Iron Man Epic Collection 13 – Stark Wars

Années : 1987-1988

Auteur(s) : David Michelinie (scénario), M.D. Bright (dessins), Barry Windsor-Smith (dessins et coscénariste), Bob Layton (encrage et coscénariste)

Catégorie : Comics – Superhéros

Genre : Armures de destruction massive.

Format : Compilation des épisodes 215 à 232 et de l’annual 9 d’Iron Man.

Note : Les extraits proviennent de la VO et les textes ont été traduits par mes soins.

Aujourd’hui encore, le premier run de David Michelinie sur Iron Man (du numéro 116 au 157) est considéré comme une des meilleures périodes du vengeur doré. Aussi, en 1986, quand le scénariste reprend la série au numéro 215, près de 5 ans après son départ, l’annonce de son retour suscite autant de joie que d’appréhension. Michelinie allait-il retrouver, voire surpasser la qualité de son précédent passage ou bien trahir les espérances des fans à l’image d’un Chris Claremont dont les multiples retours sur la franchise X-Men auront été autant de pétards mouillés? Fort heureusement, ces craintes se révéleront vite injustifiées et Michelinie débutera même son second run par une saga qui deviendra un classique: « Stark wars ». Que la guerre des armures commence! Une guerre dont notre héros ne sortira pas indemne.

Ne serait-ce que par les films, vous connaissez certainement Tony Stark, richissime playboy industriel inventeur de l’armure futuriste qui fait de lui Iron Man, ainsi que d’une multitude de technologies très en avance sur leur temps, comme ce précurseur de nos baladeurs numériques:

Et pourtant, quand Dennis O’Neil avait succédé à Michelinie, il s’était empressé de changer ce statu quo: Stark sombrait dans l’alcoolisme, perdait sa société et sa fortune et renonçait même à être Iron Man, cédant cette identité à son ami et confident James Rhodes. Stark finissait heureusement par se ressaisir et remonter la pente, le tout culminant dans l’épisode 200 où il redevenait Iron Man en se construisant une nouvelle armure rouge et argent (remplaçant son surnom de « vengeur doré » par celui de « centurion argenté ») tandis que Rhodes continuait de porter occasionnellement la version rouge et or.

Et quelle est la première chose que fait Michelinie en prenant les commandes de la série? Déconstruire tout ce qu’avait apporté son prédécesseur pour revenir à la situation dans laquelle il avait laissé la série, bien sûr! Dès les premières pages, Stark utilise sa fortune retrouvée pour se construire un nouvel empire industriel sous la forme de Stark Enterprises, tandis que Rhodes est gravement brûlé à la suite d’une avarie de son armure et ne peut plus la porter à cause du traumatisme.

Même des apports minimes sont jetés à la poubelle: la nouvelle armure d’Iron Man avait un système d’invisibilité? Il s’en débarrasse en découvrant qu’il détériore son système nerveux. Et les personnages secondaires ne sont pas épargnés non-plus: O’Neil avait introduit une alliée scientifique en la personne de Clytemnestra Erwin? En seulement trois épisodes, on découvre qu’elle est devenue folle suite à la mort de son frère dont elle rend Stark responsable et s’est alliée à l’organisation criminelle A.I.M. pour se venger. Une vendetta dont l’aveuglement causera sa mort.

Inversement, Michelinie ramène des personnages dont O’Neil s’était débarrassés, comme Bambi Arbogast, la fidèle assistante de Stark.

De même que de nouveaux personnages secondaires font leur apparition, comme l’informaticien Abraham Zimmer ou de nouvelles girlfriends potentielles pour cet incorrigible séducteur de Tony: la coiffeuse Rae Lacoste ou la starlette Brie Daniels. Rhodes n’est pas oublié puisqu’il se trouve une âme-sœur en la personne de Marcy Pearson, la nouvelle responsable des relations publiques.

Et naturellement, Michelinie ajoute de nouveaux noms à la déjà longue liste d’ennemis d’Iron Man, comme Flex.

Non, je déconne. Ce culturiste extrémiste luttant contre la malbouffe n’apparaît que pendant 3 pages et uniquement pour le plaisir du gag. Pour un nouvel adversaire digne de ce nom, il faut plutôt se tourner vers Ghost (le Fantôme en VF) un supervilain pouvant devenir invisible ou intangible à volonté, spécialisé dans le sabotage d’entreprises et que tout le monde considère comme une simple légende urbaine.

Hé oui! En fait de légende urbaine, Ghost est un adversaire aussi réel qu’insaisissable et impitoyable, vouant une haine farouche aux industriels et aux entreprises pour des raisons mystérieuses. Ce n’est qu’en 2011 que ses origines et ses motivations seront révélées dans Thunderbolts 151, le personnage étant entretemps devenu un paranoïaque convaincu à l’hygiène douteuse et voyant des complots jusque dans les grilles de mots croisés.

