Q Mysteries

Titre original : 万能 鑑定士 Q の 事件簿 (Bannô kanteishi Q no jikenbo) = Les dossiers de l’experte polyvalente Q

Année(s) : 2013-2017 (2015-2018 pour l’édition française)

Auteur(s) : Keisuke Matsuoka (Scénario), Chizu Kamikou (Dessins), Hiro Kiyohara (Conception graphique des personnages).

Catégorie : Manga – Policier.

Genre : cQfd

Format : 10 volumes regroupant les 48 épisodes (« dossiers ») de la série.

Disponibilité : La série est disponible sur Amazon.

Note : Comme il s’agit d’un manga, les dialogues des extraits sont à lire de droite à gauche.

L’Angleterre a Sherlock Holmes, le Japon a Riko Rinda, une « experte polyvalente » dont les connaissances encyclopédiques et les capacités d’observation et de déduction rivalisent avec celles du détective de Baker Street et qui met souvent ses talents au service de la police pour résoudre des affaires criminelles. Que de chemin parcouru depuis l’époque où elle était la dernière de sa classe et croyait que Kilimandjaro était un artiste de la Renaissance.

En effet, il y a 5 ans, Riko était une élève écervelée d’Hateruma-jima, une petite île d’Okinawa dont les quelques 500 habitants sont régulièrement confrontés à des pénuries d’eau à cause de son sol calcaire. À force d’entendre les autochtones dire qu’il suffirait « qu’un jeune aille à la ville pour tenter d’arranger leur situation », Riko décide en toute naïveté d’être ce jeune et part s’installer à la capitale malgré son absence d’expérience et de qualifications qui font craindre à son professeur que les seuls métiers qu’elle pourrait y exercer au vu de ses capacités cérébrales seraient ceux du « commerce de l’eau », terme politiquement correct pour désigner les hôtesses de bar et les prostituées.

Évidemment, une fois arrivée à Tokyo, Riko est rapidement confrontée à la dure réalité du chômage et des difficultés financières et c’est finalement grâce à une heureux concours de circonstances qu’elle finit par obtenir du travail à Cheap Goods, une boutique d’occasion dirigée par Riku Setouchi qui se rend rapidement compte qu’en réalité, Riko est une surdouée qui n’a jamais trouvé de méthode d’apprentissage adaptée.

Grâce aux conseils de son employeur et à sa propre curiosité naturelle, Riko parvient enfin à développer ses aptitudes à la mémorisation et à la réflexion et à se constituer une culture encyclopédique. Malheureusement, la nature altruiste de Setouchi est difficilement compatible avec le monde des affaires et à force d’être plus motivé par l’aide financière qu’il apporte à ses clients en leur rachetant leurs vieux objets au meilleur prix que par les bénéfices qu’il peut faire en les revendant, il finit par s’endetter au point de ne plus être en mesure de continuer d’employer Riko. Néanmoins, avant de se séparer d’elle, il lui conseille d’utiliser les compétences qu’elle a acquise en s’établissant comme « experte polyvalente » et lui offre même une plaque: « Expertises en tous genres Q ».

Bien que sa modestie naturelle et son relatif manque de confiance en elle lui fasse trouver excessive l’appellation d’experte polyvalente, son agence connaît un succès tout aussi modeste mais lui permet de se constituer une clientèle fidèle, ainsi que de faire la connaissance de Yûto Ogasawara, un journaliste naïf et gaffeur de Kadokawa Hebdo qui sollicite son aide pour un article concernant de mystérieux autocollants représentant des sumotoris qui envahissent depuis peu les murs de la ville.

Immédiatement séduit par la beauté, la candeur et l’intelligence de Riko, Yûto va l’accompagner alors qu’elle résout une série d’affaires dont la plus importante est une crise économique nationale provoquée par une mystérieuse organisation qui se vante d’avoir inondé le marché de faux billets de 10 000 ¥ impossibles à distinguer des vrais et qui prouve ses dires en transmettant à la police deux billets identiques jusqu’au numéro de série.

Non seulement cette affaire trouvera une explication aussi simple que plausible mais elle est parfaitement liée à toutes celles auxquelles Riko et Yûto ont été confrontés durant le premier arc de la série: les fameux autocollants, une loterie immobilière truquée, un cours de cuisine servant de diversion pour un cambriolage, un faux billet de tombola gagnant… et même le flashback racontant le passé de Riko! Le scénario maîtrise en effet à la perfection le principe du fusil de Tchekhov, c’est à dire le fait d’introduire à l’avance un détail ou un événement à priori anodin ou sans rapport avec l’intrigue principale mais qui se révèle plus tard être d’une importance capitale.

Au cours des 10 tomes qui composent ce manga adapté de ses propres romans par Keisuke Matsuoka et dessiné par Chizu Kamikô à partir des designs originaux de Hiro Kiyohara, l’illustrateur des romans d’origine, le journaliste benêt et l’experte polyvalente vont vivre quatre autres aventures. La première confronte Riko à celle qu’on peut considérer comme son double négatif: la faussaire polyvalente Karen Amamori. Cette experte en contrefaçons en tous genres ayant l’habitude de faire vérifier la perfection de ses créations par des experts avant de les mettre sur le marché, la police s’arrange pour qu’elle prenne contact avec Riko dans l’espoir de découvrir son prochain projet afin d’enfin pouvoir l’appréhender. Une mission d’autant plus difficile que même après sa rencontre avec Karen, Riko n’a pas la moindre idée de ce que celle-ci lui a fait expertiser.

(Au passage, comme Karen est une surdouée coiffée à la garçonne secondée par une assistante longiligne et une autre rondelette, on a parfois l’impression de voir des versions adultes ayant mal tourné de Françoise, Ficelle et Boulotte de la série Fantômette.)

