New Mutants (The) (1982) – 02 – La période Sienkiewicz – Leialoha

Année(s) : 1984-1985

Auteur(s): Chris Claremont (scénario), Bill Sienkiewicz, Steve Leialoha & Bob McLeod (dessins), Bob McLeod & Tom Palmer (encrage).

Catégorie : Comics – Super-héros.

Genre : X-pressionnisme.

Format : Episodes 18-34 de la série + Annual 1.

Disponibilité : L’intégrale de cette période est disponible en VF sur Amazon et en VO  dans le futur volume 2 de New Mutants Epic Collection (l’Annual est cependant absent de la VF et les trois épisodes de Leialoha sont prévus pour le volume 3 de New Mutants Epic Collection dont la date de sortie n’est pas encore connue).

Note : Les extraits proviennent de la VO et ont été traduits par mes soins.

« Ne les appelez plus les X-Babies! » C’est par cette phrase que Marvel avait annoncé l’arrivée du dessinateur Bill Sienkiewicz sur New Mutants. Et il ne croyait pas si bien dire tant ce graphiste au style totalement atypique allait marquer le titre de sa patte, au point que plus de trente ans après, son passage est toujours considéré comme la période de référence de la série, comme l’est celui de John Byrne pour leurs aînés les X-Men. Il faut dire que sous ses pinceaux, les jeunes mutants allaient subir un relooking radical!

Pourtant, quand il avait débuté sur Moon Knight, Bill semblait se fondre dans le moule réaliste initié par Neal Adams dans les années 60. Les styles des deux dessinateurs étaient même tellement semblables qu’un lecteur non-averti aurait eu du mal à les différencier. Ils étaient d’ailleurs les premiers à s’en amuser.

Mais rapidement, son style allait évoluer vers quelque chose de beaucoup plus difficile à définir, où un réalisme quasi-photographique côtoyait une stylisation extrême proche de l’abstraction et des déformations et postures improbables typiques de l’expressionnisme. Et même sans regarder l’intérieur, ses somptueuses couvertures peintes suffisaient à démarquer les New Mutants de leurs voisins des rayonnages des boutiques de comics.

Fidèle à son habitude d’adapter ses récits au style du dessinateur, le scénariste Chris Claremont tire avantage de la spécificité de Sienkiewicz en lui écrivant des scenarii sur mesure transportant ses héros dans des dimensions surréalistes, quand ce n’est pas l’intérieur de l’esprit tourmenté du fils de leur mentor, et les confrontant à des créatures aussi insolites qu’inquiétantes.

L’une d’elle deviendra d’ailleurs un membre de l’équipe: Warlock, un extra-terrestre polymorphe d’aspect robotique réfugié sur terre pour échapper à son père Magus, les lois de son monde obligeant parents et enfants à s’affronter jusqu’à la mort. À la différence de ses cruels et impitoyables congénères, Warlock est capable de sentiments, ce qui fait donc techniquement de lui un mutant. Non seulement ce personnage n’a jamais la même apparence deux cases de suite, mais la façon de le représenter varie grandement d’un dessinateur à l’autre.

Une autre nouvelle recrue est Douglas Ramsey alias Cypher, qu’on avait déjà croisé durant la première partie. Quant à son pouvoir de mutant …

Ce pouvoir est cependant bien utile pour communiquer avec Warlock après son arrivée sur Terre et tous deux deviennent inséparables, constituant un duo aussi savoureux qu’efficace entre un adolescent surdoué friand d’aventure mais chétif et un extraterrestre polyvalent mais naïf.

Côté antagonistes, ça suit avec des adversaires enfin dignes de ce nom, à commencer par une menace qu’on nous teasait depuis le début de la série: le Demon Bear, un ours monstrueux responsable de la mort des parents de Mirage (en réalité, ils avaient été transformé en le Demon Bear lui-même et retrouveront leur vraie forme quand il sera vaincu).

