En bref : 20 graphic novels majeurs parus entre 2024 et 2026, sélectionnés par Cases Critiques. 14 traductions, 6 albums francophones. Récompenses notables : Fauve d’Or 2025 (Luz, Deux Filles Nues), Prix BD Fnac/France Inter 2025-2026 (Au-Dedans, Soli Deo Gloria), Fauve de la Série 2024 (The Nice House on the Lake T2), Prix Vanity Fair 2025 (Albertine a disparu). Article mis à jour en avril 2026.
Deux ans de lectures, vingt titres qui comptent
Il y a des périodes en librairie où on finit par hausser les épaules. Trop de sorties, pas assez de temps, l’impression que la plupart des albums s’oublieront en quelques semaines. 2024-2026, ce n’est pas une de ces périodes. En deux ans, on a eu Manu Larcenet adapter Cormac McCarthy, Emil Ferris livrer enfin le second tome de son chef-d’œuvre après sept ans d’attente, Aimée de Jongh s’attaquer à Golding, Luz remporter le Fauve d’Or d’Angoulême. Sans compter les dizaines d’autres qui méritent qu’on s’y arrête.
Cette liste a commencé comme une sélection de cinq titres. Elle a rapidement débordé. Vingt, c’est le nombre minimum pour être honnête avec ce que cette période a produit. J’ai organisé les entrées par ordre de priorité — les cinq premières méritent d’être lues cette année si vous n’en lisez que quelques-unes. Les quinze suivantes valent aussi le déplacement, selon vos goûts.
Les cinq à lire absolument
1. « La Route » — Manu Larcenet (Dargaud, 2024)
Éditeur : Dargaud | Format : One-shot | Prix : 29,50 €
On attendait cette adaptation depuis des années et on redoutait le pire. Larcenet qui s’attaque à McCarthy, c’était soit un acte de courage artistique exceptionnel, soit une catastrophe assurée. C’est la première option — et de loin.
Rappel du roman : un père et son fils traversent une Amérique post-apocalyptique réduite en cendres. Pas de nom, pas de date, pas de raison claire. Juste ce mouvement vers le sud, cette conviction que continuer à avancer a encore un sens. McCarthy avait écrit un livre sur la paternité brute, sur ce qui reste quand tout le reste a disparu. Larcenet ne cherche pas à illustrer le roman — il cherche à retrouver les mêmes sensations par d’autres moyens.
Le résultat, c’est un album en noir et blanc où le blanc finit par faire peur. Des cases presque abstraites. Un silence graphique que les mots seuls auraient été incapables de construire. La première page est muette, et elle est plus angoissante que n’importe quelle description de McCarthy. Ce n’est pas une adaptation — c’est une réinterprétation graphique d’une œuvre majeure par un artiste au sommet de sa maîtrise.
Tirage initial de 60 000 exemplaires, épuisé rapidement (Dargaud n’avait pas anticipé un tel succès et a dû réimprimer). Première adaptation d’un roman de McCarthy en bande dessinée. Ces deux informations disent tout sur l’événement éditorial que c’était. Disponible en réimpression, enfin facile à trouver.
2. « Sa Majesté des Mouches » — Aimée de Jongh (Dargaud, 2024)
Éditeur : Dargaud | Pages : 352 | Format : One-shot | Prix : 28 €
Golding en bande dessinée, ça semblait une mauvaise idée. Le roman de 1954 fonctionne en grande partie parce qu’il est une démonstration froide et progressive de la désintégration sociale. La BD, avec ses cases et ses ellipses forcées, allait tronquer quelque chose. Sauf qu’Aimée de Jongh a fait un choix radical : elle n’a pas cherché à adapter fidèlement. Elle a cherché l’équivalent graphique de la progression du roman.
Le pitch reste inchangé : des écoliers anglais de bonne famille se retrouvent seuls sur une île déserte après un crash. Ils essaient de s’organiser. Ça dure un peu. Ensuite, ça dégénère. Ce que De Jongh réussit, c’est rendre visible — page par page — le moment exact où la civilisation lâche. Les couleurs changent. Les corps changent. La composition des pages change. À la fin, on regarde quelque chose d’assez difficile à soutenir visuellement.
