Big Book of Thugs (The)

Année(s) : 1996

Auteur(s) : Joel Rose (Scénario), Collectif (Dessins)

Catégorie : Comics – Anthologie

Genre : Thugs lives.

Format : Album de 192 pages

Disponible sur : Amazon, Ebay.

Note : Les extraits proviennent de la VO et ont été traduits par mes soins.

Si les deux précédents volumes de la collection Big Book traitaient respectivement de petits criminels et d’arnaqueurs, soit des personnes se servant de leur cervelle pour commettre leurs méfaits, le huitième est consacré à ceux qui comptent d’avantage sur leurs muscles: les brutes, les voyous ou, comme disent les anglophones: les « thugs ». Mais, qu’est-ce que c’est donc un thug? Et d’abord c’est de quelle couleur?

Pour répondre à la première question, le livre débute par une introduction racontant l’histoire des Thugs (Thuggees dans la langue de Shakespeare), les adorateurs sanguinaires de Kali dont le nom a été repris par la langue anglaise pour désigner les voyous.

Le problème des « thugs » ne faisait pourtant que commencer, comme on le découvre dès le premier chapitre, Street Gangs, consacré à de tristement célèbres gangs des rues allant du redoutable Car Barn Gang qui exécutait impitoyablement tout policier s’aventurant seul sur son territoire malgré l’avertissement affiché à l’entrée …

… au plus comique Molasses Gang (Gang des Mélasses) de jimmy Dunnigan qui avait une méthode très personnelle pour neutraliser les commerçants avant de piller leurs boutiques.

Le deuxième chapitre, Early Americans, parle de gangs liés à l’histoire des États-Unis, à commencer par celui qui est considéré comme le tout premier, le Doane Gang. On y parle aussi de ceux formés par les immigrants, que ce soient les Irlandais du White Hand Gang ou les chinois de la Highbinder Society ou du Hip Sing de Mock Duck (Aujourd’hui, ces noms font plutôt penser à des groupes de rap), célèbre pour son style de combat très personnel.

Mais il y est aussi question d’histoires de familles avec la rivalité sanglante entre Hatfields et McCoys, ou le White Family Gang pour qui le vol était une véritable tradition familiale.

On enchaîne avec le troisième chapitre, Pirates, River Rats ans Railroad Robbers, qui, même s’il comporte un récit retraçant l’histoire des pilleurs de train, traite surtout de pirates dévalisant les navires durant leur trajet, mais parfois aussi à quai comme le faisaient les Swamp Angels. Certains privilégiaient même l’intelligence à la violence, comme le colonel Plug, un génie capable de calculer précisément le nombre de trous qu’il devait percer discrètement dans la coque d’un navire de rivière pour le faire couler à un endroit préalablement choisi. Cette technique aurait permis à Plug d’entrer dans les annales du crime si une légère erreur de calcul n’avait fait tomber sa carrière à l’eau.

Ni James West, ni Artemus Gordon dans le quatrième chapitre, Wild, Wild West, mais des gangs ayant opéré durant la fameuse période du Far West où régnait la loi du plus fort, au point que dans bon nombre des récits, les représentants de la loi sont bien pires que ceux qu’ils prétendent combattre, entre le Red Sash Gang, une bande organisée de voleurs de bétail inventée de toute pièce pour justifier l’élimination de fermiers dont les riches vachers redoutaient la concurrence, ou l’exécution sommaire du Reynolds Gang sur ordre du colonel Chivington, futur meneur du massacre de Sand Creek. Même une légende comme Wild Bill Hickok n’était pas au dessus de tout soupçon, puisque son combat « héroïque » contre le « gang » de McCanles n’aurait été que l’assassinat d’un fermier et de ses amis venus réclamer un paiement qui leur était dû.

On enchaîne fort logiquement avec un cinquième chapitre consacré aux Vigilantes, ces miliciens multipliant les meurtres et exactions sous prétexte de défendre la loi (ou du moins, leur conception de la loi). Parmi les plus méprisables, on retiendra l’American Protective League constituée de patriotes fanatiques n’hésitant pas à lyncher les « gauchistes » et à violer les droits des citoyens pour les forcer à s’enrôler durant la Première Guerre Mondiale tout en bénéficiant de la clémence du procureur Gregory et du président Wilson car bon sang, ils obtenaient des résultats.

Inversement, les plus respectables – et les plus efficaces – du lot sont les Slickers qui rendaient la justice … en fessant les contrevenants!

Enfin, le dernier chapitre, Political Gangs, traite de bandes constitués de personnes bénéficiant d’un haut statut social tels que les cochers de luxe du Rich Men’s Coachmen’s Gang ou les étudiants (qui constituaient une élite à l’époque) du College Kidnappers Club, et d’autres motivées par leur opinion politique au point d’utiliser la force pour convaincre les électeurs de voter pour leur candidat, voire leur absence d’opinion politique dans le cas de notre Bande à Bonnot nationale.

On a aussi droit au cas particulier du Brady Gang qui devait son statut d’ennemis publics numéros 1 à une décision politique, le directeur du FBI Edgar Hoover se servant d’eux pour redorer son image après après avoir enchaîné deux énormes faux pas médiatiques.

Comme toujours, la partie graphique est assurée par de talentueux artistes dont les styles vont du réalisme …

… à la caricature, voire au cartoonesque, créant un décalage avec les passages particulièrement sanglants qu’ils représentent.

On a aussi parfois un mélange des deux styles. C’est le cas de Rick Parker qui illustre le récit consacré à « Sadie la Chèvre » en mixant visages grotesques et graphisme ultra-détaillé proche des anciennes gravures.

Détail curieux: dans presque toutes les cases où apparaît Gallus Mag (Mag Bretelles), la rivale de Sadie, il utilise la même image, plus ou moins retouchée, pour la représenter.

Avec ce huitième volume aussi réussi que les précédents, la collection Big Book nous livre des portraits de gangsters tantôt tragiques, tantôt comiques tout en nous démontrant que les représentants de la loi censés les combattre peuvent être bien pires qu’eux mais aussi, à travers les exemples d’Hell-Cat Maggie, de Marm Mandelbaum, de Sadie la Chèvre, d’Eva la Vache ou du Gang du Vieil Harvey, qu’il y avait aussi des femmes dans la grande famille des « thugs ». Moralité?

Verdict?

Illustrations extraites de : The Big Book of Thugs.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *