Comics

New Mutants : la saga d’Asgard – vacances chez les dieux

Par Claremont, Arthur Adams (1985)

Fiche Technique

Titre : New Mutants : La Saga d'Asgard (Asgardian Wars)

Scénariste : Chris Claremont

Dessinateur : Arthur Adams

Encreur : Terry Austin

Éditeur : Marvel Comics

Année : 1985

Format : 2 numéros (New Mutants Special Edition #1 + X-Men Annual #9)

Genre : Super-héros, Fantasy épique

Rééditions : Intégrale New Mutants, éditions spéciales

Vacances chez les dieux : les New Mutants à Asgard

Après la période Demon Bear de Bill Sienkiewicz, qui avait complètement redéfini le ton graphique des New Mutants en expressionnisme cauchemardesque, Marvel fait un virage à 180°. Claremont reprend les gamins et les envoie en vacances à Asgard. Vacances, enfin, façon de parler : ils se font kidnapper par une guerre entre dieux, et Arthur Adams débarque au dessin avec un style détaillé qui est exactement l’opposé de ce que faisait Sienkiewicz. Le contraste est brutal et, pour moi, c’est ce qui rend cette saga aussi mémorable.

L'intrigue démarre simplement : les New Mutants (Cannonball, Dani Moonstar, Wolfsbane, Magik, Warlock, Sunspot, Magma, Cypher) sont téléportés accidentellement à Asgard. Sur place, ils découvrent que le royaume divin est en pleine guerre civile : des forces obscures menacent Odin et les siens. Contre leur gré, les jeunes héros se retrouvent enrôlés dans une guerre divine qui les dépasse.

Un récit complet en deux numéros

Cette saga en deux parties offre une histoire complète avec un début, un développement et une fin. Les personnages évoluent, des alliances se forment, et le final est épique à souhait. Claremont, en pleine maîtrise de son art narratif, jongle avec un casting étendu (8 New Mutants + les dieux asgardiens) sans perdre le lecteur.

Le premier numéro (New Mutants Special Edition #1) plante le décor : arrivée à Asgard, découverte de ce monde magique, rencontres avec les dieux (notamment les Valkyries), et enrôlement forcé dans la bataille. Le rythme est soutenu, mêlant découverte émerveillée et action pure. Les jeunes mutants doivent rapidement apprendre à survivre dans un monde où leurs pouvoirs ne font pas le poids face aux forces divines.

Le second numéro (X-Men Annual #9) monte d'un cran : les X-Men (Storm, Rogue, etc.) débarquent à leur tour à Asgard pour secourir leurs jeunes protégés. La bataille finale oppose héros terrestres et dieux alliés contre les forces de Loki et du Feu. Claremont orchestre cette bataille massive avec brio, donnant à chaque personnage son moment de gloire.

Ce qui élève cette saga au-dessus du simple divertissement, c'est le traitement des personnages. Dani Moonstar, notamment, développe un lien fort avec les Valkyries d'Asgard, préfigurant son futur rôle dans la mythologie Marvel. Wolfsbane découvre sa férocité animale dans le contexte de la guerre. Magik, déjà liée aux dimensions démoniaques, trouve en Asgard un écho à son propre passé tragique.

Arthur Adams au sommet de son art

Le dessin d'Arthur Adams, encré par Terry Austin, est absolument somptueux. Chaque case regorge de détails, les costumes asgardiens sont magnifiques, et l'action est parfaitement lisible malgré la densité graphique. Adams, jeune prodige à l'époque, livre ici un travail de titan : les planches sont remplies de personnages, de décors grandioses, d'armées en marche.

Le contraste avec le style expressionniste de Sienkiewicz (période précédente) est saisissant. Là où Sienkiewicz déformait, Adams détaille. Là où Sienkiewicz privilégiait l'émotion sur la clarté, Adams offre une lisibilité cristalline. Ce changement de style reflète aussi le changement de ton : on passe de l'horreur psychologique à la fantasy épique.

Les décors asgardiens sont magnifiques : palais dorés, forêts magiques, champs de bataille titanesques. Adams s'inspire de la mythologie nordique tout en conservant le côté pulp fantasy de l'Asgard Marvel version Jack Kirby. Les costumes des dieux sont somptueux, mélange d'armures médiévales et de design super-héroïque.

L'encrage de Terry Austin apporte une finesse supplémentaire. Austin, collaborateur historique de John Byrne, sait sublimer le trait d'Adams sans l'étouffer. Les hachures créent du volume, les noirs profonds donnent de la puissance aux scènes dramatiques.

Ce qui marche

  • Arthur Adams encre chaque planche comme s’il dessinait pour les Héritiers d’Asgard, avec un niveau de détail qui écrase 90 % des comics de l’époque
  • Claremont fait monter Dani Moonstar vers son statut de Valkyrie, préfigurant ses arcs futurs
  • Une histoire complète en 2 numéros, avec début, développement, fin : zéro cliffhanger frustrant
  • Accessible sans avoir lu les runs Thor précédents

Ce qui coince

  • Le ton léger tranche brutalement avec la période Sienkiewicz, les fans d’horreur psychologique risquent de décrocher
  • Huit New Mutants plus les X-Men plus les Asgardiens : un casting trop chargé où certains persos restent décoratifs
  • La résolution finale va un peu vite par rapport aux enjeux posés
  • Claremont verbeux comme toujours, à doser selon sa tolérance aux légendes de cases

Verdict

Un classique des années 80 à lire d’abord pour le travail d’Arthur Adams, qui justifie l’achat à lui seul. Claremont signe une bonne histoire de fantasy épique, mais c’est la virtuosité graphique qui fait la différence. À ranger entre la période Sienkiewicz et les années Liefeld pour qui veut suivre l’évolution de la série.

Envie d'en découvrir plus ?

Explorez nos guides complets pour chaque univers BD, manga et comics.