Bandette – 01 – Presto! & Stealers, keepers!

Année(s) : 2012-2015.

Auteur(s) : Paul Tobin (scénario), Coleen Coover + Collectif (dessins).

Catégorie : Comics – Super-héros.

Genre : Prestodigitation.

Format : Tomes 1 et 2 compilant les épisodes 1 à 9 de la websérie.

Note : Les extraits proviennent de la VO et les textes ont été traduits par mes soins.

C’est la plus grande des voleeeeeeeeuses, oui mais c’est une gentlewomaaaaaan… Non, je ne me suis pas trompé dans les paroles de cette célèbre chanson de Jacques Dutronc, c’est juste que je ne vous parle pas de ce has-been d’Arsène Lupin mais de sa digne successeuse Bandette qui revendique le titre de voleuse la plus talentueuse que le monde ait jamais connu et qui est prête à tout pour le conserver comme elle le démontre dans les deux premiers tomes d’un comics qui sent bon le franco-belge.

De son vrai nom Maxime Plouffe, Bandette porte un costume clairement inspiré de celui de Fantômette dont elle partage les cheveux noirs coiffés à la garçonne (qu’elle dissimule sous une perruque rousse) et le jeune âge (elle est décrite comme une « teenager », ce qui la situe dans une fourchette entre 13 et 19 ans). Les auteurs ne cachent d’ailleurs pas leur inspiration et donnent même le nom du créateur du personnage, Chaulet (1931-2012), à une bibliothèque de leur récit. Autre influence évidente: la façon dont Bandette transforme son costume en ses vêtements civils évoque la Batgirl des débuts.

Cette jeune française est une voleuse spécialisée dans les livres et les objets d’arts, réussissant ses vols grâce à un mélange d’acrobaties, d’insouciance, d’un peu d’astuce, d’espièglerie (c’est la vie de Candy!) et de ce qu’elle appelle le « presto! » qui est son exclamation favorite (qu’on pourrait traduire par « Et voilà le travail! »). Ne vous en faites pas pour elle: ses nombreux larcins ne l’empêchent pas de dormir du sommeil du juste.

Il faut dire qu’à l’instar d’Arsène Lupin ou des sœurs Kisugi, Bandette est une voleuse morale qui ne s’attaque qu’à des individus dont la fortune est d’origine douteuse et elle dérobe en priorité des objets acquis illégalement qu’elle restitue contre récompense à leurs propriétaires légitimes par l’intermédiaire des assurances d’Orsay (Bon, d’accord, elle en garde toujours un ou deux pour elle mais c’est par amour de l’art et/ou de la littérature, sa troisième grande passion étant les barres chocolatées).

De plus, elle aide souvent la police en leur fournissant des informations ou en capturant des criminels, ce qui explique l’indulgence dont les forces de l’ordre font preuve à son égard, même si c’est à contrecœur venant de B.D. Belgique, inspecteur bougon au langage fleuri flanqué d’une assistante énamourée prénommée Héloïse.

Seulement voilà, quelqu’un d’autre partage son amour de l’art et des livres anciens acquis illégalement: le libraire numismate Léon Corvid, plus connu sous le nom de Monsieur, monte-en-l’air vieux de la vieille et principal concurrent de Bandette pour le titre de « plus grand des voleurs ».

Au point que Bandette décide de régler la question par un duel: le titre reviendra à celui d’entre eux qui récupérera le plus d’objets sur une liste de sept détenus par Absinthe, le dirigeant de FINIS, une organisation criminelle se faisant passer pour une association philanthrope. Malheureusement, cette compétition risque fort de se terminer tragiquement pour au moins un des participants car Absinthe, de plus en plus exaspéré par les incursions de Bandette dans ses activités, lance à ses trousses deux tueurs redoutables.

La première est Matadori, descendante d’une longue lignée d’assassins spécialisés dans le maniement de la lame. Comme elle a un âge et une personnalité très proches de Bandette, aucune des deux ne prend vraiment leurs duels au sérieux et elles concluent souvent des alliances face à un adversaire commun ou pour faire du shopping.

Le deuxième, en revanche, n’a rien d’un rigolo puisqu’il s’agit de Il Trideci (allusion à la treizième carte du tarot, celle de la mort), dit 13, dit L’Etrangleur. Avec un surnom pareil, ai-je besoin de détailler le modus operandi de ce Souflikar moderne?

Heureusement, Bandette n’est pas seule face à l’adversité: elle peut compter sur l’aide réticente de l’inspecteur Belgique et celle spontanée des Urchins (garnements), ses nombreux assistants dans la lutte contre le crime, qui comprennent entre autres Freckles (tâches-de-son) et la petite Belda:

Ou encore les 3 Ballerines (Adalind, Manon et Kiyomi de leurs petits noms):

Sans oublier Daniel, livreur pour le restaurant Rad Thai et soupirant de Bandette qui adore le taquiner:

Et bien sûr, last but not least, le fidèle assistant de Bandette qui n’hésite pas à revêtir à l’occasion masque et cape pour l’accompagner dans ses escapades, j’ai nommé:

De plus, derrière son comportement de gamine insouciante et exubérante, Bandette est en réalité une fille intelligente et prévoyante qui a (presque) toujours plusieurs coups d’avance sur ses adversaires. Et les rares fois où elle est prise au dépourvu, elle n’a jamais de mal à improviser un plan de secours.

