Les Nombrils : la BD ado qui ne prend pas de gants
Fiche Technique
Titre : Les Nombrils
Scénaristes : Marc Delaf (Delaf)
Dessinateur : Marc Delaf (Delaf), puis Maryse Dubuc (tomes récents)
Éditeur : Dupuis
Année : 2004 – en cours
Nombre de tomes : 10+ tomes
Genre : Humour, Comédie adolescente
Public : Ados et adultes (12 ans et +)
Jeunes, Belles et Vaches : Le Trio Infernal
Vicky et Jenny sont deux adolescentes populaires, superficielles et méchantes. Leur souffre-douleur préféré : Karine, leur copine grassouillette qu'elles traînent partout pour mieux briller par comparaison. Ce trio dysfonctionnel navigue entre cours de lycée, premières amours, et rivalités féminines avec un cynisme désarmant.
Dès les premières pages, Les Nombrils dérange et fascine. Delaf et Dubuc n'ont pas peur de montrer l'adolescence sous son jour le moins flatteur : narcissisme, cruauté ordinaire, manipulation affective. C'est une BD qui ose dire ce que beaucoup pensent mais que peu osent représenter : les jeunes peuvent être franchement horribles entre eux.
Un Scénario qui Évolue avec son Lectorat
Les premiers tomes jouent la carte du gag potache. Vicky et Jenny multiplient les coups bas, humiliant Karine publiquement, manipulant les garçons, et enchaînant les comportements toxiques avec une désinvolture qui fait rire jaune. Le rythme est celui de la gag-strip : une situation, une chute, on passe au suivant. C'est efficace, parfois malaisé, mais toujours rythmé.
Mais sous couvert d'humour grinçant, la série offre un portrait acide de l'adolescence, de ses cruautés et de ses obsessions. Les auteurs ne jugent pas leurs personnages : ils les montrent tels qu'ils sont, dans toute leur bassesse et leur fragilité. Car derrière le vernis de popularité, Vicky cache une insécurité profonde, et Jenny compense son manque d'estime par la méchanceté.
Au fil des tomes, la série gagne en profondeur. Les personnages évoluent, Karine prend confiance en elle, et les thèmes abordés deviennent plus matures. L'arrivée de nouveaux personnages (copains, rivales, familles) enrichit la dynamique. Les tomes récents osent même aborder les complexes corporels, les relations amoureuses toxiques, et les premières expériences sexuelles avec une franchise rare dans la BD franco-belge tout public.
Ce qui aurait pu rester une série humoristique légère devient progressivement une chronique adolescente incisive. Delaf ne tombe jamais dans le pathos : l'humour reste présent, mais il se fait plus subtil, plus mordant aussi.
Un Trait Rond au Service de la Satire
Le dessin de Delaf (rejoint plus tard par Dubuc) adopte un style cartoonesque, avec des personnages aux proportions exagérées et des expressions faciales très expressives. Ce choix graphique adoucit paradoxalement la dureté du propos : les pires méchancetés passent mieux quand elles sont dessinées dans un style BD pour ados.
La mise en couleurs, vive et saturée, renforce cet aspect "BD pour jeunes" tout en servant le contraste avec la noirceur des situations. Les codes visuels sont ceux de la BD humoristique classique, mais le contenu subvertit ces attentes. Les planches sont claires, la lecture fluide, et les gags visuels nombreux.
Points Forts
- Un portrait sans concession de l'adolescence et de ses cruautés
- Des personnages détestables mais fascinants, bien écrits
- Un humour grinçant qui ne fait pas de prisonniers
- Une évolution réelle des personnages sur le long terme
- Ose aborder des sujets tabous (complexes, toxicité, sexualité ado)
- Un dessin efficace et expressif, agréable à lire
- Une série addictive, on dévore les tomes
Points Faibles
- Peut être malaisante pour certains lecteurs sensibles au harcèlement
- Humour parfois lourd sur les complexes physiques (notamment de Karine)
- Premiers tomes répétitifs dans leur structure gag-strip
- Personnages détestables peuvent rebuter certains lecteurs
- Évolution lente : il faut attendre plusieurs tomes pour voir les changements
- Certains gags ont mal vieilli (body-shaming, homophobie légère)
Verdict
Les Nombrils est une série courageuse qui refuse la facilité. Delaf et Dubuc signent une comédie adolescente acide, parfois cruelle, mais toujours juste dans sa peinture de cet âge ingrat. Derrière le vernis humoristique se cache une vraie réflexion sur la popularité, l'estime de soi et les mécanismes de domination sociale chez les jeunes.
Pour qui ? Les ados capables de recul, les adultes nostalgiques (ou traumatisés) par leurs années lycée, et tous ceux qui apprécient l'humour noir et les personnages complexes.
Note : 4/5 (Très Bonne BD)


