Rocket Girl – 02 – Only the good

Année(s) : 2015-2017

Auteur(s) : Brandon Montclare (scénario), Amy Reeder (Dessins).

Catégorie : Comics – Super-héros, Science-fiction.

Genre : Aucun changement dans l’absence de continuité.

Format : TPB réunissant les épisodes 6 à 10 de la série.

Disponibilité : Disponible en VO sur Amazon.

Mu par un mélange de curiosité morbide et d’envie de donner une seconde chance à ses auteurs, je me suis risqué à lire le second volume des aventures de Rocket Girl, cette policière ado qui a remonté le temps jusqu’en 1986 pour empêcher l’hégémonie de Quintum Mechanics, l’entreprise qui dirige le monde dans son 2013 alternatif d’origine. Alors, est-ce que la série s’est améliorée après un tome 1 calamiteux? Car mon Dieu, qu’il était calamiteux!

Et malpolie, avec ça! Bon, commençons par les points positifs, ou plutôt par LE point positif car il n’y en a qu’un seul: Amy Reeder a nettement progressé au niveau du découpage et de la mise en page. La lisibilité des scènes d’action s’en trouve améliorée et on a même droit de temps en temps à des compositions de toute beauté. D’ailleurs, tant qu’on est dans la partie graphique, une anecdote amusante: dans la version originale de l’épisode 7, réalisé à un moment où personne ne prenait sa candidature au sérieux, Rocket Girl sauvait la vie de Donald Trump en 1986.

C’est d’ailleurs une des rares références pertinentes de la série aux années 80, puisqu’il était une guest star incontournable dans les films et séries de l’époque. Mais comme depuis, il est devenu le président le plus controversé de l’histoire des Etats-Unis et que les auteurs ne se cachent pas de détester sa politique (Sans compter que la scène est devenue involontairement ironique maintenant que Donald surnomme un certain dictateur Nord Coréen « Rocket Man » alors que Rocket Girl est censée être une métisse américano-coréenne (Du moins, à en croire son prénom et les symboles sur son costume car ce n’est jamais explicité dans la série)), les pages où il apparaissait ont été retouchées dans l’édition reliée pour le remplacer par … MrT!

C’est vraiment dommage que Reeder gaspille son talent auprès d’un scénariste qui n’en a aucun car Brandon Montclare, lui, n’a pas fait le moindre progrès (voire même effort, à ce stade) et les défauts scénaristiques du tome 1 sont toujours présents et se sont même aggravés. Le plus gênant concerne évidemment les incohérences, que ce soit dans le déroulement des événements, le comportement des personnages ou la logique interne de la série. Et on commence très fort puisqu’il y en a dès le résumé du tome précédent où les policiers Tweed et Dunn sont décrits comme des flics ripoux. Je vous met au défi de trouver ne serait-ce qu’une case du tome 1 où l’un d’eux correspond à cette description. Une! Seule! Case! Mais bon, je suppose qu’il fallait justifier le fait qu’ils soient devenus méchants d’un coup d’un seul et n’hésitent plus à menacer ou tuer des civils ou des collègues.

Et dès qu’on commence la lecture, c’est un festival! C’est bien simple: le début de ce tome 2 n’arrive même pas à être raccord avec la conclusion du 1 où Sharma renvoyait Annie Mendez de Quintum Mechanics pour avoir détruit le Q-engine (ainsi que ses notes pour être certaine qu’on ne puisse jamais le reconstruire) tandis que DaYoung renonçait à être Rocket Girl en estimant qu’elle n’avait pas le droit de changer le cours de l’histoire. Et dans la suite, Sharma est supercopain avec Annie qui travaille toujours pour Quintum Mechanics, le Q-engine est presque entièrement reconstruit, les notes d’Annie sont de nouveau sur son ordi et DaYoung reprend ses activités de super-héroïne sans aucune explication ni justification. Oui, vous avez bien lu: le status quo mis en place à la fin du volume précédent est immédiatement abandonné sans même avoir été exploité.

Et les incohérences ne s’arrêtent pas là: DaYoung et Annie sont recherchées par la police mais continuent de mener leur vie comme si de rien n’était et habitent toujours au même endroit, Ciccone (un inspecteur de police au look tellement cliché que je ne sais même pas qui il me rappelle le plus: Harvey Bullock de Batman? Robby de Jessica Blandy? Eddie Valiant de Qui veut la peau de Roger Rabbit?) sait parfaitement à quoi Rocket Girl ressemble sans son casque mais ne remarque pas que la fille qu’il veut absolument coffrer est juste à côté de lui et ne fait aucun effort pour se cacher …

