Superman – Whatever happened to the man of tomorrow?

Année : 1986

Auteur(s) : Alan Moore (scénario), Curt Swan (dessins), Georges Pérez et Kurt Schaffenberger (encrage)

Catégorie : Comics – Superhéros

Genre : La retraite, est-ce super?

Format : Histoire en deux parties publiée dans Superman 423 et Action Comics 583.

Note : Les extraits proviennent de la VO et les textes ont été traduits par mes soins.

Tout d’abord, je tiens à m’excuser pour le manque de mise à jour de ces derniers mois, la reconstruction de mon autre site, Toku-Onna, m’ayant beaucoup occupé. J’imagine que beaucoup d’entre vous ont dû se demander: « Qu’est-il arrivé à Cases Critiques? » Et justement, en 1986, une histoire en deux parties publiée par DC comics posait la même question au sujet DU personnage phare de la firme: « Qu’est-il arrivé à l’homme de demain? », « l’homme de demain » étant un des nombreux surnoms de Superman. Le seul et l’unique, méfiez-vous des contrefaçons!

Je dis « le seul et l’unique », mais en réalité, le dernier fils de Krypton a connu plusieurs incarnations au cours de sa longue carrière. Déjà, dès le début des années 60, DC avait établi que leurs comics du Silver Age se déroulaient sur une Terre différente de ceux du Golden Age (la limite entre les deux périodes correspondant grosso-modo à la fin des années 50, début des années 60), ce qui avait l’avantage d’expliquer pourquoi Superman, Batman ou Lois Lane étaient aussi fringants dans les années 70 qu’à l’époque où ils combattaient les forces de l’Axe. Mais tout cela change en 1986…

En effet, à l’issue de la maxi-série « Crisis on Infinite Earths », l’univers DC est entièrement remis à plat tandis que les nombreuses Terres parallèles qui le composaient jusqu’à présent fusionnent en une seule. DC en profite pour rebooter ses trois principaux personnages et Superman, Batman et Wonder Woman se voient offrir de nouvelles origines par John Byrne, Frank Miller (on a tendance à l’oublier au vu de sa production actuelle, mais à une époque, c’était un scénariste réputé) et George Pérez dans des récits qui deviendront des classiques.

Mais avant de lancer le Superman post-crisis, Julius Schwartz, l’éditeur des titres Superman, souhaite donner une conclusion aux aventures de celui du Silver Age (Celui du Golden Age en avait déjà connu une à l’issue de « Crisis on infinite Earths »), conclusion dont le scénario serait signé par le créateur du personnage, Jerry Siegel. Jerry accepte dans un premier temps mais des circonstances contraires l’empêchent de travailler sur le projet qui est finalement confié à Alan Moore. Oui, LE Alan Moore. Certes, à l’époque, il commence tout juste à travailler sur la bombe « Watchmen » (dont le premier numéro sortira le même mois que « Whatever »), n’a pas encore écrit le légendaire « Killing Joke » et « V pour vendetta » est en jachère depuis l’arrêt du magazine qui le publiait (avec un héros anarchiste, il fallait s’attendre à une publication anarchique). Moore n’a donc pas encore l’aura qu’on lui connaît aujourd’hui mais est déjà un scénariste réputé pour ses runs sur « Swamp Thing » ou « Miracleman », ainsi que divers travaux pour DC. Travaux que DC réédite d’ailleurs régulièrement sans lui verser le moindre centime, au point que Moore soit devenu un cas d’école en matière de spoliation d’auteur. Sachant que le scénariste britannique est un féru d’occultisme doublé d’un lookalike de Raspoutine, DC devrait pourtant éviter de le contrarier, on ne sait jamais…

A l’époque, néanmoins, Alan Moore est encore en excellents termes avec DC et est ravi de se charger du scénario de cette histoire dont les deux parties sont publiées le même mois dans Superman 423 et Action Comics 583, tandis que les dessins sont confiés à un dessinateur emblématique du personnage, Curt Swan, encré par George Pérez pour la première partie et Kurt Schaffenberger pour la deuxième. Le récit débute en 1997, 10 ans après la disparition de Superman. Lois Lane est désormais mariée à Jordan Eliott et s’occupe d’un petit Jonathan quand elle reçoit la visite de Tim Crane, un journaliste du Daily Planet qui souhaite l’interviewer sur les derniers jours de Superman.

