Reiko the zombie shop – 03 – Le réveil de Midori

Titre original : Zombie-ya Reiko (Marchande de zombies Reiko).

Année(s) : 2000 (Parution française en 2007)

Auteur(s) : Rei Mikamoto.

Catégorie : Manga – Horreur.

Genre : Grand nettoyage.

Format : Episodes 17 à 22 (Tomes 4 et 5).

Note : Comme il s’agit d’un manga, les dialogues des extraits sont à lire de droite à gauche.

En ce jour d’Halloween, il me semble approprié de retrouver notre marchande de zombies préférée, Reiko Himezono. Et on dirait que son créateur, Rei Mikamoto, a eu envie de la laisser souffler un peu après la longue saga qui l’avait occupé pendant les 10 épisodes précédents, puisqu’il revient à la formule « un épisode, une histoire » des débuts de la série. Enfin, quand je dis qu’il la laisse souffler, c’est une façon de parler car il n’a pas l’intention de la ménager, la plaçant dans des situations de plus en plus périlleuses avant de lui opposer une adversaire qui n’avait été jusque-là que vaguement mentionnée lors du premier arc.

L’épisode 17 débute quand une petite fille du nom de Mitsuko ramasse dans la rue une poupée dans sa boîte, déclenchant malgré elle l’explosion meurtrière de la bombe qu’elle contenait.

Dans l’année qui suit, des attentats semblables se multiplient, tous revendiqués par Gigadeth (clin d’œil avoué au groupe de métal Megadeth), une organisation que la police est d’autant plus impuissante à neutraliser que les rares membres qu’elle parvient à capturer se suicident à l’aide de bombes dissimulées dans leurs corps.

Les policiers parviennent cependant à capturer l’un d’eux, Aoide, qui a perdu sa dent-détonateur suite à un coup de pied de Reiko dans la figure. Il faut dire qu’il avait fait tomber sa glace rhum-raisin en la bousculant et qu’il y a des choses avec lesquelles elle ne plaisante pas.

(Ah oui, vous avez sans doute remarqué que Reiko a changé de coiffure par rapport aux épisodes précédents. Le magazine Horror M qui publie la série avait en effet organisé un concours de dessin pour lui trouver un nouveau look et durant trois épisodes, elle porte celui qui avait remporté le premier prix.)

Tout ce qu’il reste donc à faire, c’est retirer la bombe du corps d’Aoide avant de l’interroger. Connaissant la réputation et les talents de Reiko, l’inspecteur Fukube l’engage pour qu’elle ressuscite le terroriste si l’opération échoue. C’est ainsi que notre héroïne fait la connaissance d’Igarashi, une chirurgienne coiffée – je cite Reiko – « à la Black Jack » (Célèbre médecin fictif créé par le légendaire mangaka Osamu Tezuka) et vouant une haine particulière à Gigadeth.

La bombe dans le corps d’Aoide n’est cependant pas la seule menace qui plane sur la salle d’opération: « le nettoyeur », la principale exécutrice de Gigadeth, a infiltré l’équipe médicale pour éliminer Aoide ainsi que toutes les personnes présentes.

Néanmoins et en partie grâce à Reiko, « le nettoyeur » est tuée et Aoide débarrassé de sa bombe avant de passer aux aveux, permettant l’arrestation du reste de Gigadeth, tandis que la scène finale confirme ce que le lecteur avait deviné: Igarashi est la mère de Mitsuko.

Dans l’épisode 18, Reiko est séquestrée par un couple de kidnappeurs pas très doués qui ont accidentellement tué leur otage et comptent sur elle pour la ressusciter le temps de faire leur demande de rançon à la famille.

Les choses ne vont cependant pas se passer comme prévu, les kidnappeurs étant amenés à gérer le squatteur agressif dont ils occupent la planque ainsi que les conséquences inattendues de l’incantation de Reiko, Mikamoto nous réservant un twist aussi inattendu que parfaitement amené. Si vous voulez savoir lequel, lisez l’histoire ou posez la question à Reiko, mais je vous préviens: elle n’est pas vraiment d’humeur à en parler pour des raisons bien compréhensibles:

Dans le 19, Reiko se retrouve coincée dans un centre de recherche dont Puripon, un prototype de femme de ménage robotique, élimine tous les occupants afin de les empêcher de salir son lieu de travail.