Première adaptation de Golding en BD. 352 pages pour le 70e anniversaire du roman. Sélection Prix BD Fnac France Inter 2025. C’est une œuvre qui a sa propre personnalité — fidèle à son modèle mais pas servile. Ce n’est pas rien.
3. « Deux Filles Nues » — Luz (Albin Michel, 2024)
Éditeur : Albin Michel | Pages : 196 | Format : One-shot | Prix : 25 €
Fauve d’Or du festival d’Angoulême 2025. Prix Wolinski du Point. Prix des critiques ACBD. Luz avait déjà une trajectoire hors norme — il était dessinateur à Charlie Hebdo le 7 janvier 2015, il était absent ce matin-là. Avec « Deux Filles Nues », il revient sur quelque chose de plus ancien et de plus discret : un tableau.
En 1919, à Berlin, Otto Mueller peint deux jeunes femmes nues dans une forêt. De là, Luz suit le destin de cette toile à travers le XXe siècle — l’essor du nazisme, les purges de l’art dit « dégénéré », les spoliations des familles juives, les transferts de collections, les ventes forcées. C’est une histoire de l’art qui est aussi une histoire de la violence politique, racontée en suivant un objet qui, lui, ne peut pas fuir.
Ce qui frappe dans ce livre, c’est que Luz utilise le dessin comme un outil d’enquête. Il reconstitue, il suppose, il documente par l’image. Le résultat est dense sans être austère. Et cette idée de raconter l’histoire du nazisme à travers un tableau plutôt qu’à travers des personnages, c’est une approche que je n’avais pas vue traitée ainsi ailleurs dans la BD.
4. « My Favorite Thing Is Monsters », tome 2 — Emil Ferris (Monsieur Toussaint Louverture, 2024)
Éditeur : Fantagraphics (VO) / Monsieur Toussaint Louverture (VF) | Pages : 400+ | Format : 2/2
Sept ans d’attente. Le tome 1 était sorti en 2017 et avait immédiatement intégré les listes des œuvres incontournables de la décennie. Emil Ferris avait dessiné l’intégralité au stylo bille — pas comme effet graphique, mais parce que la technique imitait parfaitement le rendu d’un journal intime d’enfant. Karen Reyes, 10 ans, Chicago, années 60, se voit comme un monstre de film d’horreur. Elle enquête sur le meurtre de sa voisine. Et tout ça tient sur du papier d’écolier ligné reconstitué avec une minutie de malade.
Le tome 2 continue. Plus dense encore, plus labyrinthique. Il y a des digressions sur la Shoah, sur les émeutes raciales de Chicago, sur ce que signifie grandir en étant différent. C’est le genre de livre qui demande un vrai investissement — on ne le lit pas en une soirée, on le traverse sur plusieurs semaines. Et l’expérience de lecture est chaque fois différente selon ce qu’on remarque.
Si vous n’avez pas lu le tome 1, arrêtez tout et commencez par là. Le tome 2 ne se comprend pas seul. Et si vous avez attendu que la série soit complète pour vous lancer, c’est maintenant qu’il faut y aller.
5. « Impénétrable » — Alix Garin (Le Lombard, 2024)
Éditeur : Le Lombard | Pages : 304 | Format : One-shot | Prix : 28 €
Prix du Public au festival d’Angoulême 2025. Finaliste du Prix BD Fnac France Inter 2025. Alix Garin fait quelque chose de difficile dans « Impénétrable » : elle parle de vaginisme — une douleur physique réelle, taboue, rarement abordée en BD — sans jamais tomber dans le témoignage clinique ni dans le manifeste militant.
Le récit est autobiographique. Elle a 21 ans, elle vient de signer son premier contrat de BD, elle emménage avec son copain, et son corps refuse soudainement. La douleur est là, inexplicable, omniprésente. Ce qui m’a surprise, c’est que le livre n’est pas sombre. Le dessin est aéré, les couleurs sont vivantes, les mises en page sont inventives. Garin parle de souffrance avec une légèreté formelle qui n’est pas de la légèreté dans le fond.
