The Umbrella Academy : faut-il lire le comics de Gerard Way et Gabriel Bá ?
Oui, The Umbrella Academy vaut encore la lecture en 2026, surtout pour ses deux premiers tomes. Le troisième est plus inégal, mais ne gâche pas le tableau d’ensemble. Gerard Way et Gabriel Bá ont construit l’un des comics super-héroïques les plus singuliers des années 2000 : un Eisner Award du meilleur limited series, un bestseller du New York Times, quatre saisons Netflix. La série principale compte 3 tomes en français chez Delcourt, et le tome 4 (Plan B) est en cours en VO. Verdict : 4/5.
Note : 4/5. Les tomes 1 et 2 sont excellents, le 3 s’éparpille. Gabriel Bá est l’un des meilleurs dessinateurs actuels en comics indépendant. Le récit n’est pas terminé.
À lire si : vous cherchez du super-héros bizarre, compact et visuellement saisissant.
À éviter si : vous voulez une histoire complète avec une fin nette.
Budget : 55,50 € les 3 tomes papier, 29,97 € en numérique (prix constatés en juillet 2026).
| Titre | The Umbrella Academy |
| Scénario | Gerard Way (T1-T3) · Gerard Way et Gabriel Bá (T4 Plan B) |
| Dessin | Gabriel Bá |
| Couleurs | Dave Stewart (tomes 1-2, 4) · Nick Filardi (tome 3) |
| Éditeur VO | Dark Horse Comics (US) |
| Éditeur VF | Delcourt, collection Contrebande |
| Traduction | Jérôme Wicky |
| Série principale VF | 3 tomes : La Suite apocalyptique · Dallas · Hôtel Oblivion |
| Univers VF complet | 5 ouvrages chez Delcourt (série principale + Making Of + Les Contes de la Umbrella Academy) |
| Tome 4 (VO) | Plan B, co-écrit par Way et Bá. 6 numéros chez Dark Horse depuis juin 2025. Trade paperback VO annoncé. Pas encore en VF. |
| Prix VF | 18,50 € (papier) · 9,99 € (numérique) — prix constatés en juillet 2026 |
| Genre | Super-héros absurdiste, comédie noire, drame familial |
| Récompenses | Eisner Award 2008 (Best Limited Series) · Harvey Award 2008 (Best New Series) · Harvey Award 2009 (Best Artist pour Bá) |
| Adaptation | Série Netflix, 4 saisons (2019-2024), terminée |
De quoi parle The Umbrella Academy
Le 1er octobre 1989, quarante-trois femmes à travers le monde donnent naissance simultanément. Aucune n’était enceinte le matin même. Sir Reginald Hargreeves, milliardaire excentrique, en adopte sept. Il leur donne des numéros, pas des prénoms, et les entraîne comme une équipe de super-héros.
Des années plus tard, la mort de Hargreeves réunit les six survivants : Luther/Spaceboy (force surhumaine), Diego/Kraken (maîtrise des projectiles), Allison/Rumor (pouvoir de suggestion), Klaus/Séance (communication avec les morts), Numéro Cinq (voyageur temporel, coincé dans un corps d’enfant) et Vanya (la seule, officiellement, sans pouvoir). Le septième, Ben/Horror, est mort en mission. Un chimpanzé en costume trois pièces sert de majordome sans que personne s’en étonne, un orchestre de robots accompagne l’apocalypse, un tueur à gages voyage dans le temps via une mallette. Ce n’est pas une histoire de super-héros qui sauvent le monde. C’est une histoire de famille dysfonctionnelle qui essaie de survivre à elle-même.
Gerard Way : du punk rock au comics
Gerard Way est d’abord le chanteur de My Chemical Romance. Quand Apocalypse Suite est sorti en 2007, beaucoup s’attendaient à un projet de notoriété. Le résultat dépasse largement cette case : la série a remporté l’Eisner du meilleur limited series dès son premier arc et a durablement installé Way comme auteur de comics à part entière.