Et quand Montclare tente de justifier ses propres contradictions, il n’arrive qu’à générer encore plus d’incohérences. Ainsi, quand la version future de Dunn se rendait à notre époque à la fin du tome précédent, il était surpris de ne pas se rappeler de sa rencontre avec son double du passé. Réalisant brusquement qu’il a placé une modification temporelle dans une histoire censée reposer sur une boucle temporelle, Montclare tente de justifier ça en transformant la version jeune du personnage en légume après une bagarre contre DaYoung, suggérant que c’est à cause de ça qu’il a perdu une partie de ses souvenirs. Seulement voilà: comment pouvait-il ignorer qu’il était partiellement amnésique? Pourquoi son partenaire Tweed ne lui a jamais parlé de cette rencontre? Pourquoi la femme de ce dernier (à moins que ce ne soit la sienne, la scène où elle apparaît n’est pas très claire à ce sujet) qui les a vus ensemble ne lui en a jamais parlé? Et surtout, quand Quintum Mechanics les envoie en 1986 pour tuer DaYoung, comment Tweed peut-il ne pas faire le rapprochement avec les deux types du futur qui l’ont attaquée à cette époque et se dire « Oh merde! Mais je vais me faire tuer si j’y vais? »

Les dialogues n’ont ni queue ni tête au point que si ce tome 2 devait être publié par un éditeur français, je plains le pauvre traducteur confronté à la tâche quasi-impossible de rédiger une phrase cohérente à partir de ce genre de réplique (Je précise qu’elle a encore moins de sens dans son contexte):

Et les rares à avoir du sens sont complètement débiles. Par exemple: « Annie est genre 10 ans plus vieille que moi, elle est pratiquement assez vieille pour être ma maman … » VOUS EN CONNAISSEZ BEAUCOUP, VOUS, DES MÈRES QUI N’ONT QUE 10 ANS D’ÉCART AVEC LEURS FILLES? Ou encore quand un groupe de trois collègues de DaYoung qui la connaissent depuis des années croise une personne qui l’a fréquentée quelques semaines à tout casser et que l’un d’eux lui sort: « Vous avez connu DaYoung plus longtemps que n’importe lequel d’entre nous. »

Les personnages sont toujours aussi inexistants et c’est d’autant plus dommageable que le scénariste commence à en faire mourir certains mais que le lecteur n’en a rien à faire puisque ce sont de parfaits inconnus pour lui. On en est même au point où Ciccone est obligé de réciter son CV à DaYoung (et donc au lecteur) avant de mourir! Après tout, pourquoi prendre la peine de développer un personnage sur plusieurs épisodes quand il suffit de mettre une case où il explique qu’il est un policier intègre qui a toujours refusé de se laisser corrompre, qu’il a une femme et des enfants qu’il adore et d’ajouter un crucifix pour suggérer que c’est une personne religieuse?

Et vous voulez savoir le pire? C’est que le peu de développement auquel il avait eu droit … est complètement ignoré par cette scène! En effet, durant toute la série, Ciccone voulait arrêter DaYoung car il la prenait pour une délinquante ayant volé son jetpack à Quintum Mechanics (Ne me demandez pas pourquoi il pense que ledit jetpack a été fabriqué par une entreprise spécialisée dans la physique quantique) et les rares scènes où ils interagissaient étaient claires sur leur antipathie réciproque. Et dans la scène de sa mort, lui et DaYoung se comportent comme s’ils étaient des amis de longue date et surtout, il sait désormais qu’elle vient du futur (Je vous jure que j’ai hurlé « QUOI!? » à ce moment)! Je pose donc la question qui s’impose: Brandon Montclare souffrirait-il de troubles cognitifs qui lui font oublier son scénario à mesure qu’il l’écrit?

En revanche, il a dû réaliser que son héroïne était peu sympathique et tente de corriger le tir avec des scènes destinées à l’humaniser, mais avec la maladresse qui le caractérise. On commence avec DaYoung qui débarque devant une nana qu’on n’a jamais vue et qu’on ne reverra pas ensuite, la serre dans ses bras et repart comme elle est venue. Évidemment, un lecteur avec une culture générale suffisante aura remarqué que ladite nana parlait coréen et, DaYoung étant un prénom coréen, en aura déduit que c’était probablement sa mère; mais pour la majorité des lecteurs, on a juste une scène complètement random où DaYoung fait un câlin à une inconnue après l’avoir probablement stalkée.

On a aussi un flashback consacré à ses débuts dans la police, nous expliquant qu’elle était impulsive et tête brûlée avant qu’une première mission qui avait failli mal tourner ne la convainque de devenir une policière zélée et respectueuse des règles. Sauf que, le lecteur n’ayant jamais connu DaYoung autrement que comme une tête brûlée impulsive ne respectant pas les règles, c’était nous montrer le changement inverse qui aurait eu du sens! Le seul vrai intérêt de ce flashback est d’introduire le personnage de son ancienne partenaire, Natasha Tallchief. Certes, elle ne sert strictement à rien dans l’histoire, mais comme elle est 100 fois plus sympathique, charismatique, badass et attachante que cette conne de DaYoung, on se demande vraiment pourquoi ce n’est pas elle qu’on suit à la place.

