Rolqwir

Année(s) : 2013-2014

Auteur(s) : Philippe Cardona & Florence Torta

Catégorie : Franco-Belge – Humour

Genre : Choc des cultures.

Format : Trois albums de 48 pages

Disponibilité : Les albums sont aujourd’hui difficiles à dénicher mais peuvent encore se trouver sur Amazon, Fnac et Ebay.

Entre le doublage de Ken le Survivant, Sarkozy qualifiant les sumotoris d’obèses gominées dont les matchs ne sont pas destinés aux intellectuels et Ségolène Royal suggérant à une femme politique japonaise que le problème de la condition féminine dans son pays pourrait venir de l’impact des mangas et animes qui montrent des femmes torturées, le Japon va finir par croire que la France lui en veut personnellement, le pire outrage que notre pays lui aura infligé remontant au XVIIIe siècle quand nous leur avons envoyé le chevalier Jean de Rolqwir.

Ce dernier est en effet aussi chauvin et prétentieux qu’incompétent et maladroit et doté de surcroît de capacités cérébrales comparables à celles d’une aiguille à tricoter rouillée (avec un léger avantage pour l’aiguille), au point que personne ne s’étonnerait si Hubert Bonisseur de La Bath se révélait être son descendant direct.

Mandé par notre bon roi Louis XXIII pour apporter la civilisation au Yamato (l’ancien nom du Japon, pour ceux qui n’ont pas de licence en histoire-géo), il découvre à son arrivée et à son grand dam que ce pays qu’il s’imaginait sauvage et arriéré est en fait pratiquement au niveau du Japon actuel.

Il se console en lui apportant la seule chose qui lui manquait encore (et par chance, la seule pour laquelle il n’est pas complètement nul): l’art de la pâtisserie. Car sans Jean de Rolqwir, les Sweet Fairies n’auraient jamais existé et pour cela, nous lui en sommes éternellement reconnaissants.

Malheureusement (pour les autres), il s’ennuie devant ses fourneaux et continue de rêver de gloire et d’aventures épiques dans lesquelles il se lance dès que l’occasion se présente, accompagné de son fidèle coq’licot (un coq miniature à béret perpétuellement juché sur sa tête), mais aussi de Kippil, un homme-renard qu’il confond avec tous les autres passagers de l’Arche de Noé …

… et de Meido, une soubrette ninja caractérielle doublée de la seule personne à peu près normale de cet asile d’aliéné dessiné, laquelle le suit par obligation car il l’a accidentellement aidée lors de l’épreuve finale de sa formation.

Leurs aventures sont l’occasion pour les auteurs de s’amuser (dans tous les sens du terme) avec différents genres et après un premier tome parodiant les récits d’heroic fantasy avec quêtes à accomplir et épreuves à traverser …

Ils enchaînent sur un deuxième qui détourne les codes du tokusatsu

… et ceux des magical girls

… le tout combiné à une visite guidé d’un pastiche du célèbre quartier d’Akihabara …

Tandis que le troisième s’attaque aux mangas culinaires et au genre Shônen, Rolqwir devant suivre une formation aussi difficile que fantaisiste auprès d’un vieux maître afin de remporter un tournoi de cuisine dans le double but de prouver sa supériorité sur son rival Kuri et de délivrer Kippil d’une malédiction qui l’a transformé en bellâtre.

Ceux qui ont lu Noob et surtout Sentaï School (Laquelle était en jachère à l’époque à la suite de problèmes de contrat avec un éditeur ayant mis la clé sous la porte) dont les personnages font d’ailleurs de petites apparition le savent, Cardona et Torta adorent truffer leurs BD d’œufs de Pâques et de références à la pop culture japonaise. Il va donc sans dire qu’ils se lâchent complètement dans une série se passant au pays du Soleil Levant et les allusions aux mangas, animes, séries live, émissions télévisées, légendes locales et j’en passe abondent, dont certaines concernent des éléments qui ne se sont pas exportés en France où ils ne sont donc connus que des experts en culture nippone (Même moi qui, comme le savent ceux qui fréquentent Toku-Onna et Cet Otaku S’Attaque À, en suis passionné, il y en a certaines qui m’échappent encore).

Mais rassurez-vous: même si vous êtes profane en la matière, ce n’est pas un obstacle pour apprécier la lecture de Rolqwir. Les gags restent en effet compréhensibles et hilarants pour ceux qui ne connaissent pas les références et le sont juste encore plus pour les autres. Pas besoin de connaître les Chevaliers du Zodiaque, Takeshi’s Castle ou Jojo’s Bizarre Adventure pour s’esclaffer quand un colosse s’avoue vaincu parce qu’on a cassé la corne de son casque …

… quand Rolqwir traverse un parcours d’obstacles loufoques …

… ou quand il doit s’entraîner dans un villages peuplés d’individus aux tenues extravagantes multipliant les postures improbables.

Réalisée par des amoureux du Japon mais s’adressant aussi bien à ceux qui partagent leur passion qu’aux autres, cette trilogie (plus un extrêmement rare tome 0 reprenant une première version) où références, gags et calembours s’enchaînent à une cadence de mitraillette dopée à la caféine (Je confesse un fou rire inextinguible de plusieurs minutes pour le Hollandais volant) est à l’image des pâtisseries de son personnage titre: à déguster sans modération et zut pour le diabète!

Verdict?

Illustrations extraites de : Rolqwir

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