Big book of death (The)

Année(s) : 1995

Auteur(s) : Brownwyn Carlton (Scénario), Collectif (Dessins)

Catégorie : Comics – Anthologie

Genre : Être mort, c’est pas une vie!

Format : Album de 224 pages

Disponibilité : L’album est disponible sur Amazon.

Note : Les extraits proviennent de la VO et ont été traduits par mes soins.

Après les légendes urbaines et les barjos, la collection anthologique The Big Book Of consacre son troisième opus à un sujet qui nous concerne tous, la mort, et s’efforce de répondre aux questions que nous nous posons tous à son sujet.

Comme les anthologies précédentes, The Big Book Of Death est divisé en chapitres traitant chacun d’un sujet particulier, le premier, Making a killing, étant consacré à la peine capitale et aux différentes méthodes d’exécution. Après un premier récit généraliste dans lequel un bourreau instruit son fils sur celles d’autrefois …

On enchaîne sur 6 autres traitant chacun d’une méthode d’exécution en particulier (décapitation, pendaison, peloton d’exécution, chaise électrique, chambre à gaz et injection léthale) avant de conclure par une page consacrée à la tradition du dernier repas du condamné. Ce sujet grave n’empêche cependant pas parfois un peu d’humour décalé, notamment avec le récit sur la chaise électrique illustré par Steve Dillon, le regretté dessinateur de Preacher, qui parodie les BD et DA didactiques pour la jeunesse en faisant du narrateur une chaise anthropomorphique qui explique son fonctionnement à deux jeunes enfants.

Le chapitre suivant, Never say die, est consacré aux suicides et aux homicides (n’est-ce pas d’ailleurs mettre la charrue avant les bœufs que de placer les exécutions avant les homicides?). On commence avec un récit compilant divers meurtres aux motifs absurdes sous la forme d’un one man show animé par la Mort reconvertie en comédien de stand-up …

… avant d’enchaîner sur d’autres consacrés au meurtres et suicides commis par des employés des postes (si incroyable que ça puisse paraître, il y a là assez de matière pour remplir 3 pages!), ceux diffusés à la télévision, les suicides en général et l’euthanasie (ces deux derniers sujets sont d’ailleurs tellement vastes que 5 histoires leur sont consacrées).

Le dernier, dédié aux cas réels de personnes ayant survécu à des blessures en principe mortelles, semble cependant ne pas être à sa place car, à part pour Barbe Noire et Raspoutine que leurs meurtriers avaient eu toutes les peines du monde à zigouiller, il y est plus question d’accidents que de meurtres.

Le troisième chapitre, Big numbers, compile des récits consacrés aux morts massives, qu’elles soient dues à des épidémies passées (peste noire, tuberculose, Typhoid Mary) ou à venir, aux guerres ou aux véhicules (Là-encore, ce dernier est à la limite du hors-sujet).

Le quatrième chapitre, Weird death, traite, comme son nom l’indique, des morts insolites; et à part le premier récit consacré à la combustion humaine spontanée, tous les autres sont des pots-pourris d’une seule page, chacune signée par un dessinateur différent et dont chaque case est consacrée à une mort en particulier sans lien narratif ou thématique entre elles.

Vient ensuite le chapitre 5, Physical disposal, où, après un premier récit où la créature de Frankenstein demande à son médecin comment on peut savoir si une personne est morte …

… et un deuxième expliquant en détail le déroulement d’une autopsie …

… on traite des différentes rites funéraires : embaumement, enterrement, immersion, crémation, momification … et même la cryogénie avec un pingouin nous expliquant comment congeler les défunts en attendant de trouver un moyen de ramener les morts à la vie.