Le Prix du Public à Angoulême dit quelque chose : ce n’est pas un livre de niche, ce n’est pas un manifeste qu’on recommande à des gens qui le sont déjà. C’est un livre qui touche des gens qui n’avaient pas prévu d’être touchés. C’est peut-être la définition du bon graphic novel.
Quinze autres à connaître (2024-2026)
6. « Au-Dedans » — Will McPhail (404 Comics, 2024)
Éditeur : 404 Comics | Format : One-shot | Prix : 25 €
Lauréat du Prix BD Fnac France Inter 2025. McPhail est dessinateur au New Yorker et « Au-Dedans » est son premier long format. L’idée est simple : les premières pages sont en noir et blanc schématique, les échanges superficiels. Quand deux personnages entrent en vraie connexion, les planches explosent en couleur et en détail. Un dispositif graphique élégant pour parler de l’isolement contemporain et de la difficulté à vraiment communiquer. Accessible, rapide, mais pas superficiel — le genre de livre qui laisse une marque discrète.
7. « Ginseng Roots » — Craig Thompson (Casterman, 2024)
Éditeur : Casterman | Pages : 448 | Format : One-shot | Prix : 27 €
Craig Thompson (auteur de « Blankets » et « Habibi ») revient avec un projet qui lui a pris des années. Dans les années 80, lui et ses frères travaillaient dans les champs de ginseng du Wisconsin pendant leurs vacances d’été. À partir de ces souvenirs d’enfance, il construit une enquête sur toute la chaîne économique et culturelle du ginseng — des champs américains aux marchés asiatiques, en passant par les droits des travailleurs immigrés. À la fois autobiographie, documentaire et essai visuel. 448 pages qui se lisent très vite malgré leur densité.
8. « It’s Lonely at the Centre of the Earth » — Zoe Thorogood (HiComics, 2024)
Éditeur : HiComics | Format : One-shot
Thorogood avait 23 ans quand elle a commencé ce livre sur sa propre dépression. Ce qu’elle en fait est plus subtil qu’une simple BD autobiographique : elle joue avec les genres, la méta-fiction, la conscience que ce qu’elle dessine est en train d’être lu. Révélation de l’année aux Eisner Awards. Pas le livre le plus facile, mais l’un des plus honnêtes sur ce que signifie vivre avec quelque chose qu’on ne comprend pas soi-même.
9. « Journal de 1985 » — Xavier Coste & Philippe Borgn (Sarbacane, 2024)
Éditeur : Sarbacane | Pages : 272 | Format : One-shot
Suite directe de l’adaptation du « 1984 » d’Orwell que Coste avait publiée chez Sarbacane (Prix Uderzo 2021, Prix BD Fnac France Inter 2022). « Journal de 1985 » commence le 24 janvier 1985, le lendemain de la fin du roman d’Orwell. Le nouveau régime est là. Quelqu’un tague un visage géant sur un mur. Un livre tombe d’une poche. Coste s’est inventé une liberté que le roman d’Orwell n’avait pas — imaginer ce qui vient après — et le résultat est aussi dystopique que son modèle, mais avec une énergie propre.
10. « Worm, une odyssée américano-cubaine » — Edel Rodriguez (Bayard Graphic, 2024)
Éditeur : Bayard Graphic | Format : One-shot
Rodriguez était l’illustrateur de couverture du Time qui avait fait Trump en train de fondre. Ici, il raconte sa propre histoire : enfant dans la Cuba de Castro, départ par le port de Mariel en 1980, arrivée aux États-Unis, adolescence dans le système américain, puis retour sur cette histoire depuis le présent de Trump. « Worm » (le ver ou la vermine, surnom que Castro donnait aux Cubains qui voulaient partir), c’est une autobiographie politique très bien dessinée, sans effet de manche.