Maintenant que Michelinie a mis en place un nouvel environnement pour sa série, il peut entamer la saga « Stark Wars » proprement dite (encore que l’idée de départ vient de l’éditeur en chef de l’époque, Jim Shooter). Saga qui débute dans Iron Man 223, quand notre héros est contacté par un ancien adversaire en armure, Clay Wilson alias Force. Ce dernier est en effet de plus en plus écœuré par ses activités criminelles et souhaite s’amender, en commençant par dénoncer son patron.

Oubliez le gugusse des films, le Justin Hammer des comics est un véritable pendant maléfique de Tony Stark, maniéré et machiavélique, qui derrière sa façade d’homme d’affaires respectable, fournit de la technologie aux supercriminels en échange d’un pourcentage sur leurs « bénéfices ». Il va sans dire qu’il n’a aucune envie que Wilson se mettre à table et charge donc un trio de supervilains de lui faire avaler son extrait de naissance.

Wilson en réchappe grâce à l’aide de Rhodes et d’Iron Man, mais Stark ne veut pas lui faire courir d’avantage de risques et préfère faire croire à sa mort pour lui permettre de refaire sa vie sous une nouvelle identité.

Vous noterez au passage que tout ce qu’il a trouvé pour ne pas être reconnu par Hammer ou la police est de se laisser pousser la moustache.

Mais en examinant l’armure de Force qui est désormais en sa possession, Stark découvre qu’une partie de la technologie… est identique à celle de son armure! Il s’avère qu’un espion nommé Spymaster a dérobé certains de ses secrets et les a revendus à Hammer qui en a ensuite équipé de nombreux supervilains en armure. Autrement dit: Stark est indirectement responsable de leurs crimes!

Iron Man se lance alors dans une vendetta impitoyable, traquant tous les supervilains susceptibles d’utiliser sa technologie et détruisant irrémédiablement leurs armures. Et il n’hésite pas à recourir aux moyens les moins honorables pour y parvenir: infraction, violence, vandalisme… Pire: il s’attaque même à des superhéros utilisant sa technologie, ne pouvant prendre le risque qu’elle soit dupliquée par Hammer.

Même si ses motivations sont compréhensibles, Iron Man se positionne comme un anti-héros extrémiste et la principale difficulté scénaristique d’un tel changement est de faire en sorte que le personnage reste sympathique aux yeux du lecteur (ce que Civil War échouera à faire des années plus tard). Michelinie y parvient en nous montrant à quel point Stark est écœuré par ses propres méthodes et s’efforce de ne pas entraîner ses amis dans sa chute.

Mais les exactions d’Iron Man, désormais vu comme un hors-la-loi, rejaillissent sur l’image de Stark Enterprises, l’obligeant à se renvoyer lui-même (à l’époque, le public ignore sa véritable identité et croit qu’il est le garde du corps de Stark), et sur celle des Avengers qui n’ont d’autre choix que de l’exclure de l’équipe.

Et quand Iron Man cause accidentellement la mort du superhéros soviétique Titanium Man sur le sol russe (à l’époque, on est encore en pleine guerre froide), la coupe est pleine et l’armée américaine fait appel à l’industriel Edwin Cord pour construire Firepower, une armure capable de venir à bout d’Iron Man. Cette armure utilisant justement sa technologie, Iron Man relève le défi et se prend la dérouillée de sa vie avant que Firepower ne l’achève à l’aide d’un missile qui ne laisse de lui que quelques morceaux d’armure tachés de sang, tandis que le narrateur nous annonce que « c’est vraiment et définitivement… »

Et attention! Aujourd’hui, quand un superhéros meurt, les lecteurs se contentent de faire des paris sur le nombre de mois avant son retour parmi les bien-portants. Sans compter qu’avec internet, un épisode est à peine disponible qu’on est déjà au courant du contenu des trois suivants. Mais là, nous sommes en 1988, internet n’existe pas et les rares héros à passer de vie à trépas ont la courtoisie de rester morts. Inutile de dire qu’à l’époque, un tel cliffhanger, qui plus est dépourvu du moindre « à suivre » ou d’annonce pour l’épisode suivant, avait de quoi scotcher le lecteur qui, même s’il avait les indices nécessaires pour deviner comment Stark aurait pu s’en sortir, ne pouvait qu’attendre avec anxiété le mois suivant pour savoir s’il avait ou non survécu. Le suspense était donc total et les lecteurs étaient obligés de lire le numéro suivant… ou de simplement regarder la couverture où apparaissait un Tony Stark bien vivant! Merci, Captain Spoiler! Tu ne veux pas rajouter « avec (censuré) dans le rôle de Keyser Söze » sur l’affiche de « Usual Suspects » pendant que tu y es?

