Franka 01 – Le Musée du Crime

Année : 1974 (Parution française : 1981)

Auteur(s) : Henk Kuijpers.

Catégorie : Franco-belge – Comédie policière.

Genre : Les experts : Groterdam.

Format : Album 1 de la série.

Il y a des héros de BD qui n’étaient pas prévus pour le devenir. L’exemple le plus connu est celui des Schtroumpfs que Peyo avaient initialement créés pour être des personnages secondaires dans une aventure de « Johan & Pirlouit », mais on peut aussi citer John Constantine qui n’était à la base qu’une private joke du dessinateur de « Swamp Thing » qui s’amusait à glisser un lookalike du chanteur Sting dans chaque épisode. L’héroïne qui nous intéresse aujourd’hui, Franka, rentre dans cette catégorie: héroïne culte aux Pays-Bas, elle n’était pourtant qu’un personnage secondaire lors de sa première aventure. Il est l’heure d’une petite visite au Musée du Crime.

Situé dans l’ancienne prison de Pasopkamaraad, elle-même située dans la ville fictive de Groterdam en Hollande, le Musée du Crime renferme divers objets en rapport avec l’univers criminel (anciennes pièces à conviction, vieilles machines de torture ou d’exécution, casquette de Sherlock Holmes authentifiée par Conan Doyle…). Il est dirigé par Bert Krachun, commissaire à la retraite doublé d’un lookalike de Jean Gabin qui ne se sépare jamais de son fidèle bouledogue Bof.

Le musée emploie également de Herse, qui cumule les fonctions de concierge, guide et vendeur de tickets, indispensable pour franchir les innombrables serrures de l’ancienne prison…

… ainsi que l’archiviste Philippe Factotum qui s’occupe de la vaste bibliothèque constituant une véritable mine d’information pour les criminologues…

… et la secrétaire Franka. Mais comme je l’ai dit en introduction, elle n’est pas encore le personnage principal de la série, ce rôle est tenu par Jarko Jansen (un seul S, aucun lien de famille avec Famke, donc), un nouvel employé particulièrement gaffeur.

En raison de son importante documentation, le Musée du Crime est régulièrement sollicité pour aider la police dans ses enquêtes, mais aussi par des professionnels du cinéma. C’est ainsi qu’après avoir permis d’innocenter un braconnier accusé de cambriolage, Jarko est contacté par le producteur Howard B. de Million pour scénariser une scène de cambriolage destinée à son prochain film.

De son côté, chargée de faire l’acquisition d’une nouvelle pièce chez un armurier, Franka a la surprise d’y apercevoir un homme qu’elle avait croisé au musée le matin même, un certain Argos Attak.

(Elle a d’ailleurs du mérite à le reconnaître puisque sur la première case où il apparaît, il n’a pas du tout la même tête que dans le reste de l’album!)

Jugeant la coïncidence curieuse (elle a le soupçon facile, quand même), elle s’infiltre dans le magasin et se cache dans une armure. Sa cachette se révèle d’autant plus judicieuse que la vitrine où elle est exposée est en réalité…

De sa cachette, Franka peut ainsi voir Argos prendre contact avec « Cash & Kill », une organisation de trafiquants d’armes qui utilisent l’armurerie comme façade et auprès desquels il fait l’acquisition d’un avion pour la bagatelle d’un million de florins.

Vous vous demandez comment il va se procurer une telle somme? Simple: Argos et Howard B. de Million sont en fait la même personne et c’est le scénario de Jarko qui va lui fournir cet argent. Non, il n’a pas l’intention de financer son achat avec les recettes du film, ça prendrait beaucoup trop de temps. A la place, il met en pratique le scénario pour s’introduire par effraction dans l’imprimerie royale et y imprimer l’argent nécessaire.

Evidemment, dès qu’ils apprennent le vol, Franka (qui a passé la nuit coincée dans la vitrine-ascenseur verrouillée de l’extérieur après usage), Jarko, Krachun et Factotum n’ont qu’à additionner deux et deux à eux quatre pour trouver le nom et l’adresse du coupable.

Et ils ont alors la surprise d’apprendre qu’Argos est déjà en prison. Mais pas pour le vol: il a été victime d’un coup monté le faisant passer pour un trafiquant d’armes. Il parvient cependant à s’évader pendant son transfert à l’aide de capsules de gaz dissimulées dans ses chaussures. A forte dose, ce gaz est un puissant narcotique.

A faible dose, le résultat est beaucoup plus… imprévisible.

Quoi qu’il en soit, Franka, Jarko et Bof sont désormais entre les mains d’Argos, un voleur doublé d’un faux-monnayeur qui…

Alors, premièrement: je ne suis pas une bande, je suis tout seul. Deuxièmement: pas la peine d’être grossière. Et troisièmement: j’allais justement y venir. Argos est en fait l’ancien ministre des finances de l’Océanacie, une petite île dont la force militaire se résume à un vieux croiseur dont s’est emparé le grand-amiral Perfidio Orca qui en a fait son quartier-général depuis lequel il règne d’une main de fer sur cette petite nation.

