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Ms Marvel Epic Collection : critique du run originel de Carol Danvers

Par Gerry Conway (#1-2), Chris Claremont (#3+), John Buscema, Sal Buscema, Jim Mooney — Marvel Comics

Titre VO Ms. Marvel Epic Collection (Vol. 1 et 2)
Scénario Gerry Conway (#1-2), Chris Claremont (#3-23), Jim Shooter, David Michelinie, Peter B. Gillis, Bob Layton
Dessins John Buscema, Sal Buscema, Jim Mooney, Dave Cockrum, Carmine Infantino, John Byrne, Mike Vosburg
Encrage Steve Leialoha, Bob McLeod, Joe Sinnott, Tom Palmer, Bob Wiacek
Contenu Vol. 1 : Ms. Marvel #1-14, Marvel Team-Up #61-62, Defenders #57 / Vol. 2 : Ms. Marvel #15-23, Avengers Annual #10 + apparitions
Éditeur VO Marvel Comics (Epic Collection 2019)
Éditeur VF Non disponible en français Epic Collection (intégrales partielles chez Panini)
Pages Vol. 1 : ~310 pages / Vol. 2 : ~400 pages
Période originale Janvier 1977 – avril 1979 (série mensuelle, 23 numéros) + apparitions
Genre Comics super-héros / Marvel Universe
Personnage Carol Danvers / Ms. Marvel (devenue plus tard Binary, Warbird, puis Captain Marvel)

Carol Danvers a une histoire éditoriale qui ressemble à un drame en plusieurs actes. Création précipitée en 1977 pour protéger le trademark Ms. Marvel (pratique courante chez Marvel et DC), série annulée au bout de 23 numéros, personnage maltraité dans un arc d’Avengers qui reste l’une des pires erreurs scénaristiques de la maison Marvel (le tristement célèbre Avengers #200 d’octobre 1980, un arc que je ne détaillerai pas ici), perte de pouvoirs au profit de Rogue dans X-Men, identité changée en Binary, puis en Warbird, puis en Captain Marvel des décennies plus tard.

Mais avant tous ces déboires, il y a 23 numéros de série solo entre 1977 et 1979, lancés par Gerry Conway au scénario puis repris par Chris Claremont dès le #3, et dessinés par John Buscema, Dave Cockrum, John Byrne et Carmine Infantino. C’est cette période que Marvel a compilée dans deux volumes Epic Collection entre janvier et mai 2019, autour de la sortie du film Captain Marvel (mars 2019), pour rappeler que Carol Danvers ne sort pas de nulle part.

Pourquoi cette Epic Collection arrive en 2019

Marvel relance ses anciens runs périodiquement quand un personnage redevient porteur, et la stratégie a fonctionné magnifiquement pour Carol Danvers entre 2012 et 2019. En 2012, Kelly Sue DeConnick relance la série sous le nom Captain Marvel, fait de Carol l’héritière directe de Mar-Vell, et signe l’un des runs féministes les plus marquants de la décennie. Le succès critique pousse Marvel à explorer le passé du personnage. D’où ces deux Epic Collection, publiées début 2019, qui compilent les 23 numéros de la série originale plus les apparitions dans Avengers, Marvel Team-Up, Defenders et Marvel Two-in-One.

L’ensemble est dense : on parle d’environ 700 pages au total sur les deux volumes, soit pratiquement l’intégralité du parcours de Ms. Marvel sur ses deux premières années d’existence comme personnage central. Pour les complétistes ou les chercheurs qui veulent comprendre comment une héroïne Marvel des années 70 a été construite, c’est une mine d’or.

Les origines compliquées de Ms. Marvel

La création du personnage est typique du business model Marvel des années 70. En 1976, Marvel décide de protéger le trademark Ms. Marvel avant qu’un éditeur concurrent ne s’en empare, une pratique défensive courante dans l’industrie. Le timing n’est pas un hasard : après Spider-Woman, Marvel cherche à capitaliser sur le marché féminin et le titre féministe Ms. est dans l’air du temps. Gerry Conway écrit les deux premiers numéros (janvier-février 1977), John Buscema dessine, et Carol Danvers rejoint l’écurie Marvel. Chris Claremont reprend le scénario dès le #3.

