Enquêtes auto de Margot (Les) – 01 – Intégrale cycle Bertoni

Année(s) : 2009-2011

Auteur(s) : Olivier Marin (Scénario, dessins), Metapat (Scénario), Emilio Van der Zuiden (Dessins), Callixte (Dessins, couleurs)

Catégorie : Franco-Belge – Policier

Genre : 22, v’là Margot!

Format : Intégrale regroupant 3 albums de 42 pages

Titres individuels : 1 – Le mystère de la traction 22 / 2 – Les déesses de la route / 3 – 2 CV pour une égérie

Disponibilité : L’intégrale est disponible sur Amazon.

Comme je l’ai déjà dit dans ma case critique sur Nanouche, si les héroïnes de BD sont aujourd’hui légion, il leur a fallu plusieurs décennies pour faire leurs preuves et les héros masculins ont longtemps dominé la production franco-belge. Dans ces conditions, la seule solution pour une héroïne de papier d’avoir sa propre série dans les années 60, c’est d’être créée en 2009. Et même comme ça, pas facile de faire ses preuves dans un univers professionnel essentiellement masculin!

Brune coiffée à la Louise Brooks aussi pulpeuse qu’une bouteille d’Orangina, Margot est stagiaire à la rédaction du magazine automobile Auto Revue où elle s’occupe des petites annonces. Comme elle est la seule femme du journal, qu’elle a été pistonnée par le directeur et qu’elle a longtemps cru que Citroën était un sirop acidulé, ses collègues ne la prennent pas au sérieux et décident de profiter d’un numéro spécial consacré aux 25 ans de la traction pour lui jouer un bon tour en lui demandant un article sur la 22 CV.

Présentée aux Salons de l’automobile de Paris et Bruxelles en 1934, cette voiture aurait été promise à un bel avenir si elle n’avait été victime de circonstances contraires: suite à des difficultés financières, Citroën doit vendre ses usines à Michelin qui juge le modèle trop coûteux et en stoppe la production, transformant les véhicules déjà construits en 11 CV. Évidemment, on peut supposer que certains ont échappé à ce triste sort et aujourd’hui encore, quelques passionnés ne désespèrent pas de trouver un modèle survivant. Vous l’aurez compris, la rédaction d’Auto Revue lance sa stagiaire dans l’équivalent quatre-roues d’une chasse au dahu!

Mais toute ingénue qu’elle soit, Margot peut compter sur son culot, sa chance et, il faut bien l’avouer, une sacrée aide de son scénariste, vu la spontanéité avec laquelle tous ceux qu’elle interroge lui disent aussitôt ce qu’elle veut savoir!

Par conséquent, ce qui était au départ un bizutage permet à Margot de faire ses preuves comme journaliste, de démasquer un collègue arriviste, de jouer les marieuses et de tomber amoureuse d’un cadre de Michelin, Louis Foilleret, qu’elle surnomme affectueusement Loulou.

Après avoir prouvé ses talents de journaliste, Margot profite de sa deuxième aventure pour démontrer ceux de pilote de course en participant à la Coupe des Demoiselles, un rallye automobile féminin qui se double rapidement d’une affaire d’espionnage industriel, Michelin et leurs concurrents américains de Waterstone (une compagnie fictive qui est un pastiche évident de Firestone) voulant profiter de l’événement pour tester et promouvoir leurs prototypes de pneus qui équipent respectivement la voiture de Margot et celle de sa rivale, Pénélope Beaujeu qui, n’étant pas très fair play, porte fort mal son patronyme.

Le titre de ce deuxième album, Les Déesses de la Route, est d’ailleurs un jeu de mot faisant à la fois référence aux pilotes de charme qui participent à la course et à la voiture conduite par Margot et sa copilote/BFF Jeanne Dupuy qui est une DS portant le numéro 22, devenu le chiffre fétiche de notre héroïne.

Signalons enfin que cette deuxième aventure ajoute un compagnon canin à Margot en la personne de Saucisse, un teckel au strabisme prononcé (Encore que, vu qu’aucun personnage n’y fait référence, je suppose que c’est juste dû au style des différents dessinateurs).