Or, peu avant ce coup d’état, Argos avait commandé de nouveaux billets de banque à la Hollande. Si ces billets sont livrés à Orca, il s’en servira pour renforcer son potentiel militaire et consolider sa position. C’est pourquoi Argos a imprimé lui-même une partie de l’argent pour acheter l’avion avec lequel il compte couler le croiseur du dictateur.

Ben oui, même si techniquement, cet argent était destiné à son gouvernement, Argos s’est quand-même rendu coupable d’effraction, de commerce avec des trafiquants d’armes et d’évasion, sans oublier qu’il est toujours suspecté d’être lui-même un trafiquant d’armes.

Jugeant la stratégie d’Argos trop violente, Franka le convainc de lui accorder un délai pour en élaborer une meilleure. On ne saura malheureusement jamais en quoi consistait ladite stratégie car le temps pour elle de la mettre au point, Jarko  déclenche une révolution et détruit le croiseur sans le faire exprès, simplement en perdant le contrôle d’une voiture aux freins défectueux.

Ce serait un peu trop compliqué de vous donner les détails exacts, d’autant plus que même les principaux témoins n’ont pas tout compris.

Et donc, tout rentre dans l’ordre: l’Océanacie est libérée de la tyrannie de Perfidio Orca, Jarko devient malgré lui un héros national nommé « Ol Liberatador » et, histoire de boucler toutes les sous-intrigues, on capture également le chef de « Cash & Kill » qui se trouvait en compagnie de Perfidio Orca et qui était justement le responsable de l’arrestation d’Argos.

A la lecture de cette première aventure (intitulée « De staatsgreep » (le coup d’état) lors de sa prépublication dans le magazine « Pep » en 1974 avant d’être rebaptisée « Het Misdaadmuseum » (le Musée du Crime) pour sa sortie en album en 1978), il est clair que l’auteur, Henk Kuijpers, n’avait pas l’intention de mettre en scène une héroïne solo mais un groupe de plusieurs personnes d’importance à peu près égale (Krachun, Jarko, Franka et Bof). Néanmoins, les responsables de « Pep » n’étant pas très satisfaits de ces personnages, Kuijpers allait se concentrer exclusivement sur Franka dès l’épisode suivant dans lequel Jarko et Krachun apparaissent, en tout et pour tout, sur une seule case. Il faut cependant croire que l’auteur avait une tendresse particulière pour le bouledogue Bof, puisque Franka adoptera rapidement le chiot Bars qui pourrait facilement passer pour le fils caché de Bof et qui aura même droit à sa propre série en 2001.

Concernant le dessin, Henk Kuijpers est un digne héritier de la ligne claire d’Hergé. Il aime d’ailleurs glisser des clins d’œil à « Tintin » dans sa série. Pour preuve, la tenue dont Jarko se retrouve affublé après avoir été recueilli par un cargo belge, le « Sirius » (Tiens donc!), après son bain forcé.

Oh, ça va, c’est juste un bikini. Franka est encore très pudique à l’époque, mais elle deviendra de plus en plus allergique aux vêtements à mesure que la série progressera et s’orientera vers un lectorat plus âgé. Un élément de plus pour expliquer sa popularité aux Pays-Bas. Franka aura malheureusement beaucoup moins de chance en tentant de s’implanter dans le paysage francophone. On la voit ainsi débarquer dans le numéro 2240 de Spirou en mars 1981.

De 1981 à 1983, Dupuis publiera trois albums de Franka qui sont en réalité les tomes 1, 2 et 5, l’éditeur faisant l’impasse sur les 3 et 4 qui constituent une histoire en deux parties. En 1987, les Humanoïdes Associés reprennent la série en publiant les tomes 7 et 8 (zappant le 6). En 2007, ils rééditent ces deux albums avant de publier le tome 9. Malheureusement, l’éditeur connait alors des difficultés financières et le tome 10, bien qu’annoncé, ne sortira pas. Il faudra finalement attendre 2010 pour que BD Must sorte enfin les (nombreux) albums manquants… dans le désordre! Et dire qu’on trouvait la numérotation des albums de « Gaston » compliquée!

Même si on peut reprocher à Kuijpers de recourir un peu trop souvent aux coïncidences heureuses pour faire avancer son récit, cette première aventure de Franka est un régal: gags et péripéties s’enchaînent sans temps mort et la révélation qu’Argos est en réalité le good guy de l’histoire est un excellent twist. Franka n’est peut-être pas encore le personnage principal de sa propre série, mais elle fait déjà preuve de beaucoup d’initiative et d’efficacité et le couple qu’elle forme avec Jarko, héros calamiteux mais plein de bonne volonté, est presque un précurseur de celui que formeront J.K.J. Bloche et Babette des années plus tard. Des débuts plus que prometteurs pour cette future héroïne culte néerlandaise qui aura débuté sa carrière en tandem avant de voler de ses propres ailes.

Verdict?

Illustrations extraites de : Franka, L’affaire Chelsea Deardon, Bionic Force, Dans l’enfer des hauts de pages, Myaattsu Eye.

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