Comme souvent avec ce genre de personnage, ce côté « j’avais tout prévu depuis le début » flirte parfois avec les limites de la vraisemblance. Ainsi, la rencontre qui permet à Bandette de proposer son défi à Monsieur a lieu parce que ce dernier veut la mettre en garde contre Absinthe, ayant découvert lors d’un cambriolage que ce dernier souhaitait la tuer, cambriolage qu’il a accompli à la suite d’un appel de Margot, la mystérieuse compagne d’Absinthe qui est également la personne qui lui remet la liste d’objet qui sert de base à la compétition entre lui et Bandette.

Or, on apprend à la fin d’un récit annexe du tome 2 que Margot l’avait contacté… à la demande de Bandette! Même si le but initial de Bandette reste du domaine de la spéculation, il faut croire qu’elle avait prévu que Monsieur commettrait ce cambriolage au moment précis où Absinthe annoncerait son intention de la tuer et qu’il la contacterait ensuite pour la mettre en garde, lui permettant ainsi de lui proposer ce défi…. Mais dans ce cas, pourquoi est-elle surprise quand Monsieur lui donne ce rendez-vous? Ou alors, elle… Oh, et puis zut!

Mais ce n’est pas trop grave car Bandette est le genre de récit qu’on dévore sans se poser de question tant il retrouve le charme désuet des romans pour la jeunesse ou des grands classiques de la BD franco-belge (ne serait-ce que dans la mise en page), ce qui n’empêche pas certains passages de s’adresser clairement à un lectorat âgé, comme les meurtres commis par Il Trideci ou la scène où Bandette surprend le maître des lieux avec sa maîtresse au cours d’un cambriolage (Et il est évident qu’ils n’étaient pas en train de jouer aux dominos).

Ah, Bandette qui se montre aussi bavarde qu’une didascalie d’Edgar P. Jacobs en commentant la moindre de ses actions avec pléthore de bons mots!

Ah, ce Paris à l’aspect si délicieusement rétro que seule la technologie utilisée par les personnages nous permet de savoir que l’action se déroule de nos jours (Et au moins, la dessinatrice ne se croit pas obligée de placer un monument célèbre à l’arrière-plan toutes les deux cases pour nous rappeler où on est)! Ah, ce graphisme épuré sublimé par des couleurs réalisées par ordinateur mais qu’on jurerait faites à l’aquarelle! Ah, ces évocations des exploits précédents de Bandette qui sonnent comme autant de titres allitératifs de livres dont on regrette qu’ils n’existent pas réellement!

Ah, ces personnages qui s’expriment dans un délicieux mélange d’Anglais et de Français!

(Bien mieux maîtrisé que celui d’un Batroc, soit dit en passant!)

D’ailleurs, c’est ironique pour une série censée se dérouler en France, mais même si elle était un jour traduite dans notre langue, je vous recommanderais de la lire plutôt en VO. D’une part pour apprécier les jeux de mots aussi innombrables qu’intraduisibles, mais aussi pour mieux savourer la musicalité de ces répliques mi-anglaises, mi-françaises. L’une des Trois Ballerines s’écriant « C’est sacrilège! » en entendant quelqu’un évoquer la possibilité que Monsieur puisse être un plus grand voleur que Bandette aurait-elle le même charme en VF?

Initialement conçue comme un webcomic, Bandette profite de sa compilation en version papier pour s’enrichir de nombreux bonus. Ainsi, chacun des deux tomes parus à ce jour comporte en supplément les Urchin Stories, des courts récits centrés sur un ou plusieurs personnages secondaires de Bandette, chacun illustré par un dessinateur différent tandis que Paul Tobin reste fidèle au poste de scénariste.

On a aussi droit à deux nouvelles en prose dans lesquelles Daniel puis Margot racontent leur première rencontre avec Bandette (Le récit de Margot révèle d’ailleurs qu’Absinthe avait un mentor qui pourrait bien devenir un futur adversaire de Bandette, mais ceci est une autre histoire…), ainsi qu’à des dossiers sur les coulisses de la création de la série et sur les objets dérobés par Bandette et Monsieur.

Véritable bouffée d’air frais dans le paysage du neuvième art de par sa légèreté et la bonne humeur communicative de son héroïne, Bandette est une vraie-fausse série jeunesse qui s’adresse aussi bien aux adultes qu’aux plus jeunes tout en ressuscitant l’ambiance des classiques de la BD franco-belge. Cette série n’a vraiment pas volé son succès. En attendant de la retrouver dans de prochaines aventures: au revoir, Bandette.

Verdict?

Illustrations extraites de : Bandette, Detective Comics 359, Melodia, Tales of suspense 76.

Un commentaire

  • Aaah, ça c’est une BD que j’adorerai lire! Le graphisme est vraiment chouette et l’histoire a l’air bien rafraîchissante! ^^

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