Doorways

Année(s) : 2010

Auteur(s) : George R.R. Martin (scénario), Stefano Martino (Dessins), Charlie Kirchoff & Alfredo Rodriguez (Couleurs).

Catégorie : Comics – Science-fiction.

Genre : Dans quel monde on vit?

Format : TPB réunissant les 4 épisodes de la mini-série.

Disponibilité : Disponible en VO sur Amazon.

Note : Les extraits proviennent de la VO et ont été traduits par mes soins.

Vous l’avez peut-être remarqué, un type de BD qui revient souvent sur ce site, ce sont les séries arrêtées prématurément ou qui sont restées au stade de one shot alors qu’elles avaient largement le potentiel pour faire des séries régulières. Celle que nous allons étudier aujourd’hui ne fait pas exception, mais avant d’être une BD restée sans suite, Doorways a été une série télé restée sans suite.

Nous sommes en 1991, George R.R. Martin commence tout juste à travailler sur un petit projet de roman de fantasy et écrit surtout pour la télévision, scénarisant des épisodes de séries comme Twilight Zone ou Beauty and the Beast (une version moderne du célèbre conte avec – excusez du peu! – Linda Hamilton et Ron Perlman au casting) et pitchant des projets de nouvelles séries. C’est ainsi qu’il a l’intention de proposer à la chaîne ABC une série basée sur un de ses romans, The Skin Trade, mais au cas où son idée n’intéresserait pas les producteurs, il lui en faut une ou deux autres à leur proposer, de préférence résumables en trois phrases maximum (ce qu’on appelle des high concepts). C’est ainsi que son autre proposition prend la formulation suivante: « Il est un médecin urgentiste. Elle est une esclave sauvageonne fuyant ses maîtres extra-terrestres. Ils voyagent d’un monde parallèle à l’autre. »

C’est finalement ce plan B, Doors, qui séduit les exécutifs, lesquels demandent juste de changer le titre en Doorways pour éviter que les spectateurs pensent à un biopic sur le groupe de Jim Morrison. Martin écrit donc le scénario du pilote tandis qu’est rapidement constitué un casting incluant, entre autres, Kurtwood Smith (le méchant du premier Robocop), une Carrie-Anne Moss pas encore auréolée du succès de Matrix et la française Anne Le Guernec (Cocorico!) dans le rôle de l’esclave sauvageonne. Et c’est malheureusement un léger souci de casting qui va sceller le destin de la série: George Newbern, l’acteur choisi pour incarner le médecin urgentiste, étant pris par un autre tournage, celui du pilote est retardé de quelques mois et quand il est montré aux exécutifs, ceux-ci sont emballés mais leur grille de programmation est déjà pleine. Pas vraiment un souci: il suffit de décaler la série à l’année suivante et les décisionnaires sont tellement confiants dans ce pilote qu’ils demandent carrément à Martin et à son pool de scénaristes de commencer à rédiger les histoires des six épisodes suivants.

Et c’est là que la série se met à jouer de malchance: entre temps, trois des exécutifs d’ABC qui l’avaient validée quittent la chaîne pour des raisons diverses et sont remplacés par des personnes qui ne connaissent pas grand-chose du projet. Aussi, quand vient le moment de donner ou non le feu vert définitif à la série, ABC décide qu’ils n’ont la place que pour une seule série SF et préfèrent lancer Lois & Clark: The New Adventures of Superman à la place. Et deux ans plus tard, quand la Fox crée une série au concept similaire mais à la qualité très inférieure, Sliders (Au passage, certains critiques d’internet accuseront Doorways d’avoir pompé le concept de Sliders et la personnalité de l’esclave sauvageonne sur Leeloo du 5eme Elément sorti en 1997! Car la critique est aisée, l’art est difficile et vérifier les dates avant d’écrire des âneries est beaucoup trop fatiguant.), c’est le dernier clou dans le cercueil de cette série qui reste bloqué au stade de pilote prometteur qui tombera progressivement dans l’oubli.

Puisqu’on est dans le thème des mondes parallèles, on peut se demander à quoi pourrait bien ressembler un monde où ABC aurait préféré choisir Doorways. Certes, on aurait eu droit à cette série à la place du pas terrible Sliders mais Martin aurait-il eu le temps libre nécessaire pour poursuivre l’écriture de ce qui allait devenir Game of Thrones? Et si Lois & Clark n’avait jamais existé, DC n’aurait pas eu besoin de décaler le mariage de leurs versions comics pour qu’il ait lieu en même temps que dans la série, la saga de la mort de Superman n’aurait donc jamais existé, Doomsday non-plus et Batman V Superman aurait certainement eu un dernier acte très différent.

