Sin Glass – Surgi du futur

Année(s) : 1982

Auteur(s) : Bosse (Scénario), Christian Darasse (Dessins)

Catégorie : Franco-Belge – Science-fiction

Genre : Patrie Jaune contre pirates bleus.

Format : Histoire complète de 44 pages

Disponibilité : Inédite en album, l’histoire peut se trouver d’occasion dans Spirou 2317-2330 ou dans les recueils 166-167.

Quand on parlait de héros masculin de SF au début des 80s, on pensait tout de suite à un aventurier athlétique comme Flash Gordon, Buck Rogers, Capitaine Flam ou Luc Orient, voire à un agent aussi spécial que spatial du style Valérian mais certainement pas à une profession aussi reposante qu’ethnologue. Et pourtant, en 1982, un tel héros allait débarquer dans les pages de Spirou en la personne de Sin Glass.

Son unique aventure est l’œuvre du scénariste Bosse et du dessinateur Christian Darasse, déjà associés sur Zowie, une série jeunesse mettant en scène un orphelin doté d’un livre magique d’où sortent toutes sortes de créatures fantastiques l’aidant dans ses aventures.

Comme beaucoup de leurs contemporains, les deux auteurs viennent de recevoir une claque intitulée L’empire contre-attaque et rêvent de créer leur propre univers de space-opera. D’ailleurs, à la même époque, Zowie croisait lui-aussi des extra-terrestres dans Le démon de l’Érébus.

Les deux compères créent donc Sin Glass, un ethnologue qui, à bord du North Tramp, un vaisseau piloté par des dauphins, parcourt l’espace à la recherche de traces des humains qui avaient fuit la Terre il y a deux millénaires en quête de mondes meilleurs. Il est accompagné par son fidèle robot Or-Ter qui s’obstine à l’appeler « Patron » plutôt que par son prénom.

C’est ainsi qu’ils sont amenés à explorer l’épave du Shin Wasa Thaï, un gigantesque vaisseau de 50 km de long à bord duquel ils trouvent les traces d’une bataille ainsi que de nombreux cadavres avant d’être attaqués par un robot …

… puis par un Waraï (un samouraï du futur, si vous préférez) nommé Sakuragi qui se calme en reconnaissant Sin Glass dont il attend l’arrivée depuis 2000 ans.

En effet, en 3337, les peuples asiatiques de la Terre regroupés sous le nom de Patrie Jaune (Oui, les années 80 étaient aussi l’époque où les scénaristes faisaient du racisme sans s’en rendre compte) fuirent une Terre ravagée par la troisième guerre atomique à bord de vaisseaux guidés par le Shin Wasa Thaï.

Durant leur errance, ils furent attaqués par des pirates Lomars venus de la même époque que Sin Glass, puis secourus par ce dernier qui avait remonté le temps à la demande de Sakuragi.

Le plus gros paradoxe est quand même qu’il l’a attaqué à son arrivée. Je veux dire: Sakuragi passe 2000 ans en animation suspendue en attendant la venue d’un type accompagné d’un robot et quand un type accompagné d’un robot se pointe, son premier réflexe est de tenter de l’occire à coup de sabre laser parce qu’il ne l’a pas reconnu? Il n’est vraiment pas du matin!

Toujours est-il que Sin Glass accepte de remonter le temps pour alerter le Shin Wasa Thaï tout en se doutant que ses occupants ne le croiront pas, étant donné que la version future du vaisseau porte les marques de l’attaque des Lomars.

Et effectivement, comme en 3000-et-des-brouettes, le voyage dans le temps, c’est de la science-fiction, personne ne le croit et Sin Glass et Or-Ter sont jetés en prison dont la version jeune de Sakuragi les délivre en comprenant qu’ils disent la vérité quand a effectivement lieu l’attaque des Lomars dirigés par le cruel baron Ornof-Retz, dont la conception de la poésie consiste à torturer des fleurs, et assistés des redoutables mercenaires Kali-Yuga qui ressemblent à un croisement de pillards Tuskens et de Jawas sous stéroïdes.

Car s’il faut bien reconnaître un défaut à cette BD, c’est qu’elle est très manichéenne avec des méchants caricaturaux qui, s’ils fonctionnent dans une série jeunesse au ton humoristique comme Zowie

… sont complètement décalés dans une histoire sombre et sérieuse où les autres personnages sont parfois moralement ambigus (Sakuragi n’hésite pas à tuer certains de ses compagnons d’armes pour libérer Sin Glass).

Et ce décalage est aggravé par le dessin réaliste adopté par Darasse, à mille lieu de celui humoristique qu’il utilise sur Zowie. Encore qu’à l’époque, il hésitait tellement entre les deux style qu’il aboutissait parfois à un mélange des deux …

… avant d’opter définitivement pour le graphisme humoristique et épuré qui sera le sien sur Le Gang Mazda, puis Tamara.

Pour en revenir à Sin Glass, s’il parvient à mettre les Lomars en fuite, les pertes restent lourdes: de nombreux membres de Patrie Jaune ont été capturés et emmenés dans le futur pour y être vendus comme esclaves et le Shin Wasa Thai a subi de trop importants dégâts durant la bataille, obligeant les rescapés à l’abandonner à l’exception de Sakuragi qui, pour avoir désobéi au Conseil des Sages en délivrant Sin Glass, est condamné à y rester en animation suspendue en attendant son arrivée, bouclant ainsi la boucle temporelle.

Et le récit se termine sur Sin Glass et Or-Ter, désormais accompagnés de Sakuragi, partant à la recherche des prisonniers des Lomars tandis que le baron Ornof-Retz regagne Ystériabad, fief des pirates de l’espace, pour y préparer sa vengeance. À noter que son vaisseau avait fait l’objet d’un concours lors de la parution de la série dans Spirou, les lecteurs étant invités à en inventer le design. Le grand gagnant fut un certain Patrick Roselli …

… mais comme vous pouvez le constater, les autres participants ne déméritaient pas:

Cette fin ouverte resta malheureusement sans suite, Sin Glass ne connaissant pas d’autres aventures que celle-ci qui ne fut même pas édité en album et sonne aujourd’hui comme un rendez-vous manqué car, malgré son manichéisme, cette série avait le potentiel pour doter les éditions Dupuis de leur équivalent de Valérian dont il mêle le thème des voyages spatiotemporels aux combats spatiaux et épées lasers de Star Wars avec une petite touche d’Alien quand les héros explorent un vaisseau abandonné depuis des millénaires où ils découvrent des cadavres de races inconnues avant d’être traqués par un monstre implacable. Un univers riche et plein de promesses condamné à l’oubli jusqu’à ce que des archéologues de la BD en retrouvent un jour la trace. Sin Glass n’est cependant pas complètement oublié puisque Christophe Lambert et Stéphane Descornes donneront son nom à un des personnages de leur série de romans Black Cristal débutée en 2010.

Verdict?

Illustrations extraites de : Le Gang Mazda, Sin Glass, Zowie.

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