Agar

Année(s) : 1972 (1974-1976 pour l’édition française)

Auteur(s) : Claude Moliterni (Scénario), Robert Gigi (Dessins)

Catégorie : Franco-Belge – Science-Fiction

Genre : Jeux de vilain

Format : Trois albums de 44 pages

Titres des albums: 1 – Les jouets maléfiques 2 – Les phantasmes de la nuit… 3 – Eclipso le magicien de la planète morte

Disponibilité : Bien qu’épuisés, les albums peuvent se trouver d’occasion sur Amazon

En 1969, le scénariste Claude Moliterni et le dessinateur Roberto Gigi, déjà associés sur la série d’espionnage Scarlett Dream, signent un récit de SF surréaliste nommé Orion, le Laveur de Planètes, dont le relatif succès incite leur éditeur à leur commander une série similaire mais avec de jeunes enfants comme héros. Cette série, ce sera Agar, publiée dès 1972 en Italie dans l’hebdomadaire Corriere dei Piccoli, puis en France dans l’éphémère magazine Lucky Luke avant d’être éditée en albums par Dargaud à partir de 1974. Au programme: magiciens, rêves et jouets meurtriers.

Tout commence le jour où Scorpia, paisible planète de la galaxie du Sud, reçoit la visite d’automates ressemblant à des lapins jaunes arrivés à bord de papillons mécaniques. Leur aspect inoffensif est hélas trompeur car ces robots appelés Zombs existent dans un seul but: exterminer toute forme de vie qu’ils rencontrent. Une sorte de fusion entre des Daleks et des Lapins Crétins, donc.

Face à ces machines aussi impitoyables qu’inarrêtables, le roi de Scorpia n’a d’autre choix que de détruire sa propre planète avec les envahisseurs, non sans avoir pris le temps d’envoyer son fils unique, Agar, vers une planète amie.

Malheureusement, le trajet ne se passe pas comme prévu et Agar échoue sur Kompar, une planète également ravagée par les Zombs où il fait la rencontre de Zarra, une jolie autochtone aussi insouciante et enthousiaste qu’Agar est pessimiste et grincheux et qui connaît le point faible des robots exterminateurs: l’odeur des fleurs affole leurs circuits et les fait exploser. Nos deux jeunes héros vont donc anéantir l’armée qui a envahi Kompar… à l’aide de grenades libérant des fleurs! Vous ai-je dit que cette BD datait du début des 70s et du Flower Power?

À bord d’un vaisseau subtilisé aux Zombs, Agar et Zarra partent ensuite à la recherche de leur créateur: Toïmaker, un vieillard dément désirant exterminer toute vie dans l’univers pour remplacer ses habitants par des jouets avec l’aide de son assistant, le nabot Kanak.

Une quête d’autant plus difficile pour nos deux héros que chaque planète conquise par Toïmaker est dirigée par un robot à son effigie tandis que le vrai reste bien en sécurité à l’intérieur du Rêve où on ne peut le rejoindre qu’en dormant.

La lutte opposant Agar et Zarra à Toïmaker les mènera successivement sur Zan, une planète plate transformée en gigantesque théâtre de marionnette par le conquérant…

Puis dans le Rêve où ils devront affronter diverses créatures fantasmagoriques…

Et enfin dans le passé où ils rencontrent Toïmaker à l’époque où il était un inoffensif vieillard gravement malade.

Tiens, d’ailleurs, maintenant que j’y pense, comment se fait-il que Toïmaker et Kanak ne se souviennent pas de cette « première » rencontre?

Mais alors qu’ils pensent avoir définitivement vaincu leur adversaire à l’issue des deux premiers tomes de la série, nos héros sont contactés par Eclipso, un illusioniste dont le charme ne laisse pas Zarra indifférente et qui leur révèle que, vaincu dans la Galaxie du Sud, Toïmaker a entrepris la conquête de celle du Nord.

Eclipso sollicite donc l’aide d’Agar et Zarra pour libérer sa galaxie et après s’être acquittés des formalités douanières…

Nos trois héros se retrouvent sur la planète Apovia où, pour n’avoir pas su répondre aux trois énigmes posées par le dieu Az, ils sont condamnés à aller chercher la pierre Galvana volée par Toïmaker et sans laquelle les habitants métalliques de la planète sont condamnés à une lente corrosion.

Agar et ses compagnons se lancent donc dans un nouveau périple au cours duquel ils affronteront trois épreuves correspondant aux réponses aux énigmes d’Az et recruteront deux compagnons de route: l’homme de métal Steel et l’homme de paille Straw (allergique aux humains qui le font éternuer). À ce stade, les auteurs n’essaient même pas de cacher l’inspiration du Magicien d’Oz.

Le troisième tome a beau se terminer sur une nouvelle fuite de Toïmaker après sa défaite, Agar ne connaîtra pas de quatrième aventure, la série n’ayant visiblement pas trouvé son public. Quand on la (re)lit aujourd’hui, cette série très marquée 70s a pris un certain coup de vieux et souffre même de certaines incohérences (Agar qui sort de nulle part que les Zombs ont conquis toute la Galaxie du Sud, ou sait d’un coup d’un seul piloter leurs appareils, le scientifique Toïmaker qui se révèle être également un sorcier illusionniste dans le tome 3…) mais son ambiance onirique continue de lui conférer un charme indéniable, magnifiée par les dessins de Gigi qui crée un univers visuel préfigurant celui d’Horologiom par Fabrice Lebeault, multipliant les architectures surréalistes (mention spéciale pour le labyrinthe ayant la forme du visage de Toïmaker), les créatures étranges et les costumes baroques. Agar et Zarra ressemblent ainsi à des pantins dans un spectacle de marionnettes. Une impression renforcée quand Toïmaker les paralyse pour les intégrer à son théâtre.

Au passage, puisqu’on parle de costume, il est heureux que le pantalon de Zarra possède des coutures apparentes car avec sa couleur chair et son absence de plis, on a parfois l’impression qu’elle se promène cul-nu, ce qui est assez dérangeant puisqu’elle et Agar sont censés être de jeunes ados, voire des pré-ados.

Malgré ses quelques incohérences et son aspect un peu daté, cette série mérite encore amplement d’être (re)découverte pour son ambiance baroque et onirique qui la rapproche parfois de Little Nemo et du Vagabond des Limbes, même si son absence de conclusion (les personnages sont cependant réapparus quelques années plus tard dans la série Captain Fulgur) signifie que Toïmaker aura définitivement échappé à son juste châtiment. Mais bon, il est probablement mort de vieillesse, depuis le temps.

Verdict?

Illustrations extraites de : Agar, Le Visiteur du Futur

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