Le problème, c’est que Carol Danvers n’est pas une création originale en 1977 : elle existait déjà depuis 1968 dans Marvel Super-Heroes #13 comme officier de l’Air Force et personnage secondaire de Mar-Vell. Lorsque Claremont la transforme en super-héroïne, il doit articuler cette continuité, expliquer pourquoi elle a soudain des pouvoirs qu’elle n’avait pas, et surtout justifier qu’elle prenne le nom Ms. Marvel en hommage à Mar-Vell. Le résultat est élégant mais lourd : les premiers numéros passent beaucoup de temps à dérouler du contexte au lieu de raconter des histoires neuves.

Lire ces 23 numéros aujourd’hui, c’est observer un personnage en train de se chercher pendant que ses scénaristes se cherchent eux aussi. C’est aussi pédagogique qu’inégal.

Claremont en mode pré-Phoenix Saga

Le grand intérêt de cette Epic Collection, c’est de voir Chris Claremont à l’œuvre juste avant qu’il devienne LE Claremont de l’âge d’or des X-Men. La Dark Phoenix Saga débutera fin 1979 pour se conclure en 1980. Ces 23 numéros de Ms. Marvel sortent entre 1977 et 1979, soit pile dans la période où Claremont est en train de poser les outils qui feront sa marque : héroïnes complexes psychologiquement, sous-textes féministes assumés, romances tortueuses, et surtout cette signature reconnaissable des bulles de pensée qui doublent l’action.

Carol Danvers sous la plume de Claremont, c’est déjà une ébauche de Storm. Elle pense beaucoup, elle doute, elle assume sa colère contre les contraintes que la société lui impose. Dès les premiers numéros, le ton est donné : Carol se fait voler son taxi par un homme et le récupère en lui flanquant une raclée. C’est très 1977 dans l’esprit, et le féminisme du personnage est posé d’emblée comme un trait identitaire, pas comme une concession. Conway l’amorce, Claremont l’amplifie.

Les hauts et les bas du run

Le run a deux moments forts. Le premier est l’arrivée de Mystique dans Ms. Marvel #16, avec le cameo de la mutante métamorphe (apparition complète au #18) qui deviendra une figure centrale de l’univers X-Men. Claremont et Dave Cockrum la créent dans cette série, Claremont ayant besoin d’une rivale intéressante pour Carol, et le personnage va lui rester utile pendant trois décennies. Le deuxième moment fort est l’arrivée des dessins de Dave Cockrum et Carmine Infantino en milieu de run, qui apportent une vraie élégance graphique au titre.

Les bas, eux, sont les épisodes plus génériques où Claremont semble écrire en pilote automatique en attendant la prochaine grosse idée. Quelques arcs narratifs sont franchement faibles (la guerre contre M.O.D.O.K. dans les premiers numéros est oubliable), et la rotation des dessinateurs nuit à la continuité visuelle.

Et puis il y a Avengers #200 (octobre 1980), qui n’est pas dans cette collection mais dont l’ombre plane sur tout le reste. C’est l’arc où Carol est manipulée par Marcus Immortus, un traitement du personnage unanimement dénoncé depuis. Chris Claremont lui-même a réparé les dégâts un an plus tard dans Avengers Annual #10 (1981), en donnant à Carol la colère et les mots pour condamner ce qui lui a été fait. Kelly Sue DeConnick a ensuite parachevé la réhabilitation du personnage dans les années 2010.

Pour qui cette Epic Collection en 2026

La cible est claire : les lecteurs qui ont aimé Captain Marvel chez DeConnick (2012-2014) ou les films Marvel et qui veulent remonter à la source du personnage. C’est aussi un document précieux pour les historiens du comic américain qui s’intéressent à la construction des super-héroïnes Marvel des années 70 et aux débuts de Chris Claremont.

