Batman ’66 meets Wonder Woman ’77

Année(s) : 2016-2017

Auteur(s) : Marc Andreyko + Jeff Parker (Scénario), David Hahn (Dessins), Karl Kesel + Bill Williams (Encrage)

Catégorie : Comics – Super-héros

Genre : Holly crossover!

Format : Paperback de 144 pages réunissant les 12 chapitres de la mini-série

Disponibilité : Disponible sur Amazon.

Note : Les extraits proviennent de la VO et ont été traduits par mes soins.

Après avoir consacré une série de comics à des aventures inédites du Batman du feuilleton des années 60 avec Adam West et une autre à la Wonder Woman incarnée par Lynda Carter dans les 70s, ce n’était qu’une question de temps avant que DC ne réunisse les deux justiciers télévisés dans un crossover. Seul problème: comment réunir deux personnages dont les aventures se déroulaient dans trois décennies différentes (Car je vous rappelle que la première saison de Wonder Woman se passait en 1942)?

Hé bien, la solution est très simple: en racontant une histoire dont les trois actes se déroulent chacun à une époque différente. Et dans ces conditions, quoi de plus naturel que de leur opposer un célèbre adversaire immortel de l’homme chauve-souris, à savoir Ra’s al Ghul, le leader écoterroriste de la Ligue des Assassins (appelée ici « Ligue des Ombres ») tirant sa longévité de bains réguliers dans les Puits de Lazare?

Le premier acte se déroule donc durant la Seconde Guerre Mondiale alors que Steve Trevor, Etta Candy et Diana Prince sont chargés de surveiller une vente aux enchères organisée par les Wayne, pas encore assassinés sous les yeux de leur fils Bruce, dont les bénéfices sont destinés à soutenir l’effort de guerre et à laquelle sont soupçonnés d’assister des espions nazis qui convoitent un des articles, deux ouvrages compilant les localisations de nombreux lieux et objets mythiques.

On a d’ailleurs droit à un petit clin d’œil cinéphile: Kraut, le chef de ces espions qui ont dû sécher les cours de discrétion à l’école d’espionnage car ils portent leurs uniformes sous leurs vêtements civils, est un sosie de Toht des Aventuriers de l’arche perdue.

Et comme ces livres intéressent également Ra’s al Ghul et que ni lui, ni Kraut ne sont bons perdants, la situation dégénère quand l’enchère est remportée par un certain Finlay, amenant Diana à se changer en Wonder Woman pour affronter les troubles-fêtes …

… pendant que le jeune Bruce se réfugie dans le labyrinthe végétal du manoir (un autre clin d’œil cinéphile, cette fois au Shining de Kubrick?) avec les livres et Talia, la fille de Ra’s qui ne le laisse pas indifférent. Le duo débrouillard donne d’ailleurs à ce premier acte des faux airs de « boy detective » à la Club des Cinq.

Si le jeune Bruce arrive à sauver un des livres qui est rendu à Finlay, le deuxième est récupéré par Ra’s. Cette aventure aura cependant permis à celui qui n’était pas encore Batman de découvrir la future Batcave ainsi que la véritable identité de Wondy dont il a assisté par hasard à la transformation.

Avançons jusqu’aux années 60 où le volume en possession de Finlay est volé par Catwoman et remis à Ra’s al Ghul. Sachant que ledit tome indique l’emplacement de Paradise Island, l’île natale de Wonder Woman qui y est retourné après la défaite de l’Axe, Batman et son inséparable Robin s’y rendent pour la mettre en garde, accompagnés de Catwoman afin de respecter la tradition locale qui veut que les hommes soient accompagnés d’un chaperon. Je suppose que Batgirl n’était pas disponible ce jour-là.

Le quatuor découvre que l’objectif de Ra’s est un Puit de Lazarre situé sur l’archipel dont fait partie Paradise Island et dont l’accès est protégé par un labyrinthe aux murs mobiles gardé par des créatures fantastiques telles qu’un Griffon que Wondy apprivoise rapidement.

Ils échouent à empêcher Ra’s de retrouver la jeunesse grâce aux eaux du puit mais ce dernier semble périr noyé en tentant de s’enfuir par la mer tandis que Catwoman obtient l’asile sur l’île pour échapper à la prison.

Ra’s refait surface (c’est le cas de le dire!) dans les années 70, à l’époque des saisons 2 et 3 de Wonder Woman et c’est l’occasion de découvrir qu’il y a eu beaucoup de changements à Gotham depuis la fin de la série Batman des 60s. Déjà, le super-héros éponyme a pris sa retraite après avoir tué le Joker, Dick Grayson alias Robin vole de ses propres ailes sous l’identité de Nightwing et Barbara Gordon alias Batgirl (Encore qu’elle se fait désormais appeler Batwoman) a succédé à son père au poste de commissaire. Tout ce beau monde, ainsi qu’une Catwoman désormais repentie, se réunit pour empêcher Ra’s de rejoindre un nouveau Puit de Lazarre situé sous le tristement célèbre Asile d’Arkham.