11. « Les Mauvaises Herbes » — Keum Suk Gendry-Kim (Delcourt)
Éditeur : Delcourt | Pages : 480 | Format : One-shot | Prix : 28 €
Publié en France dès 2019, ce livre n’a pas pris une ride. Gendry-Kim a recueilli le témoignage de Lee Ok-sun, ancienne « femme de réconfort » coréenne, esclave sexuelle de l’armée japonaise pendant la Seconde Guerre mondiale. Le dessin est sobre, au lavis, sans effets. Aucune complaisance, aucun voyeurisme. La force du livre vient de la retenue : c’est Lee Ok-sun qui parle, Gendry-Kim qui écoute et dessine. Réédité régulièrement, toujours disponible, toujours nécessaire. Mention spéciale Prix Bulles d’Humanité 2019.
12. « L’Âge d’Or » (2 volumes) — Cyril Pedrosa & Roxanne Moreil (Dupuis)
Éditeur : Dupuis | Format : Série complète (2 tomes)
Fantasy adulte, ce n’est pas courant en BD franco-belge. Pedrosa (auteur de « Portugal » et « Trois Ombres ») et Moreil ont construit une duologie avec des enjeux politiques du niveau d’un Game of Thrones et un dessin qui rappelle les enluminures médiévales. Tilda, princesse héritière, se voit usurper son trône par son frère. Ce qui s’ensuit est un récit de résistance, d’alliance improbable et de redéfinition du pouvoir. Les deux tomes forment un arc complet. Si vous attendiez de la fantasy ambitieuse côté franco-belge, c’est ici que ça se passe.
13. « The Nice House on the Lake » — James Tynion IV & Álvaro Martínez Bueno (Urban Comics)
Éditeur : Urban Comics | Format : Série complète (2 volumes VF)
Fauve de la Série au festival d’Angoulême 2024. Plus de 100 000 lecteurs en France. Tynion IV fait de l’horreur psychologique : un groupe d’amis reçoit une invitation pour un week-end dans une villa au bord d’un lac dans le Wisconsin. Une fois là-bas, ils ne peuvent plus repartir. La menace n’est pas expliquée pendant longtemps — c’est cette lenteur qui rend le livre si difficile à reposer. Martínez Bueno dessine avec une précision clinique qui rend l’horreur encore plus froide. Série complète disponible en français chez Urban Comics.
14. « Là Où Gisait le Corps » — Ed Brubaker & Sean Phillips (Delcourt, 2024)
Éditeur : Delcourt | Pages : 144 | Format : One-shot | Prix : 22 €
Brubaker et Phillips font du noir depuis vingt ans (Criminal, Fatale, Pulp). Ici, ils s’offrent un exercice formel : le livre commence par révéler le coupable. Tout l’intérêt porte alors sur le « pourquoi » et le « comment ». C’est une mécanique narrative que peu d’auteurs maîtrisent — rares sont ceux qui réussissent à tenir le lecteur en haleine quand l’issue est annoncée dès la première page. 144 pages, lecture rapide, efficacité maximale.
15. « Krimi » — Thibault Vermot & Alex W. Inker (Sarbacane, 2025)
Éditeur : Sarbacane | Pages : 280 | Format : One-shot | Prix : 28 €
Berlin, 1929. L’inspecteur Lohmann approche Fritz Lang pour lui parler d’un tueur en série qui terrorise l’Allemagne — Peter Kürten, le « vampire de Düsseldorf ». Vermot et Inker imaginent la genèse du film « M le Maudit » comme une enquête documentaire dans le Berlin de Weimar. Le résultat est dense, historiquement nourri, visuellement sombre. Retenu dans la première sélection du Grand Prix de la Critique ACBD 2026 (lauréat : Les Sentiers d’Anahuac de Romain Bertrand et Jean Dytar, Delcourt).
16. « Caballero Bueno » — Thomas Lavachery & Thomas Gilbert (Rue de Sèvres, 2025)
Éditeur : Rue de Sèvres | Pages : 168 | Format : One-shot | Prix : 25 €
Île de Pâques, 1933. Un Anglais de la compagnie Williamson & Balfour est retrouvé mort. Le coupable a déjà avoué. L’inspecteur Valverde débarque quand même pour faire son rapport. Ce qu’il trouve, c’est une société sous tension : colons, autorités chiliennes, population locale réduite au servage. Lavachery et Gilbert construisent un polar qui sert surtout de radiographie coloniale. Discret, précis, et nettement plus clivant qu’il n’y paraît. Sélection Prix Première du Roman Graphique 2025.
