Chêne du Rêveur (Le)

Année(s) : 1984

Auteur(s) : Jean-François Benoist & Ch. Maurouard (Scénario), Arno (Dessins), I. Beaumenay (Couleurs)

Catégorie : Franco-Belge – Science-Fiction

Genre : Rêves à la chêne

Format : One-shot de 44 pages

Disponibilité : Bien qu’épuisé, il peut se trouver d’occasion sur Amazon

Si Arno (1961-1996), talentueux dessinateur trop tôt disparu, est surtout retenu pour la saga de fantasy Alef-Thau, scénarisée par Alejandro Jodorowsky, le reste de sa production aura plutôt été placé sous le signe du réalisme se déroulant dans un univers quotidien. Il existe cependant un album méconnu datant des débuts de sa carrière et scénarisé par un certain Jean-François Benoist et le (la?) tout aussi certain(e?) Ch. Maurouard mélangeant quotidien et science-fiction: Le Chêne du Rêveur, paru en 1984 après avoir été prépublié dans la revue jeunesse Okapi. Prenez vos pelles et vos pioches et déterrons cette BD oubliée.

Pour le jeune collégien Martial Mausier, tout commence quand, lors d’une promenade en forêt avec son chien Salem, il découvre que l’orage de la veille a déraciné un chêne dont les pieds touchaient à l’empire des morts, révélant la partie supérieure de l’entrée d’un souterrain.

Il n’en faut pas plus pour enflammer son imagination et le convaincre qu’il a peut-être découvert l’accès à un trésor. Il entreprend donc de dégager l’entrée avec l’aide de deux camarades de classe, Joel et Marie-Isabelle (qui préfère qu’on l’appelle Mirabelle), et d’outils « empruntés » à un chantier.

Evidemment, la disparition des outils ne passe pas inaperçue et le garde champêtre Paulin se lance sur la piste des voleurs. Heureusement pour nos jeunes héros, il est particulièrement incompétent et uniquement là pour servir de comedy relief à l’histoire.

C’est donc sans réel obstacle que Martial et ses amis dégagent l’entrée du souterrain qui les conduit non-pas vers un trésor mais vers… une soucoupe volante dans laquelle dort Irm, un alien scandant des mantras bouddhistes (Si, si, j’ai vérifié), faisant ainsi basculer à mi-parcours le récit dans la SF.

Irm vient d’Avorn, une planète de télépathes où le rêve est une forme d’art. Malheureusement, son monde se retrouva plongé dans une dictature où les seuls rêves autorisés étaient ceux à la gloire de ses dirigeants.

Voulant sauver son peuple qui dépérissait, Irm partit à la recherche de rêves nouveaux qui le ressourceraient (devenant ainsi un ambassadeur Avorn) et arriva sur la Terre du Moyen-Age où il fut mis à mort par ses habitants, puis emmuré dans une crypte avec son vaisseau. Heureusement, Irm avait survécu à ses blessures et l’arrivée de Martial et ses amis lui permet d’accéder à leurs rêves pour retrouver ses forces.

Le problème, c’est que quand ils retournent en ville, les trois collégiens découvrent qu’ils ont été absents toute une journée à cause du sommeil dans lequel Irm les avait plongés et que tout le village est désormais à leur recherche, ainsi que de Guillaume, un enfant muet et handicapé mental de l’Institut Médico-Pédagogique qui a également disparu.

Mais ce n’est pas vraiment un problème puisque Irm utilise ses pouvoirs pour faire oublier cette affaire aux villageois avant de repartir sur Avorn avec sa provision de rêves destinés à ressourcer son peuple (Sachant que ledit peuple était déjà mourant quand il est parti il y a plusieurs siècles, j’ai des doutes sur sa survie).

Comme je l’ai dit en introduction, ce récit a d’abord été publié dans Okapi, un magazine destiné aux collégiens, et il faut bien avouer que quand on est dans la tranche d’âge visée (ce qui était mon cas quand j’ai découvert ce livre), on n’a aucun mal à entrer dans l’histoire et à s’identifier aux trois héros. Après tout, quel collégien n’a jamais rêvé de découvrir un trésor caché ou de rencontrer des êtres fantastiques? Et « rêvé » est effectivement le mot qui convient tant le rêve est au centre du récit. Et même avant l’apparition effective d’Irm, les héros ont déjà droit à des scènes de rêves et de rêveries.

Quand on le relit avec un regard d’adulte, en revanche, les défauts deviennent un peu plus évidents: l’ambiance « début des années 80 » lui donne parfois un aspect désuet, le message philosophique sur l’importance des rêves est ultra-naïf, le personnage de Guillaume n’apporte rien à l’histoire hormis un léger message moral sur le respect de la différence et un peu de mystère quand on le voit espionner les recherches des héros alors que le lecteur ignore encore son identité, et on ne comprend pas très bien qui est exactement Zou, la seule adulte (et encore, son âge n’est pas clair) en qui ils ont confiance, hormis qu’elle travaille au centre de loisirs du village.

Le duo de scénaristes a cependant parfaitement réussi à rendre leur trio de héros vivants et crédibles grâce aux nombreuses scènes montrant leur quotidien à l’école et avec leurs familles respectives. Il y a cependant une incohérence avec celle de Joel qu’on voit rentrer chez lui pour y être accueilli par un couple qu’on suppose être ses parents …

… pour se faire enguirlander dans une autre scène par son père avant de déplorer que sa mère ne soit plus là, et aucun des deux ne ressemble au couple de la scène précédente!

On a cependant souvent l’impression que cet album met en place des personnages et un environnement destinés à être développés dans d’autres épisodes et se contente donc de les survoler: comme je l’ai dit plus haut, il y a des personnages apparemment importants mais sur lesquels on ne sait pas grand-chose (Zou, Guillaume…) mais aussi une ébauche de triangle amoureux entre les trois héros qui n’est pas vraiment développée (Joel et Martial sont tous deux amoureux de Mirabelle qui est elle-même clairement amoureuse de quelqu’un mais on ignore de qui).

C’est comme si ce one-shot avait été pensé pour être le premier tome d’une série et avouez que si c’était le cas, il y avait le potentiel de faire une série hybride dont l’ambiance se serait aussi bien prêtée aux intrigues réalistes que fantastiques, permettant d’alterner entre récits du quotidien, policiers et surnaturels, comme un mix entre Tendre Banlieue de Tito (une autre série ado d’Okapi) et X-Files. Au lieu de ça, cette BD est un peu comme un rêve: restée sans suite et oubliée avec le temps.

Démarrant comme un récit du quotidien pour bifurquer à mi-parcours vers la SF et embelli par les dessins d’un Arno débutant mais déjà talentueux, Le Chêne du Rêveur a aujourd’hui pris un coup de vieux et peut paraître désuet et naïf à un lecteur adulte mais il reste agréable à lire pour son public cible de collégiens et pour les adultes qui n’ont pas oublié leur âme d’adolescent rêveur. Sur ce, j’ai terminé. Vous pouvez vous réveiller, maintenant.

Verdict?

Illustrations extraites de : Chêne du Rêveur (Le)

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