Way a étudié le cartooning à la School of Visual Arts de New York, promotion 1999. Son écriture dans The Umbrella Academy ne ressemble ni à du Bendis ni à du Morrison. Il privilégie les ellipses brutales, les scènes qui démarrent au milieu de l’action, et des dialogues courts qui fonctionnent comme des punchlines. Le résultat est un mélange d’absurde pop, de violence sèche et de sentimentalité sincère. On est loin du super-héros classique, plus proche d’un Watchmen qui aurait choisi l’humour plutôt que la gravité pour déconstruire le genre.
Gabriel Bá : le vrai moteur de la série
Si le scénario de Way est bon, le dessin de Gabriel Bá est ce qui fait du comics une oeuvre marquante. L’artiste brésilien, frère jumeau de Fábio Moon (avec qui il a signé Daytripper, Eisner 2011 du meilleur limited series), apporte un style à la fois expressif et maîtrisé : des silhouettes graphiques, un trait d’encre épais qui doit quelque chose à Mike Mignola, et une capacité à rendre lisibles des séquences d’action où six personnages se battent dans la même pièce.
Les couleurs de Dave Stewart (collaborateur de Mignola sur Hellboy) renforcent cette lisibilité. La palette est restreinte, presque sérigraphique : des aplats de couleur franche sur des décors simplifiés, ce qui donne aux planches une qualité d’affiche.
J’ai relu les trois tomes VF (édition Delcourt 2019) avant d’écrire cette critique, puis les quatre premiers numéros de Plan B en VO. Ce qui m’a frappé à la relecture, c’est la scène du dîner de retrouvailles dans le tome 1 : Bá fait tenir toute la tension familiale en trois cadrages muets, sans un mot de dialogue. Les expressions des visages disent ce que les personnages refusent de formuler. Dans le tome 2, il y a une double page de bataille temporelle où cinq lignes narratives se croisent, et tout reste lisible du premier coup d’oeil. C’est là qu’on mesure ce que le dessin porte dans cette série.
Tome par tome : ce qui fonctionne et ce qui fatigue
Tome 1 : La Suite apocalyptique (2007-2008)
Le plus accompli des trois. L’installation tient en quelques pages, le ton est identifiable dès la première scène, et le climax autour de Vanya dans le dernier chapitre reste l’une des fins de limited series les plus percutantes des années 2000. Tout le conflit familial converge en une seule scène, et Bá la dessine sans effets spectaculaires inutiles. C’est ce tome qui a remporté l’Eisner.
Tome 2 : Dallas (2008-2009)
Plus ambitieux, plus complexe, parfois plus confus. L’intrigue implique l’assassinat de JFK, des voyages temporels et des mercenaires cosmiques. Les allers-retours demandent de l’attention, mais le thème central (la culpabilité, le sacrifice, jusqu’où aller pour sauver ce qu’on a détruit) donne au récit un poids émotionnel que le premier tome n’avait pas. Bá gère la narration éclatée avec une maîtrise impressionnante : chaque époque a sa palette, chaque fil narratif son rythme visuel.
Tome 3 : Hôtel Oblivion (2018-2019)
Dix ans de silence entre les tomes 2 et 3, et le retour ne tient pas toutes ses promesses. Les fils narratifs se multiplient sans toujours se rejoindre. Le sentiment de ne comprendre que des fragments de l’histoire, relevé par Planète BD dans sa chronique, est réel. Les couleurs de Nick Filardi (qui remplace Dave Stewart) sont moins tranchées, ce qui atténue la lisibilité graphique. Bá reste excellent, mais le scénario a perdu la concision qui faisait la force des deux premiers arcs.