Pour quelqu’un qui découvre les comics Marvel en 2026 et qui n’a pas de nostalgie particulière pour les années 70, l’ensemble peut sembler daté. Le rythme est lent par rapport aux standards modernes, le dessin parfois inégal, et plusieurs intrigues ont mal vieilli. Je conseille plutôt de commencer par le run DeConnick si vous voulez découvrir le personnage, et de revenir à cette Epic Collection ensuite si vous accrochez.

L’Epic Collection est disponible en VO sur Amazon et dans les boutiques comics spécialisées américaines, en deux volumes brochés. Une intégrale partielle chez Panini Comics en France couvre une partie de ces récits mais pas dans le même format Epic Collection.

Notre verdict

3/5

Bon mais inégal

Une Epic Collection complète des 23 numéros de Ms. Marvel original (1977-1979), principalement scénarisés par Chris Claremont juste avant qu’il devienne LE Claremont des X-Men. Document historique passionnant, lecture parfois inégale.

Points forts

  • Voir Chris Claremont poser les outils qui feront son âge d’or X-Men
  • Première apparition de Mystique dans Ms. Marvel #16
  • Rotation prestigieuse de dessinateurs (Buscema, Byrne, Cockrum, Infantino)
  • Document historique précieux pour comprendre la construction de Carol Danvers
  • Format Epic Collection complet (toutes les apparitions de la période réunies)

Points faibles

  • Rythme lent par rapport aux standards modernes
  • Plusieurs arcs faibles (la guerre contre M.O.D.O.K. notamment)
  • Continuité visuelle nuie par la rotation des dessinateurs
  • Pas le meilleur point d’entrée pour découvrir le personnage en 2026
  • Pas de version Epic Collection française

Pour qui ?

Indispensable pour les complétistes Carol Danvers, les fans de Chris Claremont, et les historiens du comic américain. À déconseiller à ceux qui découvrent le personnage : commencez par le run DeConnick (2012-2014) avant.

À lire aussi : The New Mutants : la période Sienkiewicz, chef-d’œuvre du comics

Questions fréquentes

Qui a écrit Ms. Marvel original ?

Gerry Conway lance la série avec les deux premiers numéros. Chris Claremont prend le relais dès le #3 et scénarise les 21 numéros restants (1977-1979), juste avant de devenir l’architecte de l’âge d’or des X-Men avec la Dark Phoenix Saga. D’autres scénaristes contribuent aux apparitions dans Avengers, Marvel Team-Up et Defenders : Jim Shooter, David Michelinie. Côté dessin, on trouve John Buscema, Jim Mooney, Dave Cockrum, John Byrne et Carmine Infantino.

Que contient l’Epic Collection Ms. Marvel ?

L’Epic Collection compile les 23 numéros de la série originale Ms. Marvel (1977-1979). Le Vol. 1 (This Woman, This Warrior) contient les #1-14 plus Marvel Team-Up #61-62 et Defenders #57, soit environ 310 pages. Le Vol. 2 (The Woman Who Fell to Earth) contient les #15-23 plus Avengers Annual #10 et d’autres apparitions. Les deux volumes sont brochés et disponibles en VO.

Ms. Marvel Epic Collection est-il traduit en français ?

Pas dans ce format Epic Collection. Panini Comics France a publié des intégrales partielles couvrant une partie de ces récits, mais l’ensemble complet en français n’est pas disponible. Pour avoir tout, il faut passer par les deux volumes Marvel Epic Collection en VO, disponibles sur Amazon et chez les libraires comics spécialisés.

Quelle note pour Ms. Marvel Epic Collection ?

3/5. Un témoignage de première main sur la construction d’une super-héroïne Marvel des années 70, mais une lecture inégale. Idéal pour les complétistes Carol Danvers et les fans de Chris Claremont qui veulent voir l’auteur en formation juste avant son âge d’or X-Men. Plus difficile à recommander à un lecteur découvrant le personnage en 2026 (commencez par le run DeConnick 2012-2014 si c’est votre cas).

Critique publiée en avril 2026 par Marc Fournier, rédacteur comics de Cases Critiques. Dernière vérification factuelle : avril 2026.

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