Jo Nuage & Kay Mac Cloud

Année : 1975

Auteurs : Greg (scénario), Dany (dessins).

Catégorie : Franco-belge – Comédie policière.

Genre : La vie en Section Rose.

Durée : One-shot.

Si je vous parle d’un instructeur fort en gueule devant former un aréopage des policiers les plus dingues du monde, vous allez forcément penser à POLICE ACADEMY. Et pourtant, cette comédie culte des années 80 a connu un prédécesseur durant la décennie précédente: JO NUAGE & KAY Mac CLOUD. Publiée dans l’éphémère ACHILLE TALON MAGAZINE (Seulement six numéros de 1975 à 1976), cette série était signée par deux valeurs sûres du neuvième art: le prolifique Greg au scénario et le talentueux Dany aux dessins. Voilà qui aurait pu augurer d’une future série culte mais, entre l’arrêt brutal du magazine et les nombreux autres travaux qui accaparèrent ses auteurs, elle ne connut qu’un seul album paru en 1976 puis réédité en 2000. Il est l’heure de suivre la Section Rose dans son entraînement.
Oui, c’est vrai, Section Rose, ça claque quand même beaucoup moins que Police Academy. Alors, peut-être que dans les années 70, la couleur rose n’était pas aussi connotée qu’aujourd’hui (ou peut-être que j’ai l’esprit vraiment mal tourné, c’est possible aussi) mais « Section Rose », ça m’évoque moins un groupe de policiers d’élite qu’un film porno ou, à la rigueur, ceci:
Quoi qu’il en soit, la Section Rose est une promotion de six policiers d’élite recrutés à travers le monde pour rejoindre le Camp d’Instruction de Police Spéciale dirigé par le flegmatique Capitaine Flagg afin d’y suivre une formation qui fera d’eux les plus efficaces défenseurs de la loi et de l’ordre. Chacun d’eux a été sélectionné en tant que meilleur élément de la police de son pays, à l’exception de l’aspirant Philéas Whops, intellectuel grassouillet qui s’occupait jusqu’ici du tri des contraventions à Carrot Junction, Australie.
L’équipe comporte également l’inspecteur général présidentiel avec la médaille de vermeil avec palmes de la police supérieure de San Escudo (ce qui correspond grosso-modo au grade de caporal) Pronto Muleta, un ancien révolutionnaire sud-américain affublé d’un accent à couper à la tronçonneuse et qui réalise ses exercices de tir au cocktail Molotov, son instructeur ayant commis l’erreur de l’autoriser à utiliser ses propres méthodes.
Guère mieux loti niveau accent, Hans « Stomach » Frigo est un colosse allemand dont la tête est plus efficace pour défoncer les murs que pour réfléchir (il lui a fallu quinze jours pour apprendre combien de cartouches on mettait dans un six-coups). C’est également un lanceur de couteau redoutable capable de couper en deux n’importe quelle cible.
Ensuite, il y a Rip Poker (Où ça, un jeu de mot?), gamin perpétuellement hilare originaire de Brooklyn. Tenant plus du délinquant juvénile que du redresseur de torts, il préfère le corps-à-corps aux armes à feu (« Les pétards, hein, pif-paf et les flots de sang, c’est bon pour les mômes à la télé… »), ce qui n’est pas du goût de son supérieur.
Et enfin, il y a les deux dernières recrues: l’américaine Kay McCloud et le français Jo Nuage, tous deux descendants d’une prestigieuse lignée de représentants de l’ordre (Le premier McCloud a été le premier sheriff du premier village des Etats-Unis). Entre leurs deux familles, c’est donc une rivalité ancestrale où il ne peut y avoir qu’un seul vainqueur… Et c’est pas gagné!
La lourde tâche de former ces six élèves-policiers d’élite incombe au sergent Brumbach. Pour ce qui est de sa personnalité, imaginez un croisement entre le lieutenant Harris de POLICE ACADEMY, le sergent Hartman de FULL METAL JACKET et le centurion Belinconnus d’ASTERIX LEGIONNAIRE. Quant à son physique, ses mensurations crâniennes sont les mêmes que celles figurant dans le premier chapitre du « manuel de physiognonomie criminelle ».
Et puisqu’on parle de nerfs, les siens sont mis à rude épreuve. Entre la destruction de la majeure partie de son matériel, les pitreries de ses élèves et le fait qu’ils réussissent brillamment toutes les épreuves malgré les stratagèmes de plus en plus délirants qu’il invente pour leur opposer un maximum de difficulté, le malheureux sergent termine la plupart des exercices dans cet état:
A la longue, le malheureux finit d’ailleurs par craquer et quitte l’école pour aller noyer sa dépression dans l’alcool. Il reprend heureusement du poil de la bête quand un journaliste du nom de Mike Gossip tente de le soudoyer pour qu’il truque les épreuves en faveur de McCloud.