C’est donc à travers l’interview de Lois que le lecteur apprend ce qu’il est advenu de Superman. Tout avait commencé quand le superhéros, de retour d’une mission dans l’espace, avait découvert Metropolis ravagée par Bizarro, un clone raté de l’homme d’acier vivant sur le Bizarro World, une planète cubique peuplée d’autres doubles imparfaits. Si Bizarro s’était jusqu’à présent comporté comme un être simplet et illogique dépourvu de la moindre méchanceté, il a cette fois décidé de pousser jusqu’au bout sa fameuse logique inversée en devenant l’exact contraire de Superman. Superman est arrivé sur Terre quand il était enfant après la destruction accidentelle de Krypton? Bizarro détruit volontairement le Bizarro World et arrive sur Terre en tant qu’adulte! Superman ne tue pas? Bizarro se lance dans un véritable massacre sur Terre! Superman est vivant? Bizarro se suicide à la kryptonite!

Même venant de Bizarro, un tel comportement est… bizarre. Et il n’est pas le seul adversaire du dernier fils de Krypton à se comporter de façon out of character: Toyman et Prankster, deux criminels jusqu’ici plus agaçants que vraiment dangereux, assassinent froidement son ami d’enfance Pete Ross après lui avoir arraché l’identité secrète de Superman. Les deux malfaisants attaquent ensuite Clark Kent sur son lieu de travail, révélant ainsi sa double identité au monde entier.

Mais ce n’est pas la fin de son identité secrète qui inquiète le plus Superman: si ses ennemis les plus inoffensifs deviennent sans raison des tueurs sanguinaires, qu’arrivera-t-il si ses adversaires réellement dangereux suivent la même évolution? La réponse ne tarde pas à venir quand le Daily Planet est attaqué par une armée de Metallos (des cyborgs carburant à la kryptonite) que Superman parvient à neutraliser de justesse.

Après quoi, Superman emmène ses proches à la Forteresse de Solitude pour les protéger d’une éventuelle autre attaque. Là, il reçoit la visite surprise de la Légion des Super-Héros, un groupe de superhéros adolescents vivant au 30eme siècle et dont il avait fait partie en tant que Superboy. Superman comprend rapidement que la vraie raison de leur visite est qu’ils souhaitent le voir une dernière fois… avant sa mort.

Et il ne s’écoule pas longtemps avant que des visiteurs nettement plus hostiles n’approchent de la Forteresse: Lex Luthor (lobotomisé et contrôlé par l’ordinateur Brainiac), Kryptonite Man et trois supercriminels du futur: Saturn Woman, Lightning Lord et Cosmic King (équivalents criminels de Saturn Girl, Lightning Boy et Cosmic Boy, les trois premiers Légionnaires rencontrés par Superboy).

A l’issue de la confrontation, les pertes sont lourdes des deux côtés: Krypto, Jimmy Olsen et Lana Lang perdent la vie, de même que Brainiac-Luthor et Kryptonite Man dans le camp adverse tandis que Saturn Woman et ses complices retournent à leur époque d’origine en réalisant que la victoire contre l’homme d’acier ne sera pas aussi aisée qu’ils le croyaient.

Une victoire bien amère pour Superman, donc. D’autant plus que trop de questions restent sans réponses: pourquoi est-il toujours en vie alors que les habitants du 30eme siècle sont convaincus qu’il est mort ce jour-là? Pourquoi tous ses adversaires se sont-ils radicalisés pour l’attaquer en même temps? Pourquoi le champ de force que Brainiac avait installé pour isoler la Forteresse de Solitude de toute aide extérieur est-il toujours actif malgré la destruction de son générateur? Superman comprend alors que l’instigateur de tout ça est le seul de ses adversaires à ne pas s’être encore manifesté: Mxyzptlk!

