Cobra the Space Pirate : le manga culte de Buichi Terasawa
Fiche technique
Titre original : Cobra (コブラ)
Auteur : Buichi Terasawa (1955-2023)
Éditeur japonais : Shueisha (prépublication Weekly Shōnen Jump, 1978-1984)
Éditeur français : Black Box (réédition deluxe 12 volumes depuis 2015), précédemment Taifu Comics et Dynamic Vision
Année : 1978-1984 (série originale)
Nombre de volumes : 18 tomes (édition japonaise originale)
Genre : Science-fiction, space opera, aventure
Public : Shōnen au ton adulte (la série a été prépubliée dans Weekly Shōnen Jump)
Adaptations notables : film d’animation Space Adventure Cobra (1982, réalisé par Osamu Dezaki, adapte principalement l’arc des Trois Sœurs Royal et Crystal Boy), série TV de 1982 (31 épisodes, incluant l’arc Rugball), Cobra the Animation (2010), nouvel anime annoncé chez Mangouste Animation pour 2025-2026
Le pirate de l’espace au bras laser, et le visage de Belmondo
Cobra, c’est le manga que je ressors quand quelqu’un me dit que la SF japonaise des années 80 manque de second degré. Buichi Terasawa balance la série dans le Weekly Shōnen Jump à partir de novembre 1978, et ça sent immédiatement les influences pulp américaines mâtinées d’un détail qui m’a longtemps échappé : Cobra a été dessiné trait pour trait à l’image de Jean-Paul Belmondo. Terasawa l’a dit lui-même, il s’est inspiré du flegme de Belmondo dans À bout de souffle et L’Homme de Rio. Le héros trimballe un Psychogun dans son bras gauche artificiel, un cigare au coin de la bouche, et l’attitude désinvolte du Bébel des années 60.
Petit twist narratif que j’aime : dans la série, le visage de Cobra est le résultat d’une chirurgie esthétique qu’il a subie pour échapper à ses ennemis. Avant cette opération, son vrai visage ressemblait à Alain Delon. Terasawa a déclaré qu’il préférait Belmondo « parce que Delon avait un mauvais caractère ». Voilà comment un mangaka japonais inscrit deux icônes du cinéma français dans la généalogie d’un space pirate. Sa philosophie tient en trois lignes : profiter de l’instant, séduire qui se présente, emmerder les autorités.
Un trait pulp américain dans un emballage manga
Terasawa a un sens du design qu’on retrouve rarement chez ses contemporains. Cobra lui-même — coiffure afro, combinaison moulante, cigare perpétuel — est immédiatement reconnaissable, mais c’est tout l’écosystème graphique qui frappe : les vaisseaux spatiaux délirants (avec une vraie tendance baroque), les armures alien, les architectures impossibles. On sent le mangaka qui a regardé les couvertures des pulps SF américains des années 50-60 jusqu’à la moelle, et qui a décidé d’en faire son alphabet visuel.
La représentation des femmes est un autre sujet. Toutes sculpturales, toutes outrageusement proportionnées, toutes traitées avec un male gaze de l’époque qu’on ne défendra pas en 2026. C’est le défaut majeur de la série, et Black Box ne le retouche pas dans la réédition. À toi de voir si tu acceptes le contrat, sachant qu’il fait partie de l’identité de Cobra autant que le cigare.
La mise en page joue plein pot sur le contraste : grandes cases-vaisseaux pour les moments épiques, vignettes resserrées pour les répliques, splash pages quand il faut frapper. Terasawa casse les grilles dès qu’il a un truc à montrer en grand format, ce qui rend la lecture nerveuse, jamais figée.
Des arcs variés, et le malentendu Rugball
La série se compose de plusieurs arcs dont le célèbre arc du Rugball, sport violent où Cobra s’infiltre dans une équipe pour démasquer un trafic. Action brutale (le Rugball est un sport meurtrier), espionnage, romance — c’est probablement l’arc le plus emblématique de la série pour les lecteurs français. Petit point de précision qui traîne souvent : le film d’animation de 1982 d’Osamu Dezaki n’adapte pas le Rugball. Il prend principalement l’arc des Trois Sœurs Royal et l’affrontement avec Crystal Boy. Le Rugball, lui, a été adapté dans la série TV de 1982 (les épisodes les plus diffusés sur les chaînes françaises dans les années 80).
Chaque arc apporte son lot de planètes exotiques, de femmes fatales et de complots galactiques. Planètes-casinos, mondes pirates, forteresses spatiales, dimensions parallèles : Terasawa change de décor toutes les 50 pages, et c’est l’une des raisons qui rendent les 18 tomes lisibles malgré la durée.
La structure narrative est épisodique, héritée du format feuilleton du Weekly Shōnen Jump. Chaque arc est plus ou moins autonome, ce qui te permet de rentrer dans la série par n’importe quel point. Mais une rivalité de fond traverse l’ensemble — la Guilde des Pirates, organisation criminelle galactique dirigée par Crystal Boy, le miroir maléfique de Cobra.