Et comme c’est dans cet asile que sont internés les super-vilains capturés par la Bat Family, Ra’s al Ghul peut compter sur leur aide pour affronter ses ennemis. Malheureusement, comme dans Wonder Woman ’77, le scénariste Marc Andreyko, assisté ici de Jeff Parker, utilise surtout des super-vilains de comics qui n’existaient pas à l’époque (Le Clayface des 90s, la Cheetah des 80s et Killer Croc, un méchant créé en 1983) plutôt que ceux de la série TV. Les seules exceptions sont Mr Freeze et le Riddler.

Un autre ennemi du Batman des comics, Copperhead, fait une courte apparition qui a de quoi surprendre le lecteur car il s’agit d’un adversaire très peu connu et sa scène ne sert qu’à introduire les versions 70s de Dick Grayson et de Catwoman.

En fait, ce super-vilain de 8ème zone a surtout été choisi pour caser une référence que seuls les fans de longue date de DC peuvent capter. Le criminel au costume reptilien avait en effet débuté dans le numéro 78 de The Brave and the Bold, une série dont chaque numéro voyait Batman faire équipe avec un ou plusieurs super-héros et cet épisode signé Bob Haney et Bob Brown était justement le premier à l’associer à Wonder Woman. J’en déconseille cependant la lecture car, si Haney n’est pas un mauvais scénariste, il est aussi trèèèèès misogyne et semble incapable d’écrire un personnage féminin sans en faire une idiote aussi irresponsable qu’incompétente. Et donc, quand il s’attaque à Wondy et à Batgirl, ça fait mal …

Concernant la mythologie de Wonder Woman, si Marc Andreyko continue d’utiliser des éléments des comics absents de la série TV (Etta Candy (qui a d’ailleurs la coiffure de sa version dessinée pré-Crisis plutôt que celle de sa version live) participe à l’action et lance des « Woo woo! », Paradise Island est appelé Themyscira, un nom qui ne lui sera attribué qu’en 1987 par George Pérez …), il commence à caser des références pertinentes à celle-ci, comme des amazones portant la tenue de plongée de Wondy ou la présence de Drusilla qui joue un rôle actif dans le deuxième acte avant d’apprendre le Batusi auprès de Robin.

Une référence qui nous laisse perplexe, en revanche, est l’inclusion de la musique du générique lors d’une bagarre.

Dans le même genre, terminer les chapitres sur un récitatif riche en suspense singeant ceux qui accompagnaient les cliffhangers de fin de première partie des épisodes de Batman aurait été une référence sympathique si elle avait été utilisée systématiquement et non de façon complètement aléatoire, certains récits y ayant droit et d’autres non.

Il y a aussi le cas de Catwoman: pour rendre hommage au fait qu’elle avait été incarnée par trois actrices différentes, le dessinateur David Hahn lui donne un visage différent à chaque acte. Avouez que c’est un peu déroutant.

Il a en revanche l’excellente idée de doter Wondy d’un costume inédit dans le deuxième acte, car je vous rappelle qu’elle ne portait pas le même dans les 40s et les 70s.

Et puisqu’on parle de costume, sa réinvention de celui de Nightwing en version disco est une réussite. Certains puristes objecteront que l’identité de Nightwing a été créée en 1984 et n’existait donc pas dans les années 70 mais ça reste un choix judicieux qui reflète bien l’évolution de Dick Grayson qui, une fois libéré de l’influence de Batman en devenant un justicier solo, adopte sa propre identité costumée.

Même s’il persiste quelques menus défauts (Connaissance parfois superficielle des séries d’origine, quelques références sous-exploitées (Les récitatifs de fin de chapitre) ou plus confusionnantes qu’autre chose (Les trois Catwomen)), ce crossover marque une nette amélioration par rapport à Wonder Woman ’77. L’intrigue est excellente et exploite à la perfection l’idée d’une intrigue s’étendant sur les trois époques où se déroulaient les séries originelles, tandis que chaque acte possède sa propre ambiance: espionnage mâtiné de boy detective pour le premier, mythologie et humour pour le deuxième et action superhéroïque pour le troisième. On termine la lecture avec le sourire aux lèvres et en espérant que le petit teaser final se concrétise un jour sous la forme d’une nouvelle mini-série.

Verdict?

Illustrations extraites de : Batman ’66 meets Wonder Woman ’77, The Brave and the Bold.

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