Comics ou série Netflix : les différences qui comptent
La série Netflix (4 saisons, 2019-2024) a fait connaître l’univers à un public bien plus large. Les deux premières saisons adaptent assez fidèlement les tomes 1 et 2. À partir de la saison 3, la série diverge fortement, en partie parce que Way avait transmis au showrunner Steve Blackman un plan de 18 pages couvrant des arcs pas encore publiés en BD. La saison 4, entièrement originale, a été mal reçue : 55 % sur Rotten Tomatoes, 19 % côté public (scores constatés en juillet 2026).
| Comics | Série Netflix | |
| Statut | En cours (Plan B, T4) | Terminée (4 saisons) |
| Tonalité | Plus étrange, plus sec, plus visuel | Plus émotionnel, plus de quotidien familial |
| Fidélité T1-T2 | Source | Adaptation assez fidèle (S1-S2) |
| À partir du T3 | Récit original de Way | S3-S4 divergent fortement |
| Personnage Vanya | Vanya Hargreeves | Viktor Hargreeves (transition propre à l’adaptation) |
| Rythme | Compact, elliptique | Développé, épisodique |
Lire le comics après la série fonctionne très bien : les deux deviennent des oeuvres distinctes assez vite.
Dans quel ordre lire The Umbrella Academy
| Ordre | Titre VF | Titre VO | Année VO | Dispo VF | Essentiel ? |
| 1 | La Suite apocalyptique | Apocalypse Suite | 2007-2008 | Oui (Delcourt) | Indispensable |
| 2 | Dallas | Dallas | 2008-2009 | Oui (Delcourt) | Indispensable |
| 3 | Hôtel Oblivion | Hotel Oblivion | 2018-2019 | Oui (Delcourt) | Recommandé |
| 4 | Non annoncé | Plan B | 2025 (en cours) | VO uniquement | Pour les fans |
| — | Les Contes de la Umbrella Academy | Tales from the UA | 2018-2020 | Oui (Delcourt) | Optionnel |
L’histoire de la série principale est linéaire malgré les voyages temporels. Les Contes et le Making Of sont des compléments qui se lisent après le tome 3, sans impact sur la compréhension de l’arc principal.
Plan B : où en est la suite en 2026
Plan B est le quatrième arc de la série, co-écrit pour la première fois par Gerard Way et Gabriel Bá. La publication a débuté en juin 2025 chez Dark Horse, avec 6 numéros prévus. Le trade paperback VO (qui rassemble les 6 numéros) est annoncé chez PRH/Dark Horse. Aucune édition française n’a été confirmée à ce jour.
Gerard Way a déclaré vouloir porter la saga à 8 tomes au total. Au rythme observé jusqu’ici (dix ans entre le tome 2 et le 3, six ans entre le 3 et le 4), toute estimation de date de fin reste spéculative. La série est ouverte : il faut l’aborder comme telle.
À qui recommander ce comics
Oui, foncez : vous avez aimé The Boys mais trouvé le cynisme d’Ennis un peu lourd, ou vous cherchez du super-héros qui ne ressemble pas à du Marvel/DC standard. Les deux premiers tomes se lisent chacun en moins de deux heures, et le dessin de Bá vaut le détour même si le scénario vous laisse froid par endroits. Si vous venez de la série Netflix et voulez découvrir le matériau d’origine, les deux premières saisons couvrent les tomes 1-2 : la comparaison est intéressante.
Passez votre tour : vous voulez une histoire complète avec une fin nette. Trois tomes en VF, un quatrième en cours en VO, et une saga loin d’être terminée. Si les récits fragmentés ou les fils narratifs laissés en suspens vous frustrent, Invincible de Kirkman (terminé, 144 numéros) ou Spider-Man Life Story de Zdarsky (6 numéros, bouclé) seront de meilleures options.
Acheter et lire Umbrella Academy en France
Les trois tomes de la série principale sont publiés chez Delcourt dans la collection Contrebande, traduits par Jérôme Wicky. L’édition actuelle (relancée en 2019) propose le tome 1 en 224 pages à 18,50 €. Un coffret des trois volumes existe chez Fnac.
En numérique, les tomes sont à 9,99 € chacun. Budget total pour les 3 tomes : 55,50 € en papier, 29,97 € en numérique. Dans le même registre sur Cases Critiques : Invincible, Sandman de Neil Gaiman, ou Spider-Man Life Story de Chip Zdarsky.
Verdict : faut-il lire The Umbrella Academy en 2026 ?