Le ton oscille entre humour potache, action pure et moments graves. Quand Terasawa décide de tuer un personnage qu’on aime, il le fait. Quand il décide de placer une blague graveleuse au milieu d’un combat, il le fait aussi. Cet équilibre instable est ce qui maintient l’intérêt sur 18 volumes — quand il dérape vraiment, c’est généralement parce que la série tire en longueur sur la fin (les arcs des derniers tomes sont les moins inspirés).
Ce qui marche
- Terasawa maîtrise le design industriel mieux que la plupart de ses contemporains : vaisseaux, armes, costumes, tout est iconique
- L’inscription de Belmondo dans la généalogie de Cobra (avec le clin d’œil Delon avant chirurgie) — un dialogue France/Japon rare en BD
- L’édition Black Box permet enfin de lire la série dans de bonnes conditions en VF, après des années de versions amputées (Dynamic Vision puis Taifu)
- L’équilibre humour/action/gravité qui empêche la série de tomber dans le sérieux ronflant comme dans le slapstick
- 50 millions d’exemplaires en circulation au Japon — Cobra n’est pas un manga « culte de niche », c’est un classique populaire absolu
Ce qui coince
- Le traitement des personnages féminins a mal vieilli : hypersexualisation systématique, rôles fonctionnels
- Le schéma narratif (Cobra arrive, séduit, combat, repart) se répète d’un arc à l’autre
- Les blagues graveleuses fatiguent rapidement sur 18 tomes
- Les arcs des derniers tomes traînent, on sent le format feuilleton qui s’épuise
Verdict
Imparfait, daté dans sa représentation des femmes, mais indispensable si tu t’intéresses à la filiation pulp SF dans le manga des années 80 et à la circulation des références culturelles entre la France et le Japon. Buichi Terasawa nous a quittés le 8 septembre 2023 à 68 ans, ce qui ferme la porte à toute suite manga. Black Box continue heureusement la réédition deluxe en français, et un nouvel anime est annoncé chez Mangouste Animation pour 2025-2026 — l’occasion ou jamais de découvrir l’œuvre. Je le range dans mon étagère shōnen patrimoine (la prépublication dans Weekly Shōnen Jump est sans appel, même si le ton est plus mature que la plupart des shōnen de l’époque), aux côtés de Cutie Honey et Devilman de Go Nagai (eux aussi shōnen à l’origine, eux aussi sous-réédités en France). L’arc Rugball d’abord, le reste ensuite.
Questions fréquentes
Qui a inspiré le personnage de Cobra ?
Buichi Terasawa a dessiné Cobra à l’image de Jean-Paul Belmondo, dont il admirait le flegme dans À bout de souffle (1960) et L’Homme de Rio (1964). Dans la fiction, le visage actuel de Cobra est le résultat d’une chirurgie esthétique : son vrai visage avant l’opération ressemblait à Alain Delon.
Cobra est-il un seinen ou un shōnen ?
Cobra est officiellement un shōnen — la série a été prépubliée dans Weekly Shōnen Jump de 1978 à 1984. Le ton est plus adulte que la plupart des shōnen de l’époque (humour graveleux, violence frontale), mais la classification éditoriale reste shōnen.
Combien de tomes pour la série originale ?
18 tomes dans l’édition japonaise originale (1978-1985). En France, Black Box édite depuis 2015 une version deluxe en 12 volumes (regroupements). Précédemment, Dynamic Vision (1998) et Taifu Comics (à partir de 2003) avaient publié leurs propres éditions.
Par quel arc commencer ?
L’arc Rugball reste l’entrée la plus accessible et représentative — sport violent, espionnage, action soutenue, avec déjà toute la patte Terasawa. Il a été le plus diffusé en France via la série TV de 1982. Une fois ce premier choc passé, les arcs des Trois Sœurs Royal et de Crystal Boy prolongent l’univers en allant vers le space opera plus baroque.
Le film d’animation de 1982 adapte-t-il le Rugball ?
Non, c’est un malentendu fréquent. Le film Space Adventure Cobra de 1982, réalisé par Osamu Dezaki, adapte principalement l’arc des Trois Sœurs Royal et l’affrontement avec Crystal Boy (arme absolue). Le Rugball, lui, a été adapté dans la série TV de 1982 — c’est cette version qui a été diffusée sur les chaînes françaises.
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Sources : Wikipedia (Cobra manga), Wikipedia (Cobra le film), ActuaLitté, Manga-news (décès Terasawa), Nautiljon, MyAnimeList.
Critique mise à jour en avril 2026 : ajout de l’inspiration Belmondo (source Terasawa lui-même), correction de l’éditeur français (Dybex retiré — il édite l’animé, pas le manga), précision sur l’arc Rugball et le film d’Osamu Dezaki, reclassification shōnen, mention du décès de Buichi Terasawa (8 septembre 2023). Sources : Wikipedia, ActuaLitté, Manga-news, AlloCiné.