Vient ensuite David Haller alias Legion (oui, le même que celui de la série télévisée), le fils de Charles Xavier et de l’ambassadrice israélienne Gabrielle Haller vivant complètement replié sur lui-même depuis qu’il a échappé à un attentat terroriste à l’âge de 10 ans. Projetés dans son esprit, ses parents et les New Mutants découvriront que celui-ci abrite plusieurs personnalités dont l’esprit d’un des auteurs de l’attentat, le jeune Jemail Karami. Prenant un malin plaisir à tromper les attentes de ses lecteurs, Claremont révélera par la suite que Jemail s’est amendé et protège en réalité David contre Jack Wayne, le « sympathique allié » de nos héros qui est en fait un fieffé salopard les manipulant pour éliminer les autres personnalités de Legion et être ainsi le seul maître à bord. Les New Mutants arriveront à faire échouer ses projets, permettant à David de sortir de son isolement mais en conservant quand même trois de ses personnalités supplémentaires contrôlant chacune un pouvoir différent: la télépathie pour Jemail, la télékinésie pour Jack et la pyrokinésie pour la punkette nihiliste Cyndi.

La dernière adversaire de cette période est une mystérieuse marraine du crime obèse et télépathe qui enlève les New Mutants pour les obliger à participer à des combats de gladiateurs et en qui nos jeunes héros auront la surprise de leur vie en reconnaissant leur amie Karma qu’ils croyaient morte.

Sienkiewicz quitte ensuite la série, laissant le soin de dessiner les trois épisodes concluant l’histoire à Steve Leialoha, avec qui Claremont avait déjà collaboré sur Spider-Woman. On découvre ainsi que Karma est en réalité contrôlée par l’esprit d’Amahl Farouk, un criminel télépathe qui n’était jusqu’à présent apparu que dans un flashback d’X-Men 117 paru 6 ans plus tôt et que tout le monde croyait mort à l’issue d’un duel psychique contre Xavier. Dans une saga plus tardive, Claremont expliquera qu’il est en réalité le Shadow King, une entité maléfique exacerbant les mauvais penchants des humains, et que Farouk, tout comme Karma, n’était qu’un réceptacle parmi beaucoup d’autres.

On notera d’ailleurs au passage que Magik doit être la meilleure détective du monde, vu la facilité et la rapidité avec lesquelles elle déduit que Karma est possédée par Farouk.

(Magik qui obtient d’ailleurs son look définitif durant le passage de Sienkiewicz, les dessinateurs précédents ayant eu du mal à se décider sur sa coiffure.)

Toujours est-il que les New Mutants, aidés de la X-Woman Storm, parviendront à libérer Karma de l’influence de Farouk et tout ce beau monde partira prendre des vacances bien méritées sur l’île de Kirinos. Des vacances qui ne seront pas de tout repos, mais ceci est une autre histoire.

Si durant cette période, les dessins de la série régulière sont assurés par Sienkiewicz puis Leialoha, le premier Annual voit le retour du dessinateur originel Bob Mc Leod, associé à Tom Palmer pour l’encrage, et introduit le personnage de Lila Cheney, rockstar 80’s à donf, voleuse occasionnelle au passé mystérieux (Elle dit avoir été autrefois vendue par la Terre et a tenté de se venger en vendant notre planète à des extraterrestres), mutante capable de se téléporter dans une sphère de Dyson située dans une autre galaxie et love interest de Cannonball.

Lila permettra à Claremont de créer le personnage de son colossal garde du corps Guido qui rejoindra par la suite la deuxième mouture de X-Factor et de réintroduire celui de Dazzler, chanteuse reconvertie en musicienne dont il préparait ainsi la future intégration dans les X-Men.

Les lecteurs français découvrirent les épisodes de Sienkiewicz à partir de Titans 76 de mai 85 et à l’époque, son graphisme scinda le lectorat en deux, les uns trouvant son style génial et novateur, les autres laid et illisible (Moi-même, à l’époque, je ne comprenais pas ce qu’on pouvait aimer dans ce qui me semblait être des gribouillis bâclés et ce n’est que bien des années plus tard que j’appris à examiner plus attentivement son travail et à réellement l’apprécier). Considération artistique mise à part, la VF allait pâtir de deux problèmes majeurs de l’époque. Le premier venait d’interactions de plus en plus fréquentes avec la série-mère X-Men et avec le premier grand crossover de Marvel Secret Wars, rendues incompréhensibles par le décalage de plusieurs mois, voire plusieurs années, entre les différentes séries publiées en France (Ironiquement, les lecteurs VO actuels qui découvrent la série à travers ses rééditions sont confrontés au même problème). On voit ainsi l’action s’interrompre régulièrement pour montrer Magneto et sa compagne de l’époque explorer une cité lovecraftienne, une mystérieuse rouquine (en fait la voyageuse temporelle Rachel Summers) sonner aux portes de l’école pour s’enfuir déboussolée après avoir aperçu Magik (Et histoire d’embrouiller encore plus le lecteur, elle a le même look que Wolfsbane) ou un épisode s’ouvrir sur nos héros dans les Limbes alors que le précédent se terminait sur Magneto sollicitant leur aide (Ceux qui voulaient savoir ce qui s’était passé entretemps n’avaient qu’à acheter le premier numéro de Secret Wars II). Avouez qu’il y avait de quoi être parfois déboussolé!