Mais nous sommes dans un monde où la série ne s’est pas faite et où, en 2010, presque 20 ans après l’avoir pitchée à ABC, Martin décide d’adapter le pilote en un comics en quatre parties avec en tête, l’idée de concrétiser ensuite en BD la série qu’il n’avait pas pu faire à l’écran.

Même scénariste oblige, l’histoire de la version BD est rigoureusement conforme à celle de la version télé: Cat, une fugitive d’un autre monde, est victime d’un accident en arrivant sur le notre et se retrouve aux mains d’agents fédéraux intrigués par la technologie futuriste dont elle dispose malgré son comportement de sauvage et son langage limité: un pistolet à projectiles explosifs et un bracelet qui lui permet de détecter les ouvertures entre Terres parallèles.

Quand, pour interroger leur prisonnière, ils font appel à Thomas Mason (ou Toe Mas, comme l’appelle Cat), le médecin qui l’avait soignée après son accident et donc la seule personne qu’elle tolère, elle l’entraîne dans sa fuite pour échapper aux fédéraux et surtout aux Darklords, les créatures qui ont réduit son peuple en esclavage sur sa Terre d’origine (quant à savoir s’il s’agit de conquérants extraterrestres ou d’envahisseurs venus d’une Terre parallèle où l’évolution s’est faite de manière différente…), et à leurs exécuteurs, les redoutables Manhounds dirigés par Thane, un antagoniste assez ambivalent: il traque Cat tout en étant amoureux d’elle, est loyal envers ses maîtres tout en s’interrogeant sur eux, et est un tueur impitoyable tout en respectant un code moral très strict pour choisir ses victimes.

Durant leur fuite, Thomas et Cat sont amenés à franchir une « porte » qui les conduit à une Terre parallèle où une bactérie artificielle créée pour résorber une marée noire a échappé au contrôle de ses créateurs et a dévoré tout le pétrole et le plastique, ramenant la civilisation à l’époque du Far West.

Et malheureusement pour Thomas, les portes ne fonctionnent que dans un seul sens et il n’a donc pas d’autre choix que de continuer à suivre Cat dans sa cavale d’un monde à l’autre, dans l’espoir de retrouver un jour le sien… Ce qui ne semble hélas pas près de se produire, étant donné que, comme le pilote d’origine, cette adaptation comics est restée sans suite.

La partie graphique est assurée par Stefano Martino qui, n’ayant jamais vu la version télévisée de l’histoire, laisse parler son imagination pour définir l’apparence de ses personnages, donnant ainsi au comics sa propre identité visuelle. En outre, l’absence de limite de budget lui permet de se lâcher complètement sur l’apparence des Darklords (qui restaient dans l’ombre dans le pilote)…

… et des Manhounds qui, au lieu d’avoir un aspect humain, sont désormais d’impressionnants monstres cybernétiques.

Il donne également à Cat un côté nettement plus fanservice que sa version live: totalement allergique aux tenues qui ne laissent pas son nombril à l’air, se faisant régulièrement déchiqueter ses vêtements, et ne voyant aucun problème à se changer sous les yeux de Thomas. Et dans une tentative aussi éhontée que transparente de booster les vues de mon site, je n’ai aucune hésitation à vous montrer la scène:

Malheureusement, il y a de nombreux passages qui ne sont pas très clairs si on n’a pas déjà vu la scène dans le pilote. Par exemple, avec une case où Thomas plaisante sur un agent fédéral qui s’est fait mordre le nez par Cat alors que le lecteur voit à peine qu’il a un pansement. Ou  la scène où Cat fait du stop: dans le pilote, elle arrête une voiture en la menaçant de son arme alors que dans le comics, elle se contente de se mettre au milieu de la route, rendant incompréhensible le fait que dans une scène suivante où ils doivent de nouveau faire du stop, Thomas lui demande de ne pas sortir son arme.

Malgré ces quelques légers reproches sur la partie graphique et la fin ouverte restée sans suite, Doorways est un excellent récit de SF au concept prometteur et aux personnages attachants et riches de potentiel et sa lecture est d’autant plus recommandée que le pilote original n’a, à ma connaissance, jamais été édité en vidéo. Il est d’ailleurs étonnant que personne ne l’ait encore sorti en DVD pour surfer sur le succès de Games of Thrones… dans notre monde, en tout cas.

Verdict?

Illustrations extraites de : Doorways.

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