Après avoir été journaliste puis pilote, Margot devient mannequin dans sa troisième aventure où elle sert d’égérie à la 2 CV Margot, une série limitée à 22 exemplaires (décidément) présentée par le couturier Théophile Saint Cardon, associé à la marque pour l’occasion. Comme les précédentes, cette troisième carrière la mêle rapidement à une affaire louche où elle reçoit des lettres de menace tandis que les voitures qu’elle promeut sont victimes de vandalisme, de sabotage et de vol. Elle réussira l’exploit de résoudre l’affaire tout en étant complètement à côté de la plaque, certains des indices qui la mettent sur la voie faisant en réalité partie d’une mise en scène alambiquée pour piéger les responsables.

Passionné d’automobile depuis l’enfance (Il avait commencé à plancher sur une BD consacrée à la 22 CV dès ses 12 ans!), le scénariste Olivier Marin (assisté par Metapat sur le deuxième tome) se fait plaisir avec cette série dont l’intrigue de chaque épisode tourne autour d’une des voitures mythiques de la marque aux chevrons. On sent qu’il maîtrise son sujet, truffant les dialogues de détails techniques et historiques et concluant chaque album par un petit dossier consacré à la voiture sur laquelle était basée son histoire.

L’action se déroulant au début des années 60, Marin en profite pour donner à sa série une ambiance « BD d’époque » qui est à la fois son point fort et son point faible. En effet, si ça confère à l’ensemble un côté désuet et naïf assumé qui séduit le lecteur nostalgique, cela peut en rebuter d’autres qui lui reprocheront son côté gentillet (La réconciliation express entre Margot et Pénélope qui, si vous êtes observateurs, apparaît aux côtés de ses amies lors de certaines scènes du tome 3, notamment celle de son mariage) et ses grosses ficelles scénaristiques (Louis qui surgit de nulle part pour sauver la situation à la fin du tome 1 ou Margot qui passe son temps à tomber par hasard sur des indices cruciaux).

Il faut cependant croire que cette deuxième catégorie est minoritaire, Margot connaissant rapidement un succès tel que l’éditeur Paquet s’empresse de lancer dans son sillage une collection consacrée aux séries automobiles (La Collection Calandre) et qu’elle a même droit en 2016 à un spinoff consacré à sa cousine Betsy.

L’ambiance rétro de la série est accentuée par un graphisme très ligne claire qui renforce l’impression de lire une BD d’époque. Encore que je doute que les censeurs d’alors auraient laissé passer le côté exhibitionniste malgré elle de l’héroïne.

Ces dessins sont le fruit de la collaboration entre Olivier Marin qui s’occupe surtout des décors et des véhicules, tous deux extrêmement soignés et minutieux, tandis que storyboard et personnages sont réalisés par Emilio Van der Zuiden, remplacé à partir du troisième épisode par Callixte, qui se chargeait jusqu’ici uniquement des couleurs. Ce dernier est d’ailleurs nettement plus sage que son prédécesseur qui, même quand il ne fait pas porter à ses personnages féminins des tenues aussi moulantes que du bodypaint …

… ne peut s’empêcher de bien marquer les contours de leurs seins et de leurs fesses (Un autre élément qui aurait provoqué une épidémie d’AVC chez les censeurs de l’époque si cette série avait réellement été publiée au début des années 60!).

Ceci dit, quelque soit le dessinateur, les pages fourmillent de clins d’œil et de références, multipliant les apparitions de personnages de films et de bandes-dessinés, au point qu’il est nécessaire de relire plusieurs fois les albums pour espérer tous les repérer, certains étant de discrets éléments du décor tandis que d’autres interagissent avec les personnages principaux.

On a même droit à une brève apparition de deux autres célèbres héros motorisés … ou plutôt leurs cousins italiens.

Les Enquêtes Auto de Margot démarrent donc sur les chapeaux de roues avec ces trois premières aventures qui raviront les amateurs de voitures, de jolies héroïnes et de BDs rétros qui apprécieront son style volontairement désuet et s’amuseront à rechercher toutes les références cachées. En revanche, les lecteurs plus modernes et/ou exigeants risquent d’être rebutés par son fanservice (qui se calme cependant beaucoup à partir de l’arrivée de Callixte aux dessins), ses facilités scénaristiques et sa naïveté plus ou moins assumée. Néanmoins, les deux catégories s’attacheront vite au personnage de Margot, héroïne ingénue et parfois gaffeuse mais qui, aidée autant par la chance que par ses compétences, sait se montrer efficace quand les circonstances l’exigent. Une vraie tigresse dans un moteur!

Verdict?

Illustrations extraites de : Les enquêtes auto de Margot, Les aventures de Betsy.

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