Big book of conspiracies (The)

Année(s) : 1995

Auteur(s) : Doug Moench (Scénario), Collectif (Dessins)

Catégorie : Comics – Anthologie

Genre : La vérité est ailleurs.

Format : Album de 224 pages

Disponibilité : L’album est disponible sur Amazon.

Note : Les extraits proviennent de la VO et ont été traduits par mes soins.

Bonne nouvelle! Les cases critiques sont de retour après une longue absence due à un emploi du temps très occupé par mon autre site et ma chaîne Youtube principale, et non à un quelconque complot ourdi par les ennemis du 9eme art. En revanche, des complots, il va en être grandement question aujourd’hui avec le quatrième opus de la collection Big Book intitulé The Big Book of Conspiracies. Adversaires des versions officielles, cet ouvrage est fait pour vous!

Et on débute avec de grands classiques dans une première partie justement intitulée Classic Conspiracies qui se concentre sur les meurtres de trois personnalités aux noms formés de trois initiales: JFK (John Fitzgerald Kennedy), RFK (Robert Francis Kennedy) et MLK (Martin Luther King). Trois assassinats commis en 1963 pour le premier et 1968 pour les deux autres et dont une partie du public doute encore aujourd’hui de la culpabilité des meurtriers officiels. King a-t-il été abattu par James Earl Ray ou par la CIA? Sirhan Bishara Sirhan est-il vraiment l’assassin de Robert Kennedy ou bien n’était-il qu’une diversion pour permettre au vrai meurtrier d’agir sans être vu? Et dans les deux cas, a-t-il ou non été hypnotisé par une fille portant une robe à pois? Et si Lee Harvey Oswald est vraiment le meurtrier de JFK, pourquoi lui a-t-on découvert autant de sosies et d’homonymes durant l’enquête? Et pourquoi autant de morts et d’intimidations parmi les témoins et enquêteurs qui contestaient la version officielle?

Dans la deuxième partie, Big Brother’s Gratest Hits, il est question de complots orchestrés par le gouvernement des États-Unis: tests du LSD sur la population, dissimulation de contacts avec des extra-terrestres, liens avec le gourou Jim Jones … Sans oublier de mystérieux hélicoptères noirs silencieux (ou anormalement bruyants selon les versions).

La troisième partie, Trouble in Weirdland, est consacrée aux complots allant du fantastique (extra-terrestres rencontrés sur la Lune … à moins, bien sûr qu’on n’y ait jamais mis les pieds) au fantaisiste (Les méthodes délirantes imaginées pour supprimer Fidel Castro).

On passe ensuite à Paranoia Potpourri, un quatrième chapitre fourre-tout où on parle aussi bien des similarités troublantes entre Lincoln et JFK (Ce qui aurait été plus à sa place dans la première partie) que des manœuvres de William Randolph Hearst (L’inspiration d’Orson Welles pour Citizen Kane) pour discréditer le cannabis qui, en offrant un procédé de fabrication moins cher et moins polluant que la pulpe de bois, menaçait sa suprématie dans l’industrie du papier, ou de la mort du producteur Thomas Harper Ince qui aurait été en fait abattu par Hearst (Encore lui!) qui visait en réalité Charlie Chaplin qu’il venait de surprendre en pleine fornication avec sa maîtresse, l’actrice bègue Marion Davies.

Curieusement, cette histoire aurait été plus à sa place dans la partie suivante, Odd Passings and Other Assassinations, qui traite d’assassinats et de morts suspectes, certains cas concernant des personnes mondialement connues comme Malcolm X ou Jim Morrison (À moins, bien sûr, que le Lizard King, lassé de sa célébrité, n’ait simulé sa mort pour refaire sa vie sous une autre identité?).

Mais on y parle aussi de deux personnes peu connues hors du pays de l’Oncle Sam: Dorothy Kilgallen, retrouvée morte dans son lit alors qu’elle préparait un livre où elle comptait révéler la vérité sur l’assassinat de JFK (Décidément, s’il n’y a aucun complot derrière sa mort, quelqu’un se donne beaucoup de mal pour le faire croire!) et Karen Silkwood, tuée dans un accident de voiture alors qu’elle venait de compléter un dossier très incriminant contre son employeur, Kerr-McGee, dossier qui n’a d’ailleurs jamais été retrouvé.

