Supergirl (1982) – The daring new adventures of

Année(s) : 1982-1984

Auteur(s): Paul Kupperberg (scénario), Carmine Infantino & Eduardo Barreto (dessins), Bob Oksner (encrage).

Catégorie : Comics – Super-héros.

Genre : Super-victimes de la mode.

Format : Série de 23 numéros.

Disponibilité : L’intégralité de la série a été rééditée en deux intégrales disponibles sur Amazon.

Note : Les extraits proviennent de la VO et ont été traduits par mes soins.

La Supergirl du Silver Age n’a pas eu de chance niveau éditorial. Extrêmement populaire quand ses aventures étaient publiées dans les revues anthologiques Action Comics puis Adventure Comics, sa première série solo lancée en novembre 1972 fut un échec retentissant qui s’arrêta après seulement 10 numéros tandis que son héroïne était de nouveau reléguée dans une autre revue anthologique, Superman’s Family. En novembre 1982, soit 10 ans plus tard, DC décidait de redonner sa chance à la cousine de Superman avec une nouvelle série solo modestement intitulée The Daring New Adventures of Supergirl (Les audacieuses nouvelles aventures de Supergirl) et confiée au scénariste Paul Kupperberg et au dessinateur Carmine Infantino (son nom ne dira sans doute rien aux plus jeunes d’entre vous mais il est un des artisans du Silver Age, au même titre que le duo Stan Lee – Jack Kirby, puisqu’on lui doit la nouvelle version de Flash ainsi que le renouveau de Batman qui, si incroyable que ça puisse sembler aujourd’hui, était à l’époque au bord de l’annulation). Leur audace allait-elle s’avérer payante?

Comme souvent, cette nouvelle équipe créative s’accompagne d’un nouveau statu quo et Linda Danvers (l’identité secrète de Supergirl, pour ceux qui l’ignoreraient) abandonne sa carrière d’actrice de soap opera pour devenir étudiante en psychologie à la Lake Shore University de Chicago.

Et ce changement d’activité et de base d’opération s’accompagne évidemment d’un nouvel entourage haut en couleur constitué à la fois du personnel de l’université et des résidents de l’immeuble où elle a emménagé: l’exubérante Joan Raymond, véritable cyclone humain que même Supergirl a du mal à suivre …

… l’aspirant acteur et insistant dragueur qu’est John Ostrander …

… leur logeuse Ida Berkowitz, dont la chaleur et la convivialité cachent un passé traumatisant de rescapée des camps de concentration …

… Barry Metzner, professeur de psychologie dont la distraction n’a d’égale que le légendaire désordre qui règne dans son bureau …

… Philip Decker, professeur de musique qui devient rapidement le love interest de Linda (au grand désespoir de Joan, même si ça lui évite de rompre avec son boyfriend du moment pour sortir avec lui) …

… ou le lieutenant de police Peters qui n’apprécie pas du tout qu’une superhéroïne fasse le travail de la police à sa place et avec qui ses relations sont donc nettement moins amicales.

Tous ces nouveaux personnages sont fort sympathiques et permettent de savoureuses scènes en civil riches en humour tout en connaissant parfois des mésaventures qui servent de points de départ à de nouvelles missions de Supergirl.

Mais si l’entourage civil est souvent pour beaucoup dans le succès d’une série superhéroïque, ce sont les adversaires qui y contribuent le plus et c’est malheureusement là que la série pêche un peu. Le regretté Darwyn Cooke disait de Superman qu’il était dur à écrire, entre autre parce que ses pouvoirs le rendaient tellement puissant qu’il était difficile de lui opposer des ennemis à sa hauteur. Et cette remarque s’applique évidemment aussi à sa cousine qui se retrouve ici confronté à deux sortes d’adversaires. La première regroupe des gangsters lambdas et des supervilains peu puissants dont on ne croit pas une seconde qu’il puisse représenter la moindre menace pour elle, ce qui nuit évidemment au suspense.

Parmi ceux-ci, il y a Le Gang, un quatuor de criminels issus des quartiers défavorisés qui ont grandi en développant leurs talents naturels à leur maximum. Si cela reste crédible pour Brains, leader surdouée dont la chevelure blonde défie les lois les plus élémentaires de la physique, et l’hypnotique Ms. Mesmer, ça fonctionne beaucoup moins bien pour les deux gros bras de l’équipe: Kong, un colosse dont la force est beaucoup trop grande pour être attribuée à un simple entraînement intensif à moins de s’appeler Saitama (on le voit soulever sans effort plusieurs tonnes d’une seule main et même poser des difficultés à Supergirl), et Bulldozer, dont le talent « naturel » est de … démolir les obstacles en leur fonçant dessus tête en avant!

Et la deuxième concerne les ennemis assez puissants pour mettre Supergirl en péril … au point que le scénariste n’a aucune idée de comment elle pourrait les battre et se voit obligé de résoudre le problème par de bon gros deus ex machina. Supergirl est sur le point d’être digérée vivante par Decay? BOUM! Psi, une médium en bikini de combat qu’elle avait affrontée dans les deux précédents épisodes, surgit de nulle part et le one-shote!

Supergirl est en difficulté contre Blackstarr, la propre fille d’Ida Berkowitz élevée par des nazis dont elle a épousé la cause avant de devenir une scientifique maîtrisant les forces de l’univers? BOUM! Elle est aspirée par deux trous noirs qui passaient dans le coin!