À la rigueur, le capital sympathie de DaYoung aurait pu être sauvé par les quelques scènes où elle sauve des innocents mais les compteurs retombent à zéro dès qu’on la voit torturer un suspect en lui cassant les doigts un par un façon Rorschach … avant de lui casser les derniers une fois qu’il lui a dit ce qu’elle voulait savoir!

Quand je vous dit que cette série renoue avec le pire des comics des 90s! Et s’il vous en fallait une preuve supplémentaire, tenez, c’est cadeau:

DaYoung reste donc une insupportable tête à claque et par conséquent, quand elle se fait tuer à la fin, le lecteur n’est pas choqué ou triste pour elle mais ravi de la voir mourir dans d’atroces souffrances. (Oui, je spoile, mais c’est pour vous épargner la souffrance de lire ce truc!)

Quant au suspense sur l’identité des méchants (car Montclare s’est enfin décidé à nous les montrer en train de se comporter en méchants), en quoi le fait que les membres de Quintum Mechanics soient les mêmes en 2013 et en 1986 constitue-t-il une révélation? Ce n’est même pas un spoiler, à ce stade! N’aurait-il pas été plus surprenant que seul leur chef soit une personne déjà connue du lecteur, de préférence la moins soupçonnable?

Et surtout, alors que le but de ce tome 2 était d’expliquer comment le séjour de DaYoung en 1986 a abouti à l’hégémonie de Quintum Mechanics dans son 2013 alternatif d’origine, je ne vois vraiment pas en quoi sa mort a pu provoquer un retournement de cerveau aussi radical de la part de ses membres (encore une fois, le fait qu’on ne sache pratiquement rien de leur vraie personnalité n’aide pas). Au contraire, même: avant de mourir, DaYoung fait jurer à Annie de détruire ses travaux et de ne pas chercher à changer le monde et celle-ci rend hommage à son amie … en faisant exactement le contraire!

Et je dis « amie » mais ces deux personnages n’ont jamais eu la moindre alchimie et leurs seules interactions auront consisté à s’engueuler et/ou se taper dessus.

Et on ne peux même pas se consoler en se disant que ce sera peut-être expliqué dans la suite. Déjà, avec des ventes de plus en plus catastrophiques, la poursuite de la série est des plus incertaines mais étant donné la conclusion, la seule suite possible serait qu’un collègue de DaYoung remonte à son tour le temps pour changer les événements de la série en empêchant sa mort (Ou alors, que Natasha remonte le temps juste après et devienne la nouvelle Rocket Girl?). Et j’espère sincèrement que ça ne se fera pas. D’une part parce que, du début à la fin, DaYoung aura été un personnage tellement détestable que sa mort offre une conclusion satisfaisante à la série, et tant pis si les « méchants » de l’histoire s’en tirent à bon compte! (Et encore, DaYoung étant la véritable responsable de leurs actions, on peut considérer qu’il y a quand même eu une sorte de justice) Et d’autre part, les auteurs n’ayant pas été capables de gérer un seul voyage temporel de manière cohérente, on n’a aucune envie de savoir combien de fois ils vont devoir recommencer avant d’y arriver.

Quant à l’humour … Pour vous donner une idée, voici le meilleur gag du tome 2:

Ben quoi? J’ai dit que c’était le meilleur, pas qu’il était drôle. Le pire, c’est que les auteurs en sont tellement fiers qu’ils l’ont mis sur leur compte Twitter!

Ce deuxième tome confirme donc la nécessité d’émettre une ordonnance restrictive interdisant à Brandon Montclare de s’approcher d’un traitement de texte tant qu’il n’aura pas appris à écrire un scénario. Ceci-dit, je ne suis pas furieux comme je l’avais été à la lecture du tome 1 car cette fois, au moins, je savais à quoi m’attendre et la série en atteint un niveau nanardesque de « so bad, it’s good », une sorte d’équivalent comics du film The Room. Cependant, en tant que lecteur et en tant qu’auteur, je persiste à trouver insultant que certains affirment que cette série est un chef d’œuvre et que les aspirants scénaristes doivent la lire pour savoir comment raconter une histoire. Vous voulez savoir comment raconter une bonne histoire à base de voyage dans le temps? Regardez les quatre saisons du Visiteur du futur ou apprenez le Japonais pour visionner les différents films et séries de la franchise Wecker. Par contre, si vous voulez rire un bon coup en étudiant absolument toutes les erreurs à ne pas commettre dans un scénario, lisez Rocket Girl!

Verdict?

Illustrations extraites de : Rocket Girl.

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