Kings of shôgi – The flowers of hard blood

Année(s) : 2004-2008 (2011-2013 pour l’édition française)

Auteur(s) : Masaru Katori (Scénario), Jirô Andô (Dessins)

Catégorie : Manga – Policier, Ludique

Genre : Damer le pion au tueur

Format : 50 chapitres appelés « coups » et répartis sur 8 volumes

Disponibilité : La série est disponible sur Amazon.

Note : Comme il s’agit d’un manga, les extraits se lisent de droite à gauche.

Si ça existe, il y a un manga dessus, aucune exception. La bande-dessinée japonaise est en effet une industrie tellement prolifique que tous les sujets ont droit à au moins une série leur étant consacrée. C’est le cas des activités sportives et ludiques et un des jeux les plus emblématique du pays du soleil levant, le shôgi, n’est pas oublié avec Kings of shôgi – The flowers of hard blood (Curieuse traduction du titre original, しおん の 王 = Shion no ô = Le roi de Shion), un manga mêlant tournois et enquête policière. Que la partie commence!

Pour ceux qui l’ignoreraient, le shôgi est l’équivalent nippon de notre jeu d’échec. Si le but est toujours de s’emparer du roi adverse, il y a quelques différences. Tout d’abord, chaque joueur possède deux dames rebaptisées généraux d’or mais une seule tour et un seul fou, ainsi que deux paires de pièces inédites, les généraux d’argent et les lances. Ensuite, chaque pièce, à l’exception des généraux d’or, du roi et de son antagoniste le général de jade, peut être promue et gagner des déplacements supplémentaires quand elle atteint la dernière rangée. Enfin, les pièces prises à l’adversaire peuvent être parachutées sur le plateau (Elles sont identiques pour les deux joueurs et se distinguent par leur orientation et non leur couleur).

L’héroïne du manga, Shion Yasuoka (Vous croyez que si on avait conservé l’habitude de franciser les noms des personnages japonais, elle aurait été rebaptisée Shion Dubois en VF?), est une joueuse surdouée qui arrive à devenir kishi (joueuse professionnelle) à seulement 12 ans mais qui est hantée par un terrible drame: ses vrais parents, les Ishiwatari, ont été assassinés 7 ans plus tôt et le traumatisme lui a fait perdre l’usage de la parole, aussi s’exprime-t-elle uniquement par écrit.

Elle devient vite amie avec deux autres joryûs kishis (joueuses professionnelles de shôgi). La première est Saori Nikaidô, une joueuse issue d’une famille aisée qui, étant la plus âgée du trio, est la seule à posséder une poitrine digne d’une héroïne de Rei Mikamoto, bien qu’à géométrie variable.

Ah, oui: évitez de mentionner la rumeur comme quoi elle aurait une liaison avec son confrère Makoto Hani, ça l’énerve.

L’autre est Ayumi Saitô, une des rares personnes capables de battre Shion et qui est en réalité un garçon travesti en fille. Issu d’une famille pauvre, il joue sous cette fausse identité dans le but de gagner l’argent nécessaire pour aider financièrement les siens, et plus particulièrement sa mère hospitalisée.

Le manga suit le parcours du trio dont le point culminant est un tournoi ouvert à tous, sans distinction de sexe ou d’expérience, que les participants soient novices ou meijins (experts), et durant lequel le meurtrier des parents de Shion se rappelle à son bon souvenir. La police espère donc que ce tournoi permettra d’enfin le démasquer, tandis qu’un des sponsors, l’homme d’affaire Satoru Hani, frère cadet de Makoto, compte en profiter pour élucider la mort de sa fiancée, décédée le lendemain des meurtres.

On a donc affaire à un manga mêlant enquête policière prenante et parties de shôgi. N’étant pas moi-même familier avec ce jeu, je peux vous assurer que le fait de n’y rien connaître n’est aucunement un frein pour en apprécier la lecture, même si vous aurez un peu de mal à suivre les explications techniques, heureusement pas trop envahissantes.

Évidemment, on n’échappe pas à deux grands classiques des mangas: les mouvements exagérément dramatiques et spectaculaires des joueurs déplaçant leurs pièces …

… et les spectateurs qui s’extasient devant certains coups comme s’ils assistaient au spectacle d’une femme gymnaste enchaînant dix Saltos Thomas sans finir aux urgences.

Il y a également un passage qui laisse perplexe: dans le deuxième chapitre, Shion est défiée par un « chasseur de joryus », un amateur s’amusant à battre les jeunes joueuses pour ensuite les humilier en diffusant les résultats sur internet et … on ne voit pas la partie, on en ignore le résultat et on ne revoit plus ni ne réentend parler de ce personnage dont le temps de présence n’aura pas excédé quatre pages!

Mais ces quelques reproches concernent des éléments suffisamment peu présents pour éviter le comique involontaire et qu’on ne remarque même plus au bout d’un moment. Ils n’entravent donc en rien le plaisir de la lecture, d’autant plus que les nombreux personnages sont très réussis, les auteurs donnant même au trio principal des petites manies qui les rendent plus vivants (Agripper son pendentif, remonter ses lunettes, ramener ses cheveux en arrière).

L’humour n’est pas non plus oublié. Comme les auteurs en profitent pour épingler le fétichisme bien connu des japonais pour les très jeunes filles avec certains internautes qui s’intéressent plus au physique des joryûs qu’à leurs parties, les réflexions sur leur mignonitude prennent une saveur particulière quand elles concernent l’avatar féminin d’Ayumi et la réaction de l’inspecteur fan hardcore quand il découvre sa véritable identité est hilarante!

On a aussi droit à un runing gag cartoonesque que n’aurait pas renié Tsukasa Hojo: à chaque fois que le disciple du père adoptif de Shion, lui-même joueur de shôgi, a une réflexion maladroite à son sujet, il se prend hors-champ un coup de ce dernier, symbolisé par l’apparition spontanée d’un pansement à la case suivante.

Le dessin, de bonne facture malgré quelques rares erreurs de proportions, en rajoute même une couche en dessinant par moment les personnages de manière stylisée et/ou cartoonesque pour renforcer le côté excessif de leurs réactions.

Inversement, quand il s’agit de rendre un personnage menaçant, le dessinateur rajoute des ombres et des traits à son visage.

C’est particulièrement flagrant avec le mentor cynique d’Ayumi, Osamu Kamizono, également appelé « L’Ogre » ou « Le Dieu-Démon », qui est le plus souvent représenté ainsi pour souligner sa sévérité …

… puis de manière monstrueusement hyper-réaliste quand il se lâche complètement …

… et enfin, de façon épurée dans les rares moments où il s’adoucit.

Bref, un dessin qui s’adapte aux situations qu’il illustre, au service de personnages vivants et attachants et d’une intrigue mêlant enquête policière et parties de shôgi qui arrivent à ne pas être hermétiques à ceux qui ne connaissent rien au jeu, d’autant plus que les huit volumes comportent des articles informatifs. Une très bonne lecture qui pourrait bien vous donner envie de vous y mettre.

Verdict?

Illustrations extraites de : Kings of Shôgi.

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