Supergirl, affaiblie et mourante après son combat contre Reactron, est vaincue par une armée de clones miniatures d’elle-même qui la jettent dans un puit de désintégration? BOUM! Le puit la guérit et elle retrouve tous ses pouvoirs!

Je n’ai rien contre le fait qu’un héros de fiction doive parfois sa victoire à un heureux coup du hasard. Après tout, ce genre de chose arrive parfois dans le monde réel. Mais quand c’est quasi-systématique comme ici, on a l’impression que Supergirl est une incompétente incapable de gagner un seul combat par elle-même et que son vrai talon d’Achille n’est pas la kryptonite mais les vendredis 13.

Heureusement, ce procédé s’atténue à mesure que la série progresse et Supergirl finira par remporter de plus en plus de batailles grâce à ses capacités et à sa jugeote.

Quoi qu’il en soit, qu’ils soient puissants ou faiblards, les nouveaux adversaires de Supergirl ont une chose en commun: un manque de goût flagrant concernant leurs costumes, au point qu’on a du mal à croire que c’est le même Infantino qui a créé ceux de la légendaire Rogue Gallery de Flash, la palme de l’horreur revenant sans conteste à Reactron.

Et Supergirl se met au diapason en adoptant à partir du numéro 13 un nouveau costume conçu par sa mère adoptive dont on comprend immédiatement pourquoi elle n’a pas fait carrière dans la mode.

Et elle aggrave son cas 4 numéros plus tard en ajoutant un bandeau inspiré des tenues traditionnelles de Krypton, à un petit détail près …

Mais là où ça devient cocasse, c’est quand on connaît l’origine éditoriale de ce nouveau costume. Il apparaît en effet fin 1983, alors qu’un film sur Supergirl est en préparation. Sachant qu’elle porterait un nouveau costume dans le film, DC souhaitait capitaliser sur un éventuel succès qui lui aurait théoriquement attiré de nouveaux lecteurs (ce qui ne fut pas le cas, le film parvenant à peine à rentrer dans ses frais grâce à l’international) en dotant la version comics du même costume et dans son empressement, utilisa … une version provisoire utilisée pour les auditions! Pour les curieux, on peut la voir dans le making of du film.

Un qui est ravi de ce changement de costume, en revanche, c’est le dessinateur puisque Carmine Infantino ne laissera plus passer la moindre occasion de caser un plan petit bateau!

C’est bien simple, on pourrait presque en faire un jeu à boire à condition de posséder une cave à vin particulièrement fournie.

Et Eduardo Barreto, qui le remplace le temps d’un numéro, ne vaut pas mieux. (Même si les fesses de Supergirl rendent beaucoup mieux quand c’est lui qui les dessine)

Et dire qu’aujourd’hui, il y en a qui incendient Frank Cho pour avoir osé dessiner un bout de culotte sur une couverture variante de Wonder Woman!

Ce qui nous amène à la partie graphique et il faut bien avouer que le style d’Infantino, surtout durant cette période, peut s’avérer déroutant pour certains. Il y a déjà sa célèbre « perspective absurde » qui, si elle permet souvent des compositions efficaces, nous vaut parfois des cases frisant le surréalisme, comme cet escalier sur lequel les gens semblent marcher verticalement.

Et si sa Linda Danvers est absolument craquante, dès qu’elle revêt le costume de Supergirl, elle multiplie les contorsions improbables que même une colonne vertébrale en caoutchouc ne suffit pas à expliquer.

Même si elle s’avérera plus viable que la précédente, cette deuxième série solo de Supergirl sera elle-aussi un échec qui s’arrêtera brutalement au numéro 23, sans laisser à Kupperberg le temps de conclure certaines intrigues secondaires qu’il avait mises en place. Le mystérieux voyeur qui espionne l’immeuble de Linda à l’aide d’une caméra cachée dans une page du numéro 18? On ne l’a pas revu depuis! La double vie que semble mener Philip Decker et qui pousse Linda à rompre avec lui? On ne saura jamais en quoi elle consistait au juste! Dick Malverne, un de ses premiers boyfriends, qui revient tout à coup dans sa vie? La série s’arrête pile à ce moment-là!

Et même si elle se terminait sur un message dans lequel les auteurs exprimaient leur souhait de ramener rapidement Supergirl dans une nouvelle série, l’échec commercial de son film et sa mort héroïque en affrontant l’Anti-Monitor dans la maxi-série Crisis on Infinite Earths l’année suivante enterreront définitivement tout espoir de retour de la jolie kryptonienne (Pour sa version Silver Age, en tout cas, car pour la version Post-Crisis, ceci est une autre histoire …).

Ce retour de Supergirl en solo aura donc été son chant du cygne et un échec seulement à-demi-mérité: les personnages secondaires sont sympathiques et nous valent des passages bien funs et les adversaires, bien que sous-exploités et dotés de costumes ridicules, ont pour la plupart un réel potentiel. En fait, c’est comme ça qu’on peut le mieux résumer cette série: un énorme potentiel pas assez exploité malgré une amélioration sensible dans les derniers numéros et un certain charme nostalgique qu’elle a acquis avec les années.

Verdict?

Illustrations extraites de : Adventure comics 396, Crisis on Infinite Earths, Daring new adventures of Supergirl (The), Making of supergirl (The),Wonder Woman.

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