Exactement. D’ailleurs, entre ça et la tueuse de Gigadeth surnommée « le nettoyeur », je vais finir par croire que Mikamoto a une dent contre le ménage. Ainsi que contre les misogynes, si j’en crois la mort darwinawardesquement hilarante qu’il réserve au créateur sexiste de Puripon.

Le 20 est un flashback se déroulant trois ans plus tôt, ce qui permet à Mikamoto de réutiliser Azusa et Emiko, les amies de Reiko dont il s’était débarrassé dans le précédent arc. On y voit le trio se rendre dans un camp de vacances en compagnie de leur prof d’arts plastiques, Kirisawa, sans se douter que la gérante du camp, Kannazuki, est une folle qui a pour habitude de torturer à mort ses jolies pensionnaires.

C’est vrai que quand on voit le matériau de départ, on se doute que les trucs beauté traditionnels sont voués à l’échec. A noter que c’est le seul récit où Reiko n’utilise pas ses pouvoirs de zombiste, ce qui ne l’empêchera pas d’être possédée, ainsi que ses amies, par les esprits de trois victimes de Kannazuki qui reproduiront sur elle les sévices qu’elle leur avait infligés, le tout sous les yeux de Kirisawa qui restera traumatisée à vie.

Et il faut avouer que même comparé aux aventures habituelles de Reiko, ce récit est particulièrement glauque et gore avec les tortures très graphiques que Kannazuki inflige à ses victimes ou les regards vides de Reiko et ses amies possédées la torturant à mort (même si l’essentiel de la scène est ellipsé, le peu qu’on en voit met déjà largement mal à l’aise), sans parler de la déco pas très feng shui de Kannazuki. (Au passage, quelqu’un peut m’expliquer comment personne de l’extérieur n’a jamais remarqué le cadavre pendu devant la fenêtre?)

Enfin, les épisodes 21 et 22 forment une histoire en deux parties dans laquelle Mikamoto réintroduit un personnage qui n’avait été jusqu’ici que mentionnée à deux ou trois reprises lors de son premier arc: Midori Yurikawa, la petite sœur de Saki, la première adversaire de Reiko. En effet, le scénario avait établi que le mobile de ses meurtres était qu’elle cherchait à remplacer sa sœur, morte accidentellement quand elles étaient enfants, et éliminait celles qui refusaient de jouer le jeu. Enfin, quand je dis « accidentellement », il faut plutôt comprendre que Saki a joué un peu trop fort avec elle. C’est qu’elle était déjà complètement tarée à l’époque, la petite!

Mais en réalité, Midori n’était morte qu’au sens figuré: elle était plongée dans un profond coma dont personne ne pensait qu’elle sortirait un jour. C’est pourtant ce qui se produit… 10 ans après.

Il y a d’ailleurs une petite incohérence: dans le premier arc, c’est Saki qui était censée avoir 6 ans au moment du drame, tandis que Midori n’en avait que 4 et devrait dont avoir à présent 14 ans au lieu de 16. Mais quelque soit son âge biologique, Midori a la personnalité d’une enfant dans un corps d’adolescente et est donc prise en charge par le docteur Akiyama. Akiyama!? Comme Rina Akiyama qui joue le rôle de Reiko dans l’adaptation cinématographique du manga? Tout se recoupe! Mais qu’est-ce que je raconte, moi?

Evidemment, comme pour Hanada dans le précédent arc, il s’agit d’une coïncidence: l’adaptation est sortie APRES la conclusion du manga et Rina Akiyama était une parfaite inconnue à l’époque où l’histoire est parue. Autre coïncidence: la coiffure d’Akiyama la fait énormément ressembler à une version binoclarde de Mai Kujaku de Yu-Gi-Oh.