Et donc, le missile de Firepower n’avait détruit qu’une armure télécommandée, Stark ayant pu la quitter à temps, revenant de ce terrible affrontement en un seul morceau. Encore que, il faut voir l’état du morceau:

De son côté, l’armée américaine découvre qu’une arme aussi puissante que Firepower possède un léger inconvénient: il est impossible d’empêcher son créateur de repartir avec s’il en a envie. En effet, Cord a un compte à régler avec Stark et l’élimination d’Iron Man n’était que le début de sa vengeance puisqu’il utilise ensuite Firepower pour détruire les créations de Stark et faire pression sur ceux qui voudraient faire affaire avec lui.

Pour le contrer, Stark se construit une nouvelle armure qui reprend le code couleur rouge et or de la version classique. D’une certaine manière, ça participe à l’entreprise de deconstruction des apports d’O’Neil puisque c’est lui qui avait introduit l’armure argentée. On remarquera également qu’alors que la motivation de Stark derrière la guerre des armures était d’empêcher des supervilains d’utiliser sa technologie, il incorpore à sa nouvelle armure des armes utilisées par ses adversaires, comme le bouclier d’un des Raiders ou l’impulsion électromagnétique de Force. Une réponse du berger à la bergère, en quelque sorte.

Cela aura d’ailleurs un impact durable sur la série. Pendant longtemps, hormis quelques ajouts éphémère (le nez sur le casque fait encore bien rire aujourd’hui) et quelques armures spécifiques que le héros ne porte que dans des cas particuliers, le design de l’armure d’Iron Man n’aura guère dévié de sa version classique. O’Neil innovera avec l’armure argentée qui durera près de trois ans avant que Michelinie ne la remplace à l’issue de « Stark Wars ». Sauf qu’au lieu de ramener la version classique, les auteurs ont préféré opter pour un design inédit, inaugurant ainsi la tradition qui veut qu’Iron Man change régulièrement de look au gré des innovations technologiques.

Ne voulant pas que la technologie de cette nouvelle armure soit également piratée, Stark a l’intention de la détruire une fois Firepower neutralisé. Mais il réalise à l’issue du combat que d’autres adversaires viendront pour menacer son entreprise et mettre des innocents en danger. Et donc, que cela lui plaise ou non, Iron Man devra être là pour s’opposer à eux.

La guerre des armures aurait pu s’arrêter là mais l’épisode 232 lui offre une conclusion sous la forme d’un cauchemar dans lequel Stark affronte une machine meurtrière qui se révèle n’être autre que… lui-même, ou plus exactement, l’incarnation de sa propre culpabilité dont il sait désormais qu’il ne pourra jamais se débarrasser.

Si les dessins des épisodes précédents étaient assurés par le tandem de M.D.Bright au dessin et Bob Layton (également coscénariste) à l’encrage, tous deux excellant dans la représentation des armures hi-techs et des nombreuses machines émaillant la série, l’épilogue est illustré par Barry Windsor-Smith qui en a également coécrit le scénario. On notera d’ailleurs qu’Iron Man y porte encore son armure argenté, ce qui pourrait indiquer que, Barry n’étant pas un rapide, il aurait commencé à travailler sur l’épisode alors que les auteurs n’avaient pas encore fixé le design de la nouvelle armure. Visuellement, le résultat est magnifique, installant une ambiance cauchemardesque à souhait, sans parler de plusieurs images fortes comme Iron Man se réveillant au milieu d’un charnier. A mon avis, si Strange (Mensuel anthologique qui publiait Iron Man en France) avait encore été édité par Lug et non par Semic à l’époque, cet épisode n’aurait pas passé le cap de leur tristement célèbre censure et les lecteurs français en auraient été privés.

Enfin bref, tout est bien qui finit bien: Iron Man n’est plus recherché pour ses exactions puisque tout le monde croit que c’est une autre personne qui porte l’armure, et il est désormais certain que sa technologie ne sera plus jamais utilisée sans son acco…

Et merde… Bon, je laisse Nanarland, Obscurus Lupa et Film Brain s’occuper de ton cas pendant que j’en termine avec l’original. David Michelinie aura donc brillamment réussi son retour. On pourra lui reprocher de supprimer les apports de son prédécesseur O’Neil (mais dans ce cas, autant reprocher à O’Neil d’avoir supprimé ceux de ses propres prédécesseurs), mais la guerre des armures est une réussite scénaristique et graphique qui pousse Iron Man dans ses derniers retranchements et nous montre jusqu’à quelles extrémités il peut aller pour réparer ses erreurs. Certes, on n’approuve pas forcément ses méthodes mais on comprend ses motivations. Après tout, se découvrir indirectement responsable d’une multitude de crimes est bel et bien…

Verdict?

Illustrations extraites de : Iron Man, Dekaranger, Metal Man, Thunderbolts.

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