Big book of little criminals (The)

Année(s) : 1996

Auteur(s) : George Hagenauer, Tom Peyer, Joel Rose, Carl Sifakis, Lou Stathis, Judy Maguire (Scénario), Collectif (Dessins)

Catégorie : Comics – Anthologie

Genre : Bandits dessinés.

Format : Album de 192 pages

Disponible sur : Amazon, Ebay.

Note : Les extraits proviennent de la VO et ont été traduits par mes soins.

Le crime ne paie pas, mais il fait vendre. Voleurs, faussaires, gangsters et autres mafieux ont toujours fasciné un public friand de films et de livres racontant leurs sinistres exploits. Il n’y a donc rien d’étonnant à ce que le sixième opus de la collection Big Book (Et oui, malgré ma volonté de les traiter dans l’ordre de parution, j’ai interverti ce tome et le suivant) leur soit consacré. Je porte donc à votre connaissance cette anthologie réunissant plus de 60 récits qui sont autant de pièces à conviction.

Comment ça, une contrefaçon? Ce livre est authentique. La preuve: comme pour les précédents, les récits sont répartis en 6 chapitres. Le premier, Small-time hoods (Les voyoux de troisième ordre) est consacré à des malfaiteurs peu impressionnants et qui seraient tombés dans l’oubli s’ils n’avaient su marquer les esprits par un gimmick comme les poèmes de Black Bart, la cécité de Robert Toye ou les déguisements de Willie Sutton …

Par un méfait particulièrement mémorable, comme « Bully Boy » Brooks qui en 1856 bastonna jusqu’à l’épuisement le sénateur abolitionniste Charles Sumner … au sein même du Sénat!

Ou par leur histoire insolite comme Mal Henri, un condamné à mort qui fut un des rares survivants de l’éruption de la montagne Pelée en 1902, protégé par la position souterraine de sa cellule.

De manière surprenante, le chapitre se termine sur Al Capone car, malgré son CV impressionnant, il découvrit à ses dépends qu’un simple contrebandier d’alcool n’était qu’un amateur aux yeux des criminels endurcis qu’il côtoyait à Alcatraz. Le pauvre Al sera d’ailleurs évoqué dans deux autres récits de cet ouvrage, à chaque fois comme victime. Le respect des figures légendaires du grand banditisme se perd!

Le deuxième chapitre, Hustlers (Les débrouillards), parle d’arnaqueurs en tout genre, ce qui en fait un précurseur du Big book of hoaxes. On y parle d’Henri LeMoine et des ses prétendus diamants synthétiques, de John Kelly qui aidait le Ringling Brothers Circus à payer moins d’impôts en multipliant les fausses déclarations d’animaux morts, perdus ou donnés.

Ou de Victor Lustig et son impressionnant CV.

Ironiquement, après avoir vendu sa fausse machine à billets à divers gogos, c’est en se lançant pour de vrai dans la fausse monnaie qu’il fut finalement arrêté. Il est d’ailleurs question de contrefaçon dans le chapitre 3, Forgers, fakers and funny money (Faussaires, imitateurs et monnaie de singe). L’un d’eux, Alves Reis, avait même failli réunir assez de faux billets pour acheter le Portugal!

Mais il y a beaucoup de faussaires sympathiques dans ce chapitre, comme Emerich Juettner qui se contentait de produire des faux billets de 1$ pour subvenir à ses maigres besoins ou le sourd-muet Joshua Tatum qui profitait de son handicap et de la ressemblance des nouvelles pièces de 5 cents avec celles de 5 dollars pour toucher un minimum de 4,95$ de monnaie à chaque achat … et qui n’eut aucun mal à échapper à la condamnation après avoir amassé la coquette (encore plus pour l’époque) somme de 25 000 $.

Sans oublier Han Van Meegeren dont les faux Vermeer étaient tellement réussis qu’il fut accusé de collaboration quand certains furent retrouvés en possession de Goering!

100% authentiques, en revanche, sont les représentants du crime organisé dont traite le quatrième chapitre, Disorganized crime (Crime désorganisé). Mais même si ce n’était pas des rigolos, ils n’étaient pas tristes, comme Don Carmelo Fresina que quelques balles mal placées obligèrent à porter en permanence un coussin sur son séant, Vincente Gigante, tueur aussi obèse qu’incompétent qui dû suivre un régime draconien pour ne pas être reconnu par les témoins ou Mickey Cohen qui échappa à diverses tentatives de meurtres grâce à sa chance cartoonesque.

Et si vous pensez que dans le domaine du banditisme, les femmes sont moins à craindre que les hommes, le cinquième chapitre, Little Women (Petites femmes), vous prouvera le contraire avec les biographies de figures féminines du crime dont la gravité va de Sara Ellis aidant des couples désirant divorcer à mettre en scène de faux flagrants délits d’adultère, seul mobile acceptable par la législation de l’époque …

… à la terrifiante Belle Guinness, véritable version féminine de Barbe Bleue. En plus glabre, évidemment.

Enfin, si ces cinq chapitres regroupent principalement des récits biographiques, ceux du sixième, Heists (Casses), sont consacrés à des vols particulièrement audacieux, que ce soit celui de la Joconde en 1911, le pillage de la Brinks en 1950 ou le célèbre cas du pirate de l’air se faisant appeler « D.B. Cooper » et qui ne fut jamais identifié ou retrouvé, à supposer qu’il ait survécu à sa fuite en parachute.

Car si certains criminels décrits dans cet ouvrage ont fini emprisonnés, exécutés ou tués dans des circonstances d’autant plus mystérieuses qu’avec leurs CV, ils ne manquaient pas d’ennemis …

… d’autres ont su disparaître sans laisser de trace comme D.B. Cooper ou Belle Guinness, voire même s’en tirer provisoirement à très bon compte comme Gaston Means qui, après avoir spolié et probablement tué une riche héritière, parvint non seulement à être acquitté mais obtint même un poste important au FBI grâce au chantage! (Heureusement pour la morale, il finira quand même ses jours en prison pour une autre affaire.)

Et inversement, il y a ceux qui ont payé pour des crimes qu’ils n’avaient peut-être pas commis. Les auteurs soutiennent ainsi la thèse selon laquelle Bruno Hauptmann n’était pas le complice d’Isidor Fisch, responsable de l’enlèvement et du meurtre du bébé Lindbergh, mais une victime de ses arnaques qui avait utilisé une partie de l’argent que ce dernier lui avait confié sans savoir qu’il provenait de la rançon du kidnapping. Même chose pour la thèse qui veut que Ma Baker ignorait tout des activités de ses rejetons et que sa réputation de cerveau criminel fut inventée par Edgar Hoover pour couvrir la bavure de ses hommes qui l’avaient abattue lors d’une fusillade.

Compilation de biographies de criminels parfois drôles, parfois tragiques, quelquefois même touchantes quand elles traitent de malfaiteurs sympathiques ou d’innocents victimes d’erreurs judiciaires, et illustrées par de talentueux dessinateurs aux styles variés, ce sixième opus de la collection Big Book est une nouvelle réussite. Espérons juste qu’il ne donnera pas à certains lecteurs l’envie de les imiter!

Verdict?

Illustrations extraites de : The Big Book of Little Criminals.

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