Wonder Woman ’77

Année(s) : 2015-2016

Auteur(s) : Marc Andreyko, Amy Chu, Amanda Deibert, Christos Gage, Ruth Fletcher Gage, Trina Robbins (Scénario), Jason Badower, Dario Brizuela, Tom Derenick, Christian Duce, Wayne Faucher, Tess Fowler, Matt Haley, Drew Johnson, Staz Johnson, Richard Ortiz, Andres Ponce, Cat Staggs (Dessins)

Catégorie : Comics – Anthologie, Super-héros

Genre : Saison 4

Format : Deux Recueils de 160 pages

Disponibilité : Les deux volumes sont disponibles sur Amazon.

Note : Les extraits proviennent de la VO et ont été traduits par mes soins.

De juillet 2013 à Décembre 2015, DC publia Batman ’66, une série de récits se déroulant dans l’univers de la célèbre série TV autoparodique des années 60 avec Adam West. Son succès encouragea l’éditeur à appliquer la même recette à Wonder Woman en imaginant des histoires se déroulant dans l’univers de la série des années 70 avec Lynda Carter.

Je ne vais pas m’étendre sur la série originale, lui ayant déjà consacré sur mon autre site Toku-Onna un dossier que je vous invite à consulter … bien que ce ne soit pas nécessaire pour aborder Wonder Woman ’77 car une grande partie des scénaristes et particulièrement Marc Andreyko qui signe la plupart des récits n’en ont clairement jamais vu un épisode, ce qui est flagrant au vu des nombreux éléments repris des comics mais absents de la série TV: Wondy est une sculpture d’argile à laquelle les dieux ont donné vie, lâche des « Great Hera! » à tout bout de champ, conserve ses pouvoirs sous son identité secrète et est clairement amoureuse de Steve Trevor alors que, si elle était effectivement amoureuse de son père dont elle était la secrétaire durant la Seconde Guerre Mondiale, ses relations avec le fils étaient purement professionnelles et amicale.

C’est bien simple: hormis les éléments les plus basiques comme la transformation tourbillonnante et le fait que Wonder Woman est une agente de l’organisation de contre-espionnage I.A.D.C. sous son identité secrète de Diana Prince, les éléments repris à la série TV ne vont pas au-delà du clin d’œil à l’intention des fans: deux apparitions de Drusilla comme élément du décor (Et encore, la première fois, ce n’est même pas elle mais quelqu’un qui porte son costume!), une fausse Wonder Woman inspirée de celle jouée par Cathy Lee Crosby dans un pilote resté sans suite, quelques antagonistes réunis le temps d’une scène de groupe (Et encore, seuls trois d’entre eux viennent de la série TV!) …

Je soupçonne d’ailleurs le scénariste d’avoir simplement dit au dessinateur « Mets quelques méchants de la série dans cette scène, je te laisse chercher la doc car j’en connais aucun. » Même s’il s’agit d’une illusion basée sur les souvenirs de l’Amazone, ça expliquerait la présence de la méchante repentie Fausta et surtout le fait qu’on voit le Zardor parler (Alors que c’est une bête sauvage extra-terrestre ne s’exprimant que par des grognements) et lancer des éclairs (Un pouvoir qu’il n’a jamais eu!).

C’est bien simple, il n’y a qu’un seul supervillain de la série TV à réellement revenir dans cette BD: Harlow Gault, un cerveau dans un bocal doté de pouvoirs télékinétiques et qui subit ici de nombreux changements dans son aspect et ses pouvoirs. Certes, le doter d’un corps robotique est une bonne idée qui accroît sa dangerosité et on peut expliquer ses nouveaux pouvoirs télépathiques comme une capacité qu’il s’est découvert entre-temps. En revanche, quand il se révèle capable de prendre le contrôle du corps d’une personne en se collant sur sa tête, j’exige un bilan toxicologique du scénariste!

Et donc, si les auteurs ne reprennent pas les antagonistes de la série, qui vont-ils opposer à l’Amazone? Hé bien, Marc Andreyko voulait profiter de l’occasion pour la confronter à des adversaires de sa version comics qu’on ne pouvait pas transposer à l’écran avec les moyens de l’époque. Pourquoi pas? Même si la galerie de vilains de Wonder Woman est beaucoup moins fournie et célèbre que celles de Batman, Flash, Spider-Man ou Superman, elle comporte quelques méchants intéressants et seules Paula Von Gunther et Fausta Grables avaient eu les honneurs d’une version live. En outre, imaginer à quoi auraient pu ressembler ses autres ennemis dans l’univers de la série est un bon exercice de style et on peut s’amuser à leur donner les traits d’acteurs de l’époque qui auraient pu jouer leur rôle.

Seulement voilà, à part Silver Swan relookée en chanteuse disco, Andreyko n’adapte pas grand chose et se contente de copier-coller les personnages du comics avec de vagues modifications. Pire, la plupart n’existaient pas à l’époque de la série, ou alors dans des versions différentes. Ainsi, Silver Swan a été créée en 1982, la version Barbara Minerva de Cheetah date de 1987, et si Clayface (Un ennemi de Batman, donc hors-sujet!) porte le nom de la première version du personnage, Basil Karlo, son apparence et ses pouvoirs sont ceux de Matt Hagen dans le dessin-animé de 1992! Et histoire d’en rajouter une couche (d’argile!), le récit qui le met en scène est un monument de n’importe quoi! Déjà, Wondy ne remarque pas qu’il s’est introduit dans son avion invisible dont le contenu est visible de l’extérieur et ensuite, son plan est de devenir plus fort en absorbant l’argile magique de Paradise Island dans laquelle a été sculptée Wonder Woman, ce qu’il fait … dès son arrivée sur la plage! DEPUIS QUAND LE SABLE EST FAIT D’ARGILE!? C’est déjà grave qu’Andreyko ne connaisse rien à la série dont il est supposé s’inspirer, mais si en plus il est nul en culture générale!

Et Clayface n’est pas le seul à être hors-sujet! On a aussi droit à Solomon Grundy et aux Atomic Knights, autant de personnages qui n’ont rien à voir avec l’univers de Wonder Woman!

Le plus triste, c’est que la seule fois où Andreyko met en scène une adversaire inédite en la personne de Celsia, une ancienne employée de centrale nucléaire voulant se venger de ses employeurs dont la négligence a causé un accident qui a tué ses proches et l’a dotée du pouvoir de contrôler le feu et la glace, ça donne une très bonne antagoniste ambivalente qui aurait été parfaitement à sa place dans la série TV. Comme quoi, quand il veut … C’est juste dommage qu’il ne veuille pas souvent.

Et même les personnages secondaires de la série TV sont aux abonnés absents! Les auteurs étaient-ils au courant que Steve Trevor n’était pas le seul perso récurrent? Où sont Rover, Eve, Andros père et fils ou Harold Farnum? C’est tout juste si on croise Joe Atkinson dans une des histoires et I.R.A.C. dans une case! Et histoire de remuer encore plus le couteau dans la plaie, un des récits met en scène Julia et Vanessa Kapatelis, deux personnages du comics qui n’existaient pas dans les années 70!

Ceci-dit, il faut quand même reconnaître que les auteurs font des efforts pour ancrer les intrigues dans les 70s. Le premier récit se passe dans le mythique Studio 54 (rebaptisé Studio 52 en référence au chiffre fétiche de DC), un autre associe Wonder Woman à un routier ressemblant étrangement à Burt Reynolds, le chanteur Danny Blue qui apparaît dans une histoire touchante scénarisée par Trina Robbins a des faux airs de David Bowie période Ziggy Stardust, un des antagonistes est clairement inspiré de Jim Jones, le walkman et les ordinateurs de bureau sont présentés comme des technologies nouvelles et certains récits prennent en compte le contexte de la guerre froide, parfois maladroitement (Les méchantes skateuses armées de faucilles et de marteaux semblent plutôt sortir d’une parodie de film reaganien des 80s), parfois correctement (Le dernier récit où des ET tentent de faire croire que les Américains ont attaqué une station spatiale russe, amenant Wondy à revêtir une combinaison spatiale qui est une excellente référence aux tenues fonctionnelles qu’elle portait dans la série TV).

Plusieurs artistes assurent la partie graphique et un récit où Wondy est victime d’un ennemi qui la soumet à diverses hallucinations a même l’excellente idée de confier les scènes d’illusions et celles se passant dans la réalité à des dessinateurs différents. Parmi ceux-ci, Jason Badower et Cat Staggs ont clairement recours à des photographies de la série pour représenter Wonder Woman et Steve Trevor avec un maximum de réalisme. Mais si ça passe assez bien dans le cas de Badower …

… les dessins de Staggs sont souvent figés et les cases où il mélange maladroitement deux photos différentes pour un même personnage font vraiment mal aux yeux.

Même si dans l’ensemble, les différents dessinateurs sont bons, on regrettera que la talentueuse Nicola Scott ne signe que quelques magnifiques couvertures sans participer aux intérieurs.

Même chose pour Phil Jimenez qui, en tant que fan hardcore de la série TV, aurait pourtant été un choix approprié pour illustrer certaines histoires.

Cette série anthologique n’est pas un ratage intégral et comporte quelques bons voire très bons récits mais reste une déception car, faute d’un scénariste principal connaissant réellement le matériau d’origine, on n’y retrouve que très rarement (Notamment avec Worlds collide d’Amy Chu et Dario Brizuela) l’univers et l’ambiance de la série télévisée dont elle est censée s’inspirer mais dont elle se contente de reprendre l’aspect visuel et les éléments les plus superficiels alors qu’on pouvait faire tant de choses avec: puiser dans son vaste vivier d’antagonistes qui ne demandaient qu’à être exploités, développer les nouveaux personnages introduits en fin de saison 3 et qui n’avaient eu droit qu’à un seul épisode faute de saison 4 (Dale Hawthorn, Bryce Kandel, T. Burton Phipps III), ramener Drusilla ou Amadonna … Bref, un bien triste exemple de potentiel gâché en attendant un crossover avec Batman ’66, mais ceci est une autre histoire …

Verdict?

Illustrations extraites de : Wonder Woman ’77

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