Dans sa troisième aventure (qui a eu droit à une adaptation en film), Riko se voit confier une tâche prestigieuse: assurer en tant que conservatrice la sécurité de La Joconde durant son exposition au Japon. Malheureusement, elle est obligée de démissionner en constatant que la contemplation du tableau semble affecter ses capacités d’observation au point qu’elle a désormais du mal à reconnaître son propre chat. Véritable effet néfaste du tableau le plus célèbre du monde ou machination pour l’écarter afin de le voler plus facilement?

La quatrième histoire la confronte à Shun Minase, un ancien employé de Cheap Goods devenu un prêtre bouddhiste (bizarrement appelé « abbé » dans la VF) célèbre pour ses prédictions aussi infaillibles que truquées et qui recherche la cachette d’une précieuse tablette de divination disparue depuis des siècles dont la possession garantirait le prestige de son temple.

Enfin, dans sa cinquième aventure, après avoir prouvé l’innocence d’un écrivain accusé de plagiat, Riko devient secrétaire de rédaction pour le magazine de mode Isabelle à la demande du fisc japonais qui soupçonne la rédactrice en chef de fraude fiscale et compte sur l’experte polyvalente pour la démasquer. Ce nouveau poste amènera Riko à devoir élucider le vol d’un précieux diamant dans les locaux du journal avant de déjouer une vente de faux lingots d’or.

Pour Riko comme pour ses lecteurs, la résolution des affaires auxquelles elle est confrontée fait autant appel à l’observation et à la déduction qu’aux connaissances et ses récits sont donc riches d’explications scientifiques détaillées mais jamais ennuyeuses car aussi justifiées que parfaitement intégrées à l’histoire.

On sent que le scénariste se documente soigneusement avant d’écrire ses récits… ce qui rend d’autant plus étonnant qu’il ait laissé passer une impossibilité aussi énorme que des herbes folles dans un souterrain où il n’y a aucune lumière pour permettre la photosynthèse!

On appréciera également la maestria avec laquelle il glisse de manière quasi-anecdotique des éléments importants pour la résolution de ses intrigues policières où le coupable est rarement quelqu’un de foncièrement mauvais. Ainsi, le cerveau derrière l’affaire des faux billets est un idéaliste que son altruisme a conduit à la ruine et à recourir à des moyens malhonnêtes pour sauver ses finances; Karen Amamori a beau être au départ une faussaire calculatrice qui n’hésite pas à manipuler et trahir ses plus proches collaboratrices, sa rencontre avec Riko l’amène à reconsidérer sa vision du monde et à consacrer ses talents à des activités plus légales une fois purgée sa peine de prison, les deux adversaires se considérant même ensuite comme des amies; Shun Minase cache derrière une façade cynique et égoïste des motivations des plus louables puisque son véritable objectif est d’aider financièrement sa famille et celle de sa fiancée.

En plus de ses qualités d’écriture, cette série bénéficie d’un duo de héros particulièrement attachants et qui ont l’avantage de ne pas être figés dans leurs rôles. Yûto a beau être un faire valoir comique qui multiplie les gaffes, il est parfaitement capable de réussir des actions, de trouver par lui-même des indices importants ou de comprendre des éléments qui font avancer l’enquête. Inversement, derrière ses allures d’encyclopédie ambulante parfois à la limite de la Mary-Sue, il arrive fréquemment à Riko de faire rire à ses dépends à cause de sa naïveté et de ses réactions excessives.

De plus, elle est loin d’être infaillible: sa grande crédulité la rend facile à duper et à manipuler et son empressement à bien faire lui vaut parfois de commettre des gaffes, comme quand elle fait échouer un cambriolage qui est en réalité une opération de police particulièrement alambiquée (elle implique, entre autres, l’organisation d’une loterie truquée, la création d’une fausse compagnie d’import-export et la location de plusieurs locaux où se déroulent autant de démonstrations culinaires minutieusement minutées).

En fait, quand on y regarde bien, les deux personnages sont assez semblables: Yûto et Riko sont deux personnes parfaitement compétentes dans leurs domaines mais handicapées par leur naïveté et leur manque de confiance en elles et qui se complètent en se motivant mutuellement à progresser.

Rien d’étonnant, donc, à ce que Yûto soit amoureux de Riko mais leur relation risque de longtemps rester platonique, étant donné qu’il est trop timide pour se déclarer et que Riko est la seule personne de l’univers à ne pas avoir compris qu’il en pinçait pour elle.

Les auteurs narguent même les lecteurs avec le dernier tome du manga. Non seulement la couverture de l’édition VO (différente de la VF) montre Riko en robe de marié mais après un montage où on voit les nombreuses personnes qu’elle a aidées ou influé positivement au cours de la série, la scène finale la montre avec Yûto à l’église et en tenues de futurs mariés… pour nous révéler aussitôt qu’il s’agit juste d’une séance de photos pour Kadokawa Hebdo, séance qui tourne court quand l’œil d’aigle de Riko remarque que les alliances ont été remplacées par des copies, les faisant se lancer aussitôt à la poursuite des voleurs.

Pas besoin d’être un expert pour comprendre que Q Mysteries est une excellente série policière avec ses intrigues aussi passionnantes que bien écrites et soigneusement documentées (même si on a quand même quelques passages susceptibles de faire tiquer notre suspension d’incrédulité, comme Minase qui survit après avoir passé ce qu’on suppose être plusieurs heures à respirer du cyanure d’hydrogène dans un souterrain confiné) et son couple de héros attachants que leur efficacité et leur bonne volonté n’empêchent pas d’apporter une bonne dose d’humour par leur candeur et leurs réactions souvent excessives.

Verdict?

Illustrations extraites de : Q Mysteries.

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