Le chapitre 6, Graveyard shift, a la particularité d’utiliser la même narratrice dans chaque récit, en l’occurrence la jeune Maddy qui joue les guides en nous faisant visiter les cimetières les plus célèbres tout en exprimant ses opinions sur leurs occupants. Si elle conserve sensiblement le même look d’un récit à l’autre (cheveux blonds, béret, cape, collant noir et jupe à motifs écossais), elle nous offre une parfaite démonstration d’à quel point un personnage écrit par un même scénariste peut changer d’apparence et même de personnalité d’un dessinateur à l’autre, chacun l’adaptant à sa sauce selon sa sensibilité. Ainsi, dans le premier récit consacré au Highgate Cemetery de Londres, elle est dessinée de manière réaliste (si on excepte le fait qu’elle n’a que quatre doigts) et avec une expression figée difficilement identifiable par Robin Smith dont le style minutieux est idéal pour restituer les décors des lieux.

Il est suivi de Steve Buccellato qui illustre celui sur le cimetière du Père Lachaise en dessinant Maddy avec un style cartoonesque et des attitudes théâtrales.

Woodrow Phoenix, à l’œuvre sur le récit où Maddy visite le cimetière protestant de Rome en discutant avec le fantôme d’un des résidents, la représente de manière stylisée tout en conférant au récit une atmosphère poético-mélancolique.

Chris McLoughlin illustre sa visite du musée funéraire de Vienne avec un style réaliste tout en la représentant de manière ultra-stylisé avec un visage en forme de smiley qui ne semble pourtant étonner personne, et la dote d’une personnalité espiègle.

Pour son passage au cimetière de Green-Wood à Brooklyn, Randy DuBurke adopte un graphisme onirique et est le seul à la représenter comme une adolescente plutôt que comme une gamine.

Rick Geary qui s’occupe du cimetière de Forest Lawn à Hollywood où sont enterrés les grands noms du 7eme art utilise un style cartoonesque où Maddy joue les starlettes extravagantes. (Et désolée de te contredire, Maddy, mais le vrai nom de Sabu était Dastagir et non Dastigar.)

Enfin, Zina Saunders qui illustre un ultime récit consacré aux autres cimetières et monuments funéraires célèbres, a un style hyper-réaliste qui donne à Maddy un aspect inquiétant avec son expression figée et ses yeux démesurés qui font ressembler son visage à un crâne.

Et si vous trouvez trop banales les méthodes conventionnelles pour disposer des défunts, le chapitre 7, No rest for the weary, est fait pour vous. Vous y apprendrez tout sur l’art de se débarrasser d’un cadavre après un meurtre, sur le don des corps à la science, sur le cannibalisme, sur les vampires et même sur la nécrophilie, les auteurs arrivant à éluder le côté glauque et malsain de ce dernier sujet en le traitant sous la forme d’une parodie de comics à l’eau de rose des années 50-60.

Pour les plus artistes d’entre vous, il y a le chapitre 8, Dead issues, consacré à la mort dans l’art et la culture. On y parle des zombies de la culture vaudou, des allusions cachées aux épidémies et aux sacrifices humains dans les comptines enfantines ou des différentes conceptions de l’au-delà (racontées par une résidente du paradis des personnages de cartoons) avant de conclure sur l’Enfer de Dante.

Ce qui nous amène à ce qu’il y a après la mort et au dernier chapitre, Is that all there is? où on parle de dernières paroles célèbres, de spiritisme, des réflexions de Montaigne sur le sujet et où on retrouve Maddy qui nous explique par l’exemple les expériences de mort imminente, ou Near Death Experiences (Au cas où vous ne l’auriez pas encore compris, cette petite est un peu bizarre).

La collection Big Book confirme son très bon niveau avec ce troisième opus que son sujet grave traité de manière didactique n’empêche pas de souvent jouer la carte de l’humour et du décalage tout en nous proposant une narratrice à la fois étrange et adorable en la personne de Maddy, tour à tour énigmatique, espiègle ou pince-sans-rire selon son dessinateur et dont on regrette qu’elle n’ait pas fait d’autres apparitions.

Verdict?

Illustrations extraites de : The Big Book of Death.

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