On enchaîne ensuite sur un petit cours d’histoire avec Historical Hysteria qui nous raconte celles de la secte des Assassins (Terme qui signifiait à l’origine « Fumeurs de hashish »!), celle de l’abbé Saunière et des anciens parchemins qu’il avait découverts dans son église de Rennes-le-Château et celle des arrangements secrets entre le gouvernement américain et d’anciens Nazis.

Enfin, la dernière partie, The Conspiracy Conspiracy, s’attaque à de gros morceaux tels que l’histoire des francs-maçons (Pourquoi ne pas l’avoir mise dans le chapitre précédent?), les parallèles entre extra-terrestres et religions ou le « suicide » de l’écrivain Danny Casolaro alors qu’il travaillait sur un livre consacré à un vaste complot impliquant, entre autres, un logiciel volé par le département de la justice, un accord secret entre Reagan et Khomeini concernant les otages en Iran, et la Zone 51 parce qu’au point ou on en est, pourquoi pas! Comme pour Thomas Harper Ince, ce récit aurait été plus à sa place dans la section Odd Passings and Other Assassinations.

Paru en 1995 (d’où l’absence de récits consacrés au 11 septembre) alors que les théories du complot avaient le vent en poupe grâce à la série télévisée X-Files, cet ouvrage avait un objectif des plus louables: mêler des complots avérés et/ou rationnels à d’autres non prouvés et/ou irréalistes en un melting-pot de théories qui se contredisent parfois entre elles afin d’inciter le lecteur à réfléchir par lui-même pour se faire sa propre opinion. Malheureusement, si le scénariste Doug Moench est un passionné notoire d’ésotérisme et de théories du complot, il lui manque le recul nécessaire pour faire preuve d’objectivité, à part quand il trouve bizarre qu’un témoin de l’assassinat de Martin Luther King ait attendu plus d’un quart de siècle avant de se manifester.

Résultat: il se concentre uniquement sur les arguments conspirationnistes et à aucun moment on n’a droit à des contre-arguments qui iraient à l’encontre des théories qu’il expose. Par exemple, dans le cas de l’assassinat de JFK, certains points communs qu’il cite entre lui et Lincoln sont erronés, il évoque la fameuse « balle magique » qu’on a depuis longtemps expliquée par la disposition particulière des sièges de la voiture, parfaitement visible sur les films et photos de l’assassinat; ou encore, il présente Billy Lovelady – un homme apparaissant sur une photographie prise au moment des faits et que certains avaient pris pour Lee Harvey Oswald qui ne pouvait pas se trouver là s’il était le vrai tireur – comme un parfait sosie de ce dernier alors qu’il ne lui ressemblait pas du tout, la méprise étant tout bêtement due à la mauvaise qualité de la photo.

Un autre défaut est la répartition des récits entre les différentes parties qui manque de cohérence et donne parfois l’impression de passer du coq à l’âne d’une histoire à l’autre. J’ai déjà évoqué certains exemples mais le cas le plus flagrant concerne les nombreux chapitres consacrés à des contacts extra-terrestres qui sont dispersés à travers plusieurs parties alors que les regrouper dans une seule aurait permis de rendre la lecture plus fluide et agréable.

Signalons pour finir que cet ouvrage est le premier de la collection Big Book à utiliser un narrateur commun à chaque récit (Maddie n’apparaissait que dans quelques uns du précédent) en la personne d’un mystérieux agent gouvernemental qui prend parfois une part active dans les histoires qu’il raconte. Ce narrateur unique clairement lié aux complots qu’il expose renforce le côté « révélation » du récit … à moins, bien sûr, qu’il nous mente pour mieux nous cacher la vérité? Ça expliquerait les théories contradictoires!

S’il est aussi intéressant et bien dessiné que les précédents volumes, ce quatrième opus de la collection Big Book est handicapé par le mauvais classement de ses récits et un manque d’objectivité qui nous prive du mélange complémentaire d’arguments et de contre-arguments qu’aurait mérité son sujet. Dommage, donc, mais ça n’en reste pas moins un ouvrage recommandé à quiconque s’intéresse aux théories du complot, qu’on y croit ou non. Encore que … Mieux vaudrait qu’elles soient fausses, car sinon sa lecture pourrait vous attirer de groooos ennuis.

Verdict?

Illustrations extraites de : The Big Book of Conspiracies.

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