13 Devil Street 1888

Année(s) : 2015

Auteur(s) : Benoît Vieillard

Catégorie : Franco-Belge – Fantastique, Historique, Policier

Genre : Maison témoin d’un crime

Format : Album de 324 pages

Disponibilité : L’album est disponible sur Amazon.

13 Devil Street, une adresse qui sent le soufre et dont les résidents souffrent de terribles tragédies tous les 111 ans. C’est ainsi qu’en 1666, l’orphelinat qui s’y trouvait fut le point de départ du grand incendie de Londres durant lequel les 111 orphelins qui s’y trouvaient trouvèrent la mort. Le bâtiment actuel fut construit en 1777 par l’architecte Victor Peetring qui s’y installa avec son épouse Mary et leur nid d’amour fut le théâtre d’un horrible crime passionnel deux mois plus tard. Nous sommes à présent en 1888 et alors qu’un assassin aussi célèbre qu’inconnu sévit à Whitechapel, la tragédie va à nouveau s’abattre sur l’immeuble et ses fantasques occupants dont le lecteur est témoin des frasques. Suivez le guide!

Le 13 Devil Street est la propriété du magnat du bouton Edward Church qui occupe le premier étage avec son épouse Margareth et leur fille Elisabeth.

Le deuxième héberge Walter Freaks, un médecin qui multiplie les expériences étranges, son épouse unijambiste Peggy et son fils somnambule William.

Tandis que le rez-de-chaussé abrite les domestiques: Tatoo, cuisinière indienne adepte de l’hypnose …

… et son amant Douglas McCrumble, ancien soldat reconverti en majordome alcoolique amateur de cornemuse.

Enfin, le grenier sert aux parties de poker des résidents avant d’accueillir un nouveau locataire, Sir Peter Voctriing, qui se décrit lui-même comme un « gentleman artiste peintre, architecte et poète » …

… puis les Church eux-mêmes, ruinés et dépossédés suite à divers revers de fortune.

Le décor est planté, les personnages sont en place, la tragédie peut commencer. Car le 13 Devil Street va être le théâtre de bien des drames: cambriolage, débordement de la Tamise, lettres anonymes, disparitions, suicides et morts plus ou moins accidentelles des occupants …

Mais le surnaturel s’invite aussi: on découvre un fantôme dans une malle oubliée au grenier, certains locataires se révèlent être soit les réincarnations d’anciens résidents, soit possédés par leurs esprits (et peut-être même par une divinité hindoue), le jeune William manifeste des pouvoirs télékinétiques, la malheureuse Elisabeth est victime de transes durant lesquelles elle entre en contact avec les esprits des victimes de l’assassin de Whitechapel …

Lequel vient d’ailleurs régulièrement livrer des commandes au Dr Freaks.

Et il n’est pas la seule célébrité de l’époque à rendre visite aux occupants, puisqu’on croisera également John Merrick, Claude Monet ou Sir Arthur Conan Doyle et James M. Barrie reconvertis en inspecteurs de Scotland Yard …

L’intrigue emprunte d’ailleurs à la littérature en s’inspirant du Frankenstein de Mary Shelley et de L’Étrange Cas du Dr Jeckyll et de Mr Hyde de Robert Louis Stevenson, mais les pouvoirs de William et d’Elisabeth et le bâtiment qui semble posséder une vie propre renvoient également au Shining de Stephen King et à son adaptation par Stanley Kubrick.

Mais le récit est surtout remarquable par sa mise en page et l’exercice de style auquel se livre son auteur puisque chaque double page est une vue en coupe de la maison qui permet au lecteur de suivre simultanément ce qui se passe dans chaque pièce avec parfois de petites histoires dans l’histoire qu’on ne remarque pas forcément à la première lecture, comme les interactions comiques entre Kunjo, l’oiseau de Tatoo, et Buster, le chien des Church. Cette construction où le lecteur voit toujours les mêmes pièces sous le même angle apparente cette BD à une pièce de théâtre, impression renforcée par le découpage de l’histoire en actes dont la plupart correspondent aux dates des meurtres de Whitechapel.

L’auteur gère d’ailleurs très astucieusement les contraintes liées à ce choix narratif. Ainsi, pour le premier chapitre qui introduit les personnages, plutôt que de les faire tous apparaître dès la première double page, ce qui aurait rendu leur introduction confuse et surchargée, il choisit de situer l’action de nuit afin que le lecteur les découvre un par un à mesure qu’ils sont réveillés par les bruits d’un cambriolage.

De même, lorsque Elisabeth découvre un passage secret menant à un laboratoire qui l’est tout autant, les pièces cachées se substituent à celles que nous connaissons à mesure que la petite curieuse les découvre.

Tout comme le dernier acte voit l’architecture se modifier alors que le bâtiment est à nouveau la proie des flammes, faisant apparaître des escaliers et des cloisons pour aider la fuite des uns et emprisonner les autres.

En revanche, que faire quand les personnages lisent un message ou un livre? Simple: briser le quatrième mur en posant ledit message/livre directement sur la page.

Les seuls moments où l’auteur transgresse son choix narratif sont lorsque les personnages narrent les tragiques événements de 1666 et de 1777 qui se déroulent alors simultanément sur une seule double page.

Même chose quand le jeune William cherche à élucider la mort de sa mère, sa reconstitution des événements (aussi fantaisiste qu’on pouvait s’y attendre de la part d’un enfant amateur de littérature fantastique) occupant alors une double page où les personnages sont représentés par des dessins enfantins.

Magistral exercice de style doublé d’un hommage à la littérature gothique et policière anglaise du XIXeme siècle enrichi de références à des personnages et événements historiques, 13 Devil Street est un passionnant récit mi-policier, mi-fantastique additionné d’une bonne dose d’humour (et, il faut hélas l’avouer, de quelques fautes d’orthographe). L’auteur retournera d’ailleurs à cette adresse pour un autre récit se déroulant cette fois en 1940, mais ceci est une autre histoire … La visite est terminée, n’oubliez pas d’acheter un petit souvenir.

Verdict?

Illustrations extraites de : 13 Devil Street.

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