Mais le plus grave problème venait de la censure. L’éditeur de l’époque, Lug, avait en effet eu des soucis avec elle quand il avait commencé à publier les comics Marvel et depuis, il retouchait systématiquement les planches pour rendre les monstres moins effrayants (certaines planches des Eternals de Kirby en devenaient méconnaissables), effacer les armes, atténuer les impacts des coups et supprimer les onomatopées, donnant ainsi l’impression qu’aucun des coups échangés entre super-héros et super-vilains n’atteignait sa cible. En exagérant à peine, les scènes de combats de Marvel en VF à l’époque, ça ressemblait à ça:

Et les planches de Sienkiewicz, avec son style si particulier, allaient être particulièrement malmenées: on limait les griffes et les crocs du Demon Bear par ci, on effaçait les tentacules de Warlock par là et surtout, on n’hésitait pas à supprimer des pages, voire des épisodes entiers. Ainsi, tout l’arc du Demon Bear sera honteusement tronqué pour que cet adversaire redoutable qu’on nous teasait depuis le début de la série se fasse one-shoter par Mirage dès son arrivée. Et tant pis si les lecteurs n’avaient aucune idée de pourquoi elle était gravement blessée à l’issue du combat et en fauteuil roulant dans l’épisode suivant, ni d’où sortaient les personnages de Tom Corsi et Sharon Friedlander (Seuls les lecteurs de la VO savaient qu’il s’agissait d’un policier et d’une infirmière transformés en indiens avec une superforce par le Demon Bear parce que ta gueule, c’est magique).

Et surtout, tout l’arc qui opposait les New Mutants à Karma contrôlée par Farouk passa à la trappe, les lecteurs devant se contenter d’un bref résumé quand la série reprit à partir de Titans 96. Du coup, quand en 1995, Semic, le successeur de Lug, annonça qu’il allait rééditer la série à partir de Titans 201, les lecteurs se sentirent gonflés d’espoir à l’idée d’enfin pouvoir savourer ce run dans son intégralité … pour se prendre une douche froide quand l’éditeur annonça que cette édition serait identique à la précédente, avec les mêmes censures et coupes. Inutile de préciser que la colère des fans fut telle que la réédition s’arrêta après seulement 5 numéros. Il faudra finalement attendre 2018 pour que Panini édite enfin l’intégralité de ce run (plus les quatre épisodes suivants dont Sienkiewicz assurait l’encrage) dans un luxueux album après une première tentative de publication en kiosque qui avait fait long feu. N’empêche, 32 ans avant d’avoir enfin la fin de cette période en VF, mieux valait ne pas être pressé … ou se mettre à la VO.

Avec son style aussi atypique que son patronyme et son goût pour l’expérimentation (la dessinatrice Amanda Conner jure l’avoir vu utiliser une barre chocolatée pour un de ses dessins), Sienkiewicz aura marqué durablement la série de sa patte graphique tandis que Claremont se mettait au diapason avec des récits d’où se détachaient deux motifs récurrents assez novateurs à l’époque mais qui deviendront par la suite systématiques dans ses scenarii au point de les faire sombrer dans l’autocaricature: les scènes surréalistes dans des dimensions psychiques (le monde du Demon Bear, l’esprit de Legion, le plan astral où s’affrontent Karma et Farouk) et la corruption des héros par une entité maléfique (le Demon Bear, Farouk, mais aussi les pouvoirs de Cloak et Dagger dont héritent temporairement Sunspot et Wolfsbane). Il est certain que l’ambiance et le graphisme de cette période ne plairont pas à tout le monde mais, comme le disait Sienkiewicz lui-même en interview, il vaut mieux être autant adoré que détesté par les lecteurs que leur être indifférent.

Verdict?

Illustrations extraites de : Melodia, The New Mutants, Rolqwir.

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