Les deux premiers tomes comptent parmi les meilleurs comics indépendants des années 2000. Le troisième s’éparpille mais ne gâche pas l’ensemble. Bá est un dessinateur au sommet de sa forme, et Way a montré avec l’Eisner, le Harvey et le statut de bestseller du New York Times que son travail tient debout indépendamment de sa notoriété musicale.
Le principal frein, c’est le rythme de publication. Si vous êtes du genre à vouloir une histoire complète avant de vous engager, attendez. Si un récit fragmenté mais brillant dans ses meilleurs moments vous convient, c’est une lecture qui vaut les 55 euros.
Note : 4/5
Questions fréquentes
Combien de tomes d’Umbrella Academy existent en français ?
Delcourt propose 3 tomes de la série principale en français (collection Contrebande) : La Suite apocalyptique, Dallas et Hôtel Oblivion. L’univers compte au total 5 ouvrages chez Delcourt, incluant Les Contes de la Umbrella Academy et un Making Of. Le tome 4, Plan B, est en cours de publication en VO chez Dark Horse depuis juin 2025, sans annonce VF à ce jour.
Le comics Umbrella Academy est-il terminé ?
Non. La série Netflix est terminée (4 saisons, 2019-2024), mais le comics est toujours en cours. Gerard Way a déclaré vouloir porter la saga à 8 tomes. Le tome 4, Plan B, co-écrit par Way et Gabriel Bá, est en publication chez Dark Horse depuis juin 2025.
Quelles sont les principales différences entre le comics et la série Netflix ?
Les saisons 1-2 suivent assez fidèlement les tomes 1-2. À partir de la saison 3, la série diverge fortement. Le comics est plus compact, plus étrange et plus visuel. La série développe davantage les personnages secondaires et le quotidien familial. Le personnage Vanya devient Viktor dans la série (propre à l’adaptation). Depuis la saison 3, ce sont deux oeuvres distinctes.
Umbrella Academy est-il violent ou adapté aux adolescents ?
Le comics est plus sec et plus violent que la série Netflix. Il y a des scènes de combat graphiques, de la violence sèche et un ton adulte que la série adoucit. Un lecteur de 14 ans habitué aux manga shonen n’aura pas de problème, mais c’est un cran au-dessus d’un comics Marvel standard. Le classement éditeur est « ados-adultes ».
Quand sortira le tome 4 Plan B en français ?
Aucune date n’a été annoncée par Delcourt en juillet 2026. Le trade paperback VO (rassemblant les 6 numéros de Plan B) est en préparation chez PRH/Dark Horse. Les précédents tomes ont été traduits dans l’année suivant la parution VO du recueil. Une sortie VF en 2026 ou 2027 est plausible, mais reste spéculative.
Que lire après Umbrella Academy ?
Dans un registre proche : Daytripper de Fábio Moon et Gabriel Bá, Doom Patrol de Grant Morrison (absurde super-héroïque) ou Hellboy de Mike Mignola (même coloriste, Dave Stewart). Pour d’autres comics déconstruisant le genre, voir nos critiques de The Boys, Sandman et Invincible.
L’auteur : Marc Fournier couvre les comics indépendants et super-héroïques pour Cases Critiques. Il a lu les trois tomes VF de The Umbrella Academy (Delcourt, édition 2019) et les quatre premiers numéros de Plan B en VO (Dark Horse, 2025). Il a vu les quatre saisons de l’adaptation Netflix entre 2019 et 2024. Données éditoriales vérifiées sur les catalogues Delcourt, Dark Horse, Bedetheque et les archives officielles des Eisner et Harvey Awards. Publié le 24 juillet 2026.
Sources consultées : Dark Horse Comics (darkhorse.com), Delcourt (editions-delcourt.fr), Comic-Con International / Eisner Awards (comic-con.org), Harvey Awards (harveyawards.com), Rotten Tomatoes (rottentomatoes.com), Planète BD (planetebd.com), Penguin Random House (penguinrandomhouse.com).