17. « Albertine a disparu » — Vincent Guerrier, François Vignolle & Vincenzo Bizzarri (Glénat, 2025)
Éditeur : Glénat | Pages : 144 | Format : One-shot | Prix : 22 €
Un fait divers réel dans un village normand, en 2022. Une femme âgée disparaît. Un maire s’en préoccupe. Et à partir de là, c’est toute la sociologie du monde rural qui remonte — les commérages, la canicule, les non-dits entre voisins, le Covid qui rôde encore. Prix Vanity Fair 2025, catégorie roman graphique. Un livre discret qui mérite beaucoup plus de visibilité qu’il n’en a.
18. « Starman : Quand Ziggy éclipsa Bowie » — Reinhard Kleist (Casterman, 2025)
Éditeur : Casterman | Format : One-shot | Prix : 28 €
Kleist (auteur de biographies graphiques de Nick Cave et Johnny Cash) s’attaque à Bowie. Mais pas au Bowie entier — à la période Ziggy Stardust uniquement, 1972-73, l’ascension et la fin de la persona. Casterman a regroupé dans un seul volume deux livres publiés séparément en allemand et en anglais : « Starman » (la montée en puissance de Ziggy) et « Low » (la fuite à Berlin-Ouest avec Iggy Pop). Le résultat couvre les années les plus fascinantes de Bowie de façon exhaustive. Incontournable si vous vous intéressez à la biographie graphique comme genre.
19. « Soli Deo Gloria » — Jean-Christophe Deveney & Édouard Cour (Dupuis, 2025)
Éditeur : Dupuis | Format : One-shot
Lauréat du Prix BD Fnac France Inter 2026. Saint-Empire romain germanique. Deux enfants pauvres, Hans et Helma, auxquels seule la musique permet d’échapper à leur condition — des forêts où un ermite leur révèle les sons du monde, aux cours princières. Deveney et Cour construisent quelque chose de rare : un roman graphique sur la musique qui réussit à faire entendre quelque chose. Récit initiatique, ambiance entre enluminure médiévale et expressionnisme, mise en page inventive.
20. « The Nice House by the Sea », tome 1 — James Tynion IV & Álvaro Martínez Bueno (Urban Comics, 2025)
Éditeur : Urban Comics | Format : Série en cours (T1 paru avril 2025) | Prix : 17 €
Suite directe de « The Nice House on the Lake » (n° 13 de cette liste), avec de nouveaux personnages cette fois piégés dans une villa méditerranéenne. Même auteurs, même tension progressive, même principe d’enfermement inexplicable. Si vous avez aimé le premier, c’est une évidence. Si vous ne connaissez pas la série, commencez par « The Nice House on the Lake » — cette suite ne se comprend pas seule.
Tableau récapitulatif
| Titre | Éditeur VF | Thème principal | Format de lecture |
|---|---|---|---|
| La Route | Dargaud | Post-apo / adaptation McCarthy | Contemplatif |
| Sa Majesté des Mouches | Dargaud | Adaptation Golding / survie | Progressif |
| Deux Filles Nues | Albin Michel | Histoire de l’art / nazisme | Accessible |
| My Favorite Thing Is Monsters T2 | Monsieur Toussaint Louverture | Autobio / polar / Chicago 60s | Dense |
| Impénétrable | Le Lombard | Autobio / santé intime | Fluide |
| Au-Dedans | 404 Comics | Connexion humaine / solitude | Rapide |
| Ginseng Roots | Casterman | Autobio / documentaire | Dense |
| It’s Lonely at the Centre | HiComics | Dépression / méta-BD | Accessible |
| Journal de 1985 | Sarbacane | Dystopie / post-Orwell | Dense |
| Worm | Bayard Graphic | Autobio politique / Cuba | Accessible |
| Les Mauvaises Herbes | Delcourt | Témoignage / femmes de réconfort | Sombre |
| L’Âge d’Or | Dupuis | Fantasy adulte franco-belge | Fluide |
| The Nice House on the Lake | Urban Comics | Horreur psychologique | Tendu |
| Là Où Gisait le Corps | Delcourt | Noir / crime inversé | Rapide |
| Krimi | Sarbacane | Historique / Berlin de Weimar | Dense |
| Caballero Bueno | Rue de Sèvres | Polar colonial / île de Pâques | Fluide |
| Albertine a disparu | Glénat | Chronique rurale / fait divers | Fluide |
| Starman | Casterman | Biographie / David Bowie | Accessible |
| Soli Deo Gloria | Dupuis | Musique / initiation médiévale | Fluide |
| Nice House by the Sea T1 | Urban Comics | Horreur / huis clos méditerranéen | Tendu |
Par où commencer selon votre profil
Vous ne lisez jamais de BD et vous voulez tester le graphic novel : La Route ou Sa Majesté des Mouches. Ce sont des adaptations de romans connus — elles montrent ce que le médium peut faire différemment du livre original.