Personnage bouffon à l’allure cartoonesque, Mxyzptlk est un habitant de la 5eme dimension se rendant régulièrement dans la nôtre pour jouer des tours pendables à Superman à l’aide de ses pouvoirs magiques et dont le seul point faible est qu’il retourne dans sa dimension d’origine dès qu’il prononce son propre nom à l’envers. Pourquoi cet adversaire qui était jusque-là un simple casse-pied a-t-il provoqué un tel carnage? La réponse est simple: l’ennui. Comme tous les habitants de sa dimension, Mxyzptlk est immortel et doit régulièrement se réinventer pour éviter la monotonie. Il avait ainsi consacré les deux premiers millénaires de son existence à ne rien faire du tout et les deux suivants à faire le bien autour de lui avant de devenir le mauvais plaisant que tout le monde connaît.

Ne pouvant laisser un être aussi puissant et malfaisant en liberté, Superman n’a pas d’autre choix que de tuer Mxyzptlk, aidé par un indice que lui avaient laissé les Légionnaires lors de leur visite. Mais pour une personne aussi noble que lui, tuer même un être aussi mauvais que ce qu’était devenu Mxyzptlk constitue un acte impardonnable et en guise de pénitence, il s’expose aux radiations de la kryptonite dorée (une forme de kryptonite qui supprime définitivement ses pouvoirs) avant de quitter la Forteresse pour ne plus jamais être retrouvé.

Ça, c’est pour la version officielle mais entre le fils de Lois qui porte le même prénom que le père adoptif de Superman et le nom de Jordan Eliott qui rappelle étrangement celui de son vrai père Jor El, les lecteurs ont comme un léger soupçon sur la vérité. Soupçon confirmé quand une case de la dernière page montre le petit Jonathan transformant un morceau de charbon en diamant par la seule force de ses petites mains (C’est moi où Alan Moore aime bien les fins ouvertes?). Et le récit de se conclure sur Jordan Eliott brisant le quatrième mur pour adresser un clin d’œil complice aux lecteurs qui connaissent désormais la vérité. Même la réplique qu’il prononce à ce moment-là pourrait aussi bien s’adresser à Lois qu’au lecteur, Alan Moore restant un maître incontesté des dialogues à double-sens.

Une autre marque de fabrique du scénariste britannique est son goût prononcé pour les multiples références qui émaillent ses récits: une sculpture à l’effigie de Lori Lemaris par ci, une photo de Nightwing et Flamebird par là, la présence de Vartox ou Superwoman sur quelques cases… Ce qui implique d’ailleurs une contradiction puisque cette dernière est censée venir du futur et être une descendante de Jimmy Olsen… qui trouve la mort dans l’histoire. Mais bon, on n’a qu’à dire qu’il avait mise Lucy Lane en cloque et qu’il ne le savait pas.

Et puisqu’on parle d’Olsen, lui et Lana Lang récupèrent même, le temps d’un ultime baroud d’honneur, les pouvoirs et les costumes qu’ils avaient brièvement portés dans le passé.

Certes, une partie de ces clins d’œil pourraient très bien être le fait du dessinateur Curt Swan mais quand on connaît la minutie des scénarios d’Alan Moore qui est capable de consacrer plus d’une page à la description d’une case représentant juste un badge posé à côté d’une grille d’égout… (Je vous jure que je n’exagère pas!)

Là où dans un récit classique, on sait que le héros va s’en sortir à la fin, tout indique ici que Superman ne pourra que mourir à l’issue de « Whatever happened to the man of tomorrow? » Les lecteurs ne se demandent donc pas comment Superman va s’en sortir, mais plutôt comment il va succomber. A partir de là, Alan Moore construit un récit mêlant un suspense implacable, un sens du merveilleux qui fait cruellement défaut à trop de comics actuels et surtout, un profond respect pour son personnage principal et sa riche mythologie. Offrir une conclusion satisfaisante à la saga d’une icône du neuvième art était une tâche surhumaine, les talents combinés de Schwartz, Moore, Swan, Pérez et Schaffenberger l’auront accomplie avec brio. Adieu, Superman du Silver Age, profite de ta retraite bien méritée auprès de celle que tu aimes.

Verdict?

Illustrations extraites de : Superman – Whatever happened to the man of tomorrow?, Achille Talon (Les petits desseins d’Achille Talon), The Big book of urban legends, Crisis on infinite Earths, Earth-2, Man of steel, Watchmen.

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