Divines

Titre original : エニデヴィ (Enidewi)

Année(s) : 2013-2015

Auteur(s) : Kamome Shirahama

Catégorie : Manga – Humour

Genre : Une ange et une démone passent, gare à la casse!

Format : 15 histoires courtes réparties dans 3 volumes

Disponibilité : La série est disponible sur Amazon.

Avant de connaître un succès amplement mérité avec son Atelier des Sorciers, la managaka Kamome Shirahama avait débuté avec エニデヴィ (Enidewi) dont Pika Editions, déjà éditeur de L’Atelier, publie les trois volumes en France sous le titre de Divines, permettant au lectorat hexagonal de découvrir l’amitié souvent orageuse entre l’adorable ange Eniale et cette sale démone de Dewiela. Une envoyée du ciel et une suppôt de Satan : une amitié qui sent le soufre!

Certes, on s’attendrait à ce qu’une ange et une démone s’entendent comme chien et chat plutôt que comme larrons en foire et pourtant, bien qu’adversaires professionnelles, Eni et Dewi sont les meilleures amies du monde. Ce qui ne les empêche pas de se livrer à des disputes dévastatrices à chaque fois que l’une utilise le maquillage de l’autre sans sa permission, perd sa boucle d’oreille préférée ou déchiquette sa garde-robe par ses battements d’ailes frénétiques.

Et si leurs disputes sont difficiles à vivre pour le voisinage (exceptés les amateurs de catch féminin, évidemment), ce n’est pas vraiment mieux quand elles s’entraident, les tâches les plus simples aboutissant toujours aux conséquences les plus délirantes: la recherche de la maman d’un bébé trouvé sur un banc conduit à l’apparition d’un caniche colossal en pleine ville, une journée shopping se conclue par une course poursuite avec un exorciste, rechercher une boucle d’oreille perdue provoque l’ouverture en deux d’un océan et assurer la protection rapproché d’un prêtre aboutit à une invasion de zombies (parmi lesquels on reconnaît Sherlock Holmes) dansant Thriller dans les rues de Londres.

Et quant elles se livrent à leurs activités professionnelles, c’est encore pire, toutes deux rivalisant d’ingéniosité et d’offres promotionnelles pour convaincre les clients potentiels de leur céder leur âme pour le compte du Très Haut (qui a l’apparence d’un pigeon) dans le cas d’Eni ou pour confectionner des boissons énergisantes dans celui de Dewi. Tous les moyens sont bons pour elles quand il s’agit d’obtenir la signature d’un pacte!

Et c’est d’autant plus difficile qu’elles doivent parfois faire face à des obstacles imprévus, comme un chat belliqueux jouant les gardes du corps auprès de la future défunte ou une écolière japonaise en qui s’incarnent les divinités locales pour leur expliquer « gentiment » que, religion différente oblige, les âmes du Japon sont chasse gardée.

D’un point de vue narratif, Divines est très différent de L’Atelier des Sorciers dont l’intrigue est continue et feuilletonnesque et l’univers soigneusement réfléchi en amont pour être le plus cohérent possible. Ici, le format est celui d’histoires courtes en un ou deux chapitres et on sent que Kamome n’est pas complètement à l’aise avec ce format, d’où des intrigues particulièrement speedées et des ellipses donnant parfois l’impression d’avoir sauté des pages, comme lorsque Eni passe d’énorme à la taille mannequin en l’espace d’une page. Il faut alors un petit moment pour comprendre qu’elle a suivi un régime draconien entre deux cases, là où un montage la montrant en train de faire du sport ou un récitatif du style « Une semaine de diète infernale plus tard … » auraient été plus clairs.

Compréhensibles sur une première œuvre, ces légers soucis de rythme et de narration s’atténuent à mesure que la série progresse et le format « histoires courtes » n’empêche pas l’auteure de mettre progressivement en place un univers et des personnages récurrents comme Donovan, un inspecteur de police doublé d’un exorciste qui traque Dewi tout en étant sensible à son charme mais qui se montre aussi incompétent que pas du tout discret dans ses activités de chasseur de démon, au grand désespoir de Connors, sa collègue policière matérialiste qui ne croit pas en leur existence …

Son supérieur Mark Burrough, un prêtre amoureux d’une criminelle condamnée à la damnation au point d’envisager de vendre son âme à Dewi pour pouvoir la rejoindre …

Ou Maria, une enfant avec qui Eni monte un commerce de plumes d’ange porte-bonheurs avant de se diversifier en ajoutant les flèches de Cupidon à leur boutique …

Sans oublier, évidemment, le personnel de l’Au-Delà qui a bien du mal à gérer les conséquences des initiatives de nos deux héroïnes!

Graphiquement, c’est superbe. Kamome Shirahama est diplômée des beaux arts de Tokyo et ça se voit. Particulièrement avec les illustrations en pleine ou double page sur lesquelles elle se lâche complètement et se fait un plaisir communicatif.

Et bien sûr, ses deux héroïnes sont adorables, belles comme des gravures de mode tout en ayant des traits et des tenues en accord avec leurs personnalités: visage rond respirant la bienveillance aux courts cheveux blonds et tenues élégantes et pudiques aux tons lumineux pour l’angélique Eni …

Tandis que la diabolique Dewi arbore un visage longiligne et anguleux aux longs cheveux noirs et affectionne les tenues sombres révélatrices et/ou moulantes avec un goût prononcé pour le cuir.

Succession de récits hilarants menés sans temps morts (parfois un peu trop, d’ailleurs) et rehaussés de superbes dessins, Divines est une série à damner un saint! On regrette donc qu’il n’y a que trois volumes, mais comme ça nous a permis d’avoir ensuite l’excellent Atelier des Sorciers; c’est un mal pour un bien.

Verdict?

Illustrations extraites de : Divines.

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