Vous aimez les récits autobiographiques : Impénétrable, Au-Dedans, It’s Lonely at the Centre of the Earth, Worm. Quatre approches très différentes d’un même territoire.
Vous cherchez quelque chose de graphiquement ambitieux : My Favorite Thing Is Monsters T2. Mais lisez le T1 d’abord — sans lui, le T2 ne tient pas.
Fantasy ou horreur : L’Âge d’Or pour la première, The Nice House on the Lake pour la seconde. Deux registres, deux niveaux d’ambition, aucune déception.
Récits historiques ou politiques : Deux Filles Nues, Les Mauvaises Herbes, Worm, Krimi, Caballero Bueno — cinq livres, cinq périodes, cinq façons d’utiliser la BD pour raconter l’histoire.
FAQ
Quelle différence entre BD et graphic novel ?
Le terme « graphic novel » désigne historiquement un album BD long, narratif et adressé à un public adulte (origine anglo-saxonne, années 1980 avec Maus et Watchmen). Aujourd’hui en France, c’est un format plus qu’un genre : un album dense, souvent au-delà de 100 pages, avec une ambition narrative qui dépasse l’album classique 48 pages.
Par quel titre commencer si je découvre le format ?
Entrée douce, format intime : Au-Dedans de Will McPhail (Prix BD Fnac/France Inter 2025). Expérience marquante mais exigeante : My Favorite Thing Is Monsters d’Emil Ferris (700+ pages cumulées, dessin entièrement au stylo bille). Actualité primée : Soli Deo Gloria de Deveney et Cour (Prix BD Fnac/France Inter 2026).
Combien coûte un graphic novel en moyenne ?
Entre 22 € et 35 € pour les formats classiques (200-400 pages cartonnés). Les pavés au-delà de 500 pages (My Favorite Thing Is Monsters T2, La Route) atteignent 29 €-35 €. Éditions collector limitées : 60 €-90 €.
Où acheter ces albums ?
Librairies indépendantes spécialisées (BD-Fugue, La Réserve à Bulles, Cité de la BD à Angoulême), librairies généralistes (Fnac, Furet du Nord, Decitre, Cultura) et plateformes en ligne. Plusieurs titres ont été réimprimés faute d’avoir anticipé le succès — La Route de Larcenet en tête.
Une opinion tranchée pour finir
Sur ces vingt titres, quatorze sont des traductions. Ce n’est pas un accident. Le graphic novel français reste encore trop frileux face à ses homologues américains ou coréens — L’Âge d’Or de Pedrosa est l’une des rares exceptions franco-belges à atteindre ce niveau d’ambition narrative. Impénétrable, Deux Filles Nues et Albertine a disparu montrent que ça change doucement. Mais le centre de gravité du genre reste largement anglophone et asiatique. Dire le contraire serait du patriotisme éditorial.
Ce que cette liste prouve quand même : peu importe la langue d’origine, le graphic novel en 2024-2026 est le format où se jouent les paris les plus ambitieux de la bande dessinée mondiale. Vingt titres pour s’en convaincre.



