Ciné Club du Mardi Matin

Année(s) : 1982

Auteur(s) : Didgé

Catégorie : Franco-Belge – Humour

Genre : Eéssef!

Format : Histoire complète de 8 pages

Disponibilité : Inédite en album, l’histoire peut se trouver d’occasion dans Spirou 2292 ou dans le recueil 164.

La parodie est un art délicat que tout le monde ne réussit pas. Au cinéma, Mel Brooks et le trio ZAZ nous ont offert quelques unes des meilleures comédies de l’histoire mais ont depuis été remplacés par les exécrables Friedberg et Seltzer. En BD, les magazines satiriques d’EC comme Panic ou le légendaire Mad s’en étaient fait une spécialité tandis qu’en France, leur disciple Gotlib en signa plusieurs savoureuses, particulièrement dans Cinémastock avec le grand Alexis aux dessins. En 1982, ce fut au tour de Didgé de s’y essayer dans les pages de Spirou avec son Ciné Club du Mardi Matin. Comme le titre l’indique, chaque récit de cette série anthologique devait être une parodie d’un film célèbre et le premier (et dernier) était consacré à … Shining!

Déjà, parodier un film d’horreur dans une revue qui était à l’époque considérée comme destinée aux enfants est un choix curieux. Quant à l’humour, le principal ressort « comique » est de remplacer les meurtres par des fessées. Décalage, ‘cule un mouton …

On trouve aussi des œufs de Pâques faisant référence aux autres films de Kubrick (le réalisateur de Shining, pour ceux qui l’ignoreraient): un poster de Barry Lyndon par ci, une chambre 2001 par là …

Mais aussi sympathiques soient-ils, ces clins d’œil passent complètement à côté de quelqu’un ne connaissant pas la filmographie du bonhomme et si les parodies de Mel Brooks, des ZAZ ou de Gotlib restent hilarantes pour ceux qui ne connaissent pas leurs références, celle-ci est difficilement compréhensible si on n’a pas vu le film original, d’autant plus qu’elle ne fait que 8 pages, empêchant l’auteur d’expliciter correctement l’univers (On n’a ainsi aucune idée de qui sont les jumelles qui apparaissent dans un total de trois cases). Et en raison des nombreuses libertés que Kubrick avait prises en l’adaptant, même ceux qui ont lu le livre de Stephen King risquent d’être largués.

Et c’est bien là le problème: déjà pas très drôle à la base, cette parodie l’est encore moins pour ceux qui n’ont pas vu le film. Or, elle est parue en mars 1982, un peu plus d’un an après sa sortie en salle, à une époque où il n’y a que trois chaînes de télévision, où le magnétoscope est un produit de luxe, où la VOD n’a pas encore été prédite par Jean-Claude Van Damme et où on ne peut même pas se renseigner sur Internet. Ça se ressent d’ailleurs dans les dessins où, Didgé ne pouvant compter que sur sa mémoire faute de documentation accessible, les décors et personnages ne ressemblent en rien à ceux du film.

Par conséquent, les seuls qui pourraient comprendre cette BD sont ceux qui ont vu Shining en salle et certainement pas le public enfantin auquel Spirou s’adressait à l’époque malgré ses tentatives de séries plus matures. Ainsi, quand je l’ai lue lors de sa parution, je ne connaissais même pas l’existence du film et ne comprenais donc pas la plupart des scènes. J’avais même d’abord cru que le père du héros et le fou qui veut le fesser étaient deux personnages différents, c’est dire!

Encore plus confusionant: certains choix de couleurs font qu’on a l’impression que des scènes se déroulant dans des bâtiments différents se passent dans la même pièce! Et je doute que ce soit un hommage aux fameux faux raccords volontaires du film.

Pire: au lieu de faire une chute rigolote du style « le fou est arrêté et condamné non pas à mort mais à la fessée », la BD conserve la fin macabre du film et sa dernière case m’angoissait à l’époque. (Oui, entre ça, La Boutique de l’Angoisse et quelques autres histoires dont je parlerai probablement un jour, Spirou est responsable de plus d’un traumatisme d’enfance chez moi)

L’auteur aurait-il été plus à l’aise avec d’autres films? On ne le saura jamais car, malgré son intention d’en faire une série (Un futur album était même annoncé dans une case), il n’y aura pas d’autre épisode du Ciné Club du Mardi Matin, la série se limitant à cet unique récit qui a le cul entre deux chaises: parodiant un film d’horreur que les jeunes lecteurs ne peuvent pas connaître tout en ayant un humour trop puéril pour intéresser ceux plus âgés.

Verdict?

Illustrations extraites de : Ciné Club du Mardi Matin.

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