Brumbach semble d’abord accepter sa proposition et l’aide même à s’introduire dans le camp pour prendre des photos… mais c’est pour ensuite faire croire à ses élèves que Gossip est là pour un exercice de neutralisation d’un ennemi public en fuite motorisée. L’infortuné journaliste a donc droit à une réception dont il se souviendra toute sa vie… à condition d’y survivre, bien sûr.
Car Brumbach a beau mener la vie dure à la Section Rose, c’est parce que son métier veut ça et au fond, il les aime bien et ne souhaite que leur réussite. D’ailleurs, ses élèves ne s’y trompent pas et même s’ils adorent le faire tourner en bourrique, ils étaient les premiers à regretter son départ provisoire.
Mais la formation de policier d’élite ne comporte pas que des épreuves physiques telles que les courses-poursuites…
… les exercices de tir …
… ou les parcours d’obstacles…
… il y a aussi des épreuves orales où il leur faut répondre à un questionnaire qui a clairement été rédigé par le champion du monde de Trivial Pursuit.
En fait, non, je sais qui a conçu ce questionnaire: Achille Talon! La preuve:
Le premier tome est donc consacré à l’entraînement de la Section Rose et se compose d’une série de courts récits qui, mis bout-à-bout, racontent une histoire complète. Ce format s’explique par le fait que la série était initialement publiée dans un magazine. Il est d’ailleurs assez facile pour le lecteur de deviner où se termine un récit et où commence le suivant. A noter qu’un des coloristes a commis une erreur en transformant la brune Kay McCloud en blonde pendant un épisode entier.
Ce n’est d’ailleurs pas très flatteur pour elle quand on voit les capacités intellectuelles de la seule blonde de la série. (Comme quoi, ce stéréotype est plus ancien qu’on le croit.)
Le second tome, inachevé (seules les 7 premières pages, incluses dans la réédition de 2000, ont été dessinées, probablement quelques années plus tard, le graphisme de Dany ayant nettement évolué entretemps), aurait dû raconter l’année de stage sur le terrain de la Section Rose. Stage durant lequel ses membres sont répartis en deux équipes. Nuage, Brumbach et Whops se retrouvent ainsi à New York…
… tandis que McCloud, Poker, Frigo et Muleta sont affectés à Hawaii.
D’ailleurs, au passage, je crois savoir les vrais raisons pour lesquelles Kay McCloud a été affectée à Hawaii.
Vous aurez remarqué que la rivalité entre Nuage et McCloud est toujours d’actualité, les deux ayant terminé leur formation à égalité. Une épreuve supplémentaire a bien été tentée pour les départager; malheureusement, ne pouvant se décider entre une épreuve de bras de fer ou de natation, ils ont fait les deux en même temps et cela s’est soldé par un…
Et donc, la compétition bat son plein entre les deux équipes dont les exploits sont retransmis en direct à la télévision (Et oui, une satire de la télé-réalité dès les années 70! Quand je vous dis que cette BD était en avance sur son temps). Et en attendant d’en connaître le vainqueur, les grands perdants de ce duel sont évidemment les malfrats.
Triste? Au contraire! Car le scénario de Greg enchaîne les gags et les dialogues savoureux qui ont fait sa réputation sur ACHILLE TALON. D’ailleurs, je ne sais pas si c’est de son fait ou celui du dessinateur, mais on a parfois droit à des clins d’œil à cette série culte, comme l’apparition de Lefuneste parmi les silhouettes d’un exercice de tir, ou de Vincent Poursan dans son rôle habituel de commerçant (avec, en arrière-plan, l’armure que Lefuneste porte le temps d’un gag).
Les dessins sont également de très haute tenue, comme on pouvait s’y attendre de la part de Dany, même si, très occupé par OLIVIER RAMEAU et HISTOIRE SANS HEROS, il reconnaît avoir fait appel à des collègues pour les décors et les couleurs. Mais bon, tant qu’il ne délègue à personne le soin de dessiner ses sculpturales héroïnes, c’est pas grave.
Si ce POLICE ACADEMY avant l’heure est resté sans suite, ce n’est certainement pas pour des raisons qualitatives: les personnages sont attachants, les dialogues savoureux, le scénario hilarant et sans temps mort et les dessins somptueux. Dommage, donc, que des circonstances contraires aient conduit les membres de la Section Rose à une retraite prématurée car ces élèves-policiers d’élite semblaient promis à un brillant avenir. Et si leur série avait perduré, nul doute que les médailles se seraient multipliées sur leur poitri…

Verdict?

Illustrations extraites de : Jo Nuage & Kay MacCloud, Achille Talon (Les Idées d’Achille Talon, Cerveau Choc), Myaattsu Eye, Momoiro Sentai SP3, Sailor Moon Short Stories.

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