un niveau de détail que peu d’auteurs peuvent tenir : armures, architectures, foules, et des visages qui portent des choses très difficiles à dessiner. Miura travaillait lentement, et cela se voit dans le bon sens.
Ce qui vient après l’Âge d’or, et pourquoi c’est plus inégal
Il faut le dire clairement, parce que beaucoup de recommandations l’escamotent : la suite ne tient pas ce niveau.
L’arc suivant, centré sur l’Inquisition, reste très fort et prolonge intelligemment ce qui précède. Ensuite, la série s’installe dans un mode plus lâche : une troupe s’agrandit, des étapes s’enchaînent, et le récit avance à un rythme qui décourage. Plusieurs volumes du dernier tiers apportent peu, et les pauses de publication ont été longues et fréquentes.
Ce n’est pas mauvais. C’est diffus, sur une œuvre qui avait été d’une rigueur exceptionnelle. Sur ce terrain, Monster d’Urasawa tient mieux la distance.
Berserk est-il terminé ? La mort de Miura et la suite
Kentaro Miura est mort le 6 mai 2021, à 54 ans, d’une dissection aortique aiguë. Il travaillait sur Berserk depuis 1989.
La série a repris en juin 2022 dans les pages de Young Animal, le magazine de Hakusensha, avec des crédits explicites : œuvre originale de Kentaro Miura, dessin du Studio Gaga — ses assistants, qui travaillaient déjà sur la série de son vivant — et supervision de Kouji Mori.
Mori est un ami proche de longue date, également auteur, à qui Miura racontait ses intentions depuis des décennies. Il a déclaré connaître la fin prévue, discutée avec Miura depuis l’Éclipse, il y a une trentaine d’années, et s’être engagé à en restituer les détails autant que possible.
Ce n’est donc ni une reprise commerciale opportuniste, ni la garantie que la série trouvera sa conclusion. C’est un entre-deux, et il faut l’aborder comme tel.
Faut-il commencer une série que son auteur ne finira pas ?
C’est la vraie question, et ma réponse est oui, à une condition : ne pas la commencer pour la fin.
L’Âge d’or forme un ensemble qui se suffit. Il a un début, une construction et une conclusion, il occupe une dizaine de volumes, et il vaut à lui seul le détour même si vous vous arrêtez là. C’est ainsi que je conseille d’entrer dans Berserk : comme on lit un grand récit clos, en considérant la suite comme un bonus incertain.
Si votre plaisir de lecture dépend d’arriver au bout, passez votre chemin. Quarante-trois tomes en 2026, un rythme de parution irrégulier et aucune date de conclusion annoncée : l’engagement est réel, et personne ne peut vous promettre qu’il aboutira.
Combien de tomes, à quel prix : l’édition française
La série paraît en français chez Glénat.
Le tome 43, paru le 1er juillet 2026 à 7,20 €, est le dernier volume disponible. Au prix courant, les quarante-trois tomes représentent environ 310 €, ce qui en fait l’un des engagements les plus lourds du rayon manga. En numérique, à 4,99 € le volume, le total tombe autour de 215 €.
À noter aussi : Glénat édite des versions collector de certains volumes — les tomes 41 et 42 en ont bénéficié avant celui du tome 43. Comme souvent, leur contenu varie d’un volume à l’autre.
Glénat a accompagné ce tome 43 d’un coffret collector sorti le même jour, exclusif à la France : couverture rigide simili-cuir, fourreau faisant présentoir, et la reproduction d’une dédicace inédite sur shikishi réalisée par Miura en 2009 pour les vingt ans de l’éditeur. C’est un objet pour lecteur déjà installé, pas un point d’entrée.
À noter enfin : L’Art de Berserk, artbook cartonné de 240 pages, n’est pas encore paru. Glénat l’annonce pour le 28 octobre 2026, à 35 €. Nous ne le jugeons donc pas ici.
Mais l’arbitrage réel de 2026 est ailleurs. Glénat publie depuis juin 2025 une édition Prestige, à 24,90 € le volume. Chaque tome y reprend deux volumes de l’édition courante, avec une traduction revue et augmentée et des pages couleur inédites, jusque-là confinées aux archives japonaises. Sept volumes sont parus à ce jour.
| Édition | Prix | Contenu | Où elle en est |
|---|---|---|---|
| Courante | 7,20 € | Un tome | Complète jusqu’au tome 43 |
| Prestige | 24,90 € | Deux tomes courants, traduction revue, pages couleur inédites | 7 volumes parus, loin du compte |
Pour découvrir la série, prenez l’édition courante : c’est la seule qui aille jusqu’au tome 43, et le tome 1 à 7,20 € vous dira très vite si l’Âge d’or vous emporte. La Prestige est plus belle et sa traduction est meilleure, mais elle ne couvre pour l’instant que le début — c’est une édition de relecture, pas de découverte.





