Bandette : la cambrioleuse la plus adorable des comics
Fiche Technique
Titre original : Bandette
Scénariste : Paul Tobin
Dessinateur : Colleen Coover
Éditeur : Dark Horse Comics
Année : 2013-2016
Genre : Aventure, Humour, Heist Story
Public : Tous publics (dès 12 ans)
Récompenses : Eisner Award 2013, 2014, 2015
Presto ! La cambrioleuse qu’on n’attendait pas
Vous connaissez ce sentiment quand vous tombez sur un comics par hasard, sans attente, et que vous refermez le dernier tome avec un sourire idiot ? Bandette, c’est exactement ça. Une jeune cambrioleuse parisienne, un mélange improbable d’Arsène Lupin et d’Amélie Poulain, qui vole les riches avec une élégance folle et un culot monstre. Armée de son sourire, de son agilité et d’un réseau de gamins informateurs — les « Urchins » —, elle déjoue flics et mafieux sans jamais perdre son enthousiasme.
Et franchement, dans un marché du comics américain qui baigne souvent dans la noirceur post-Dark Knight, ça fait un bien fou. Paul Tobin et Colleen Coover ont créé quelque chose de rare : une série qui célèbre le pur plaisir de l’aventure. Pas de trauma d’enfance, pas d’arc de vengeance torturé, pas de questionnement existentiel sur le port du masque. Juste l’aventure pour l’aventure, avec un panache qui ferait pâlir Maurice Leblanc lui-même.
Des casses horlogers (mais jamais mécaniques)
Ce que Paul Tobin fait bien — très bien, même — c’est construire ses intrigues comme des petites mécaniques de précision. Chaque tome propose son casse : préparation, exécution, le grain de sable imprévu, la pirouette finale. La structure de la « heist story » est respectée à la lettre. Mais — et c’est là tout le charme — le ton reste léger, presque espiègle. On est plus proche du Château de Cagliostro de Miyazaki que d’Ocean’s Eleven.
Bandette elle-même fonctionne sur un mode quasi magique. Elle semble invincible, non par des pouvoirs, mais par son optimisme et sa vivacité d’esprit. Elle évolue dans un Paris fantasmé où les toits servent d’autoroutes, les musées de terrain de jeu, et où même les policiers finissent par l’apprécier secrètement. C’est irréaliste ? Complètement. Et c’est exactement pour ça que ça marche.
Les personnages secondaires valent le détour aussi. L’inspecteur Belgique (oui, il s’appelle comme ça), censé la poursuivre mais secrètement admiratif. Les Urchins, ces gamins débrouillards qui ajoutent une dimension collective aux aventures. Et Monsieur, le contact mystérieux de Bandette, dont on ne sait jamais vraiment s’il est un allié fiable ou un manipulateur. Tobin dose tout ça avec une précision de bonbon acidulé — assez sucré pour plaire, assez piquant pour surprendre.
Colleen Coover et son Paris en sucre d’orge
Bon, parlons dessin. Parce que c’est quand même la moitié du plaisir.
Le trait de Colleen Coover est rond, expressif, immédiatement attachant. On pense à la BD franco-belge classique — un peu de Franquin dans l’énergie, un peu de Peyo dans la rondeur — mais avec une vitalité typiquement comics indé. Les personnages sont caricaturaux sans tomber dans le grotesque. Les expressions faciales racontent autant que les dialogues.
Et puis il y a les couleurs. Rose bonbon, bleu ciel, vert pomme — une palette qui hurle « all ages » et qui assume totalement. Chaque planche est une fête visuelle. Le Paris de Coover n’existe évidemment nulle part : c’est un Paris de carte postale poussé à l’extrême, où Notre-Dame et les toits de zinc deviennent un terrain de jeu graphique. Mais justement : quand le dessin est aussi joyeux, on ne demande pas du réalisme. On demande du bonheur, et on en a.
La mise en page mérite aussi qu’on s’y attarde. Coover multiplie les petites vignettes pendant les scènes d’action — courses-poursuites sur les toits, infiltrations nocturnes — créant un rythme saccadé qui mime l’agilité de son héroïne. À l’inverse, les moments de calme s’étalent en cases plus larges, plus contemplatives. Ce contraste dynamique, c’est ce qui distingue un bon dessinateur d’un excellent metteur en scène.
Points Forts
- Bandette elle-même : une héroïne pétillante et originale, loin des clichés du genre
- Un style graphique joyeux qui tranche avec la morosité ambiante des comics
- Des intrigues bien ficelées, courtes, efficaces, jamais de remplissage
- Triple Eisner Award — les trois années de suite, c’est pas rien
- Accessible à tous les âges, rare et précieux
- Un Paris de cinéma qui évite les clichés baguette-béret
- Le ton : léger mais jamais bête
Points Faibles
- Trop léger pour certains — si vous cherchez du Grant Morrison ou du Garth Ennis, passez votre chemin
- Zéro vrai enjeu dramatique : on sait que Bandette s’en sortira toujours, la tension en pâtit
- Personnages secondaires parfois survolés — les Urchins mériteraient plus de développement individuel
- Schéma un peu répétitif sur le long terme : casse, fuite, victoire
- Le format digital d’origine se sent en version papier — certaines planches sont courtes, comme tronquées
Verdict
Bandette ne va pas changer votre vision du monde. Ce n’est pas Watchmen, ce n’est pas Maus. Et c’est tant mieux. Paul Tobin et Colleen Coover ont fabriqué quelque chose de plus rare encore : un comics qui rend heureux. Un truc qu’on lit avec le même plaisir à 12 ans ou à 40 ans, qui ne prétend pas être autre chose que ce qu’il est — une aventure joyeuse, élégante, et diablement bien exécutée.
Si vous avez aimé les films de Lupin III, si Carmen Sandiego vous a fait rêver gamin, ou si vous cherchez juste à lire quelque chose qui ne vous laissera pas déprimé à la dernière page — foncez. Presto !
Pour qui ? Les amateurs d’aventure légère mais intelligente, les nostalgiques du comics all-ages bien fait, et tous ceux qui veulent découvrir une héroïne attachante loin des capes et des collants.
Note : 4/5 (Très Bonne BD)