Bon, j’en étais où, moi? Ah, oui! Midori s’attache rapidement à Akiyama, mère divorcée, et à sa fille Natsumi qu’elle considère comme une mère et une sœur de substitution. Malheureusement, même si Akiyama s’est efforcée d’éviter la publicité autour de Midori, il est difficile de mener une vie normale quand on est la sœur d’une tueuse d’enfants dont les sinistres exploits ont été autant médiatisés et il ne s’écoule pas longtemps avant que la mère d’une des victimes ne l’agresse en la prenant pour Saki à cause de leur air de famille.

Ayant ainsi appris la véritable identité de Midori, le comportement de Natsumi change du tout au tout: elle refuse de continuer à la fréquenter et la brutalise quand elle essaie de sympathiser… jusqu’à ce que Midori pète un câble et la transforme en puzzle de 10 pièces, se retrouvant alors traquée à la fois par la police et par les tueurs que le père yakuza de Natsumi lance à ses trousses.

On pourrait la croire mal barrée mais il s’avère que son coma de 10 ans a eu des conséquences inattendues sur son développement et qu’elle dispose de capacités physiques exceptionnelles qui font d’elle une combattante redoutable. Le contraste entre sa mentalité infantile et la férocité dont elle fait preuve quand on l’attaque est d’ailleurs savoureux et il est irrésistible de la voir trucider sans effort des tueurs professionnels avant d’aller jouer avec un chat comme si de rien n’était.

Reiko aussi est sur la piste de Midori car Natsumi était une de ses amies. Elle doit néanmoins réfréner ses envies de vengeance car Midori est la seule à pouvoir sauver le Dr Akiyama. En effet, celle-ci a tenté de se suicider après la mort de sa fille et a besoin d’une transfusion d’urgence. Problème: elle est d’un groupe sanguin extrêmement rare, Bombay, et Midori est la seule donneuse compatible connue.

A partir de là, Mikamoto va prendre un malin plaisir à prendre systématiquement le contre-pied des attentes de ses lecteurs. On s’attend à ce que Reiko fasse appel à la version zombie de Saki pour neutraliser sa sœur mais elle s’y refuse et quand elle se retrouve face à Midori, il n’y a aucun affrontement: les deux adolescentes se contentent de discuter et Reiko arrive à convaincre Midori de se rendre et de donner son sang pour sauver Akiyama.

Sauf qu’en réalité, la tentative de suicide d’Akiyama avait pour but d’attirer Midori et sitôt revenue à elle, la doctoresse la tue avant de mettre fin à ses jours. Pour de bon, cette fois.

On pourrait croire que cette résolution arrange Reiko qui serait satisfaite de voir son amie ainsi vengée; sauf qu’au fond d’elle-même, elle éprouvait de la sympathie pour Midori dont le parcours était finalement très semblable au sien: maltraitée par une sœur psychopathe coupable par la suite de nombreux meurtres. La seule différence étant que, peu de personne étant au courant des crimes de Lirka, Reiko pouvait mener une existence normale dont Midori était privée car constamment associée à la tueuse de Shiraike… dont elle avait pourtant été la première victime! Ce n’est cependant pas la dernière fois qu’on verra Midori, mais ceci est une autre histoire…

Graphiquement, si le trait et le découpage de Mikamoto restent de qualité, il continue d’enrichir ses héroïnes en silicone, au point d’aboutir parfois à des situations whatthefuckesques, comme ce cauchemar de Midori où elle est poursuivie par sa sœur Saki, tellement encombrée par sa poitrine démesurée qu’elle réussit l’exploit de se planter son propre couteau dans le nibard!

En renouant brièvement avec le format « épisodes indépendants » des débuts, Rei Mikamoto livre cinq récits au suspense implacable réservant des twists aussi surprenants que parfaitement amenés et où l’humour n’est pas oublié, notamment à travers le sale caractère de plus en plus prononcé de Reiko, le tout se concluant en beauté avec le storyarc de Midori, adversaire au destin tragique, plus victime que bourreau, pour qui le lecteur ne peut que compatir.

Verdict?

Illustrations extraites de : Action comics 868, Fire Leon, Ghostbuster Kurenai, Reiko the zombie shop, Action Comics 359, Yu-Gi-Oh.

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