Bazile Janvier – La boutique de l’angoisse

Année(s) : 1981

Auteur(s) : Gine.

Catégorie : Franco-Belge – Fantastique, Historique, Policier.

Genre : Faits divers et pas tendre automate.

Format : Mini-album de 30 pages.

Disponibilité : Publié en supplément de Spirou 2245 du 23/04/1981, cette histoire ne fut jamais rééditée et est aujourd’hui difficilement trouvable.

En 1959, Yvan Delporte eut l’idée d’inclure des mini-récits dans le journal de Spirou dont il était alors le rédacteur en chef. Le principe était simple: un supplément central qui, une fois enlevé, plié et découpé selon des instructions précises, devenait un album petit-format contenant une histoire complète de 36 à 48 pages. De 1959 à 1975, plus de 550 récits de ce type allaient se succéder, animés par des auteurs prestigieux ou appelés à le devenir et voyant même les débuts de personnages qui deviendront célèbres comme les Schtroumpfs (logique) ou Boule & Bill. Aussi cultes que difficilement trouvables aujourd’hui (d’autant plus qu’ils n’étaient pas repris dans les recueils), les mini-récits reviendront en 1980 sous la forme des mini-albums qui ne connaîtront toutefois pas la même longévité avec seulement 34 numéros, le dernier paraissant en 1983. Aujourd’hui, nous allons étudier le 7eme de ces mini-albums, réalisé par Gine (Capitaine Sabre, Finkel, Neige) et constituant pour son éphémère héros une aventure aussi unique que singulière.

Nous sommes en 1853 alors qu’un mystérieux tueur en série multiplie les meurtres à l’arme blanche de jolies jeunes femmes, concluant ses crimes en répétant :

L’enquête piétine à mesure que la terreur s’installe dans la petite ville de province non-identifiée où sévit le meurtrier, obligeant Napoléon III en personne à confier l’enquête à Bazile Janvier. Qui est Bazile Janvier, me demandez-vous? Zut! Et moi qui espérais que vous pourriez éclairer ma lanterne. On ne sait en effet pas grand-chose du héros et narrateur de ce récit, vaguement présenté comme « un aventurier », si ce n’est qu’il doit jouir d’une certaine réputation pour que l’empereur lui-même fasse appel à ses services et que cela fasse la une des journaux.

Janvier se retrouve donc chargé de l’enquête, assisté à l’occasion par un brigadier doté d’un accent à géométrie variable: s’exprimant parfaitement normalement dans certaines cases mais roulant les R comme Schwarzenegger des mécaniques dans d’autres.

Fils d’ébéniste, Janvier identifie rapidement l’arme du crime comme étant une gouge et, remarquant que les vêtements de toutes les victimes portent des tâches d’huile, fait la tournée des blanchisseuses locales dans l’espoir que lesdites tâches leur disent quelque chose, mais sans succès. Et puis un jour, alors qu’il se trouve au corps de garde pour une autre raison, il voit débarquer une blanchisseuse venue justement se plaindre pour une facture impayée concernant une robe tâchée d’huile.

Son témoignage conduit notre héros chez un certain Lariboule, un passionné de marionnettes et d’automates qui ressemble étrangement à Bastien Larkos.

À noter que, comme pour Bazile Janvier, on ne saura pas grand-chose sur la profession exacte de ce Lariboule. Est-ce un bricoleur en avance sur son temps (sa maison est dotée d’une porte automatique) qui fabrique des jouets par simple hobby ou bien son domicile est-il un magasin de jouets? Certes, notre brigadier à l’accent inconstant décrit sa demeure comme « la boutique du diable » mais sans qu’on comprenne bien d’où il sort cette comparaison qui ne semble là que pour apporter une justification bancale au titre.

Quoi qu’il en soit, on ne peut pas dire que les indices plaident en faveur de Lariboule: non seulement, toutes les victimes étaient d’anciennes maîtresses mais en plus, on découvre l’arme du crime chez lui. Seulement voilà: peu après son arrestation, une autre de ses nombreuses maîtresses est victime du tueur, ce qui ne laisse plus qu’un seul suspect possible: Philéas, le domestique de Lariboule aux yeux étranges et à l’éternel sourire figé.

Oui, apparemment, Lariboule est également chirurgien à ses heures perdues et oui, c’est un des rares cas où on peut effectivement dire « The butler did it! » C’est même à ça qu’on voit que le récit se déroule au XIXeme siècle.

Ayant compris que son domestique est un tueur fou, Lariboule tente de l’empêcher lui-même de nuire et dans l’altercation qui s’ensuit, Philéas poignarde mortellement son maître avant de s’enfuir et d’être percuté par un fiacre, révélant sa vraie nature à un Bazile Janvier médusé.

Je vais vous faire un aveu: j’avais 7 ans quand cette histoire a été publiée dans Spirou et elle m’avait tellement terrifié à l’époque que j’avais demandé à mes parents de brûler les pages! (Oui, j’étais très impressionnable quand j’étais petit.) En la relisant avec un regard d’adulte, c’est un récit policier assez honnête qui, en bifurquant vers le fantastique dans sa dernière page, nous réserve un twist surprenant mais cohérent avec ce que l’on savait de Lariboule et de son domestique (le côté inventeur, la passion pour les automates, la diction saccadée du tueur, le visage étrange et presque figé de Philéas). Le scénario souffre malheureusement d’un format trop court: en 30 pages dont la plupart ne dépassent pas 3 cases, on n’a pas le temps de développer l’intrigue ou les personnages, d’où de grosses facilités scénaristiques (la blanchisseuse qui débarque au commissariat pile-poil au moment où Bazile s’y trouve pour une facture impayée concernant pile-poil l’affaire dont il s’occupe) et un personnage principal sur lequel on ne sait pas grand-chose.

Bazile Janvier aurait certainement gagné à être développé dans d’autres récits au lieu de se cantonner à cette unique aventure perfectible mais prometteuse, car avouez qu’une série consacrée aux enquêtes mi-policières, mi-fantastiques d’un homologue de Vidocq avait un réel potentiel. Gine avait-il l’intention de réutiliser son héros mais en a été empêché par des circonstances contraires, ou bien l’a-t-il volontairement abandonné parce qu’il ne l’inspirait pas plus que ça? Quelle qu’en soit la raison, cette série aura connu une fin aussi prématurée que les victimes de Philéas.

Verdict?

Illustrations extraites de : Bazile Janvier, Bionic Force, Cybersix.

Un commentaire

  • J’avais trouvé ce numéro de Spirou dans une brocante, avec le mini-récit découpé et scotché au milieu de la revue. J’avais d’autant plus aimé ce récit que je lisais Capitaine Sabre dans Tintin et que j’aimais déjà beaucoup Giné. J’ai longtemps espéré lire d’autres épisodes avant de me rendre compte qu’il n’y en avait pas. 😉

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