Nanouche

Année(s) : 1977-1982

Auteur(s) : Renoy (Scénario et dessins), De Janeiro (Scénario).

Catégorie : Franco-Belge – Aventures.

Genre : Cases, casse et cascades.

Format : 4 albums de 44 pages.

Titre des albums : 1 – Festival pour une Japonaise, 2 – Corrida pour une nuit blanche, 3 – Des clous pour le Cachemire, 4 – Le secret du fou à la frégate.

Si aujourd’hui on ne compte plus les BDs dont le personnage principal est une femme, elles étaient considérablement plus rares dans les années 70. Les années 60 à 70 avaient bien vu la création des juvéniles Sophie et Isabelle, de l’hôtesse de l’air Natacha, de l’électronicienne Yoko Tsuno et de la futuriste Barbarella (Comanche ne compte pas, s’étant rapidement fait voler la vedette par Red Dust) mais depuis, aucune autre héroïne n’avait semblé vouloir leur emboîter le pas. C’est dans ce contexte un tantinet machiste que l’intrépide Nanouche débarque à fond la caisse dans le numéro 116 de Tintin de novembre 1977.

Et cette nouvelle héroïne est loin d’avoir choisi une profession aussi reposante que celles de ses prédécesseuses car Nanouche n’est ni hôtesse de l’air, ni électronicienne mais cascadeuse. Passionnée de moto comme Julie Wood qui l’avait précédée de peu, Nanouche est aussi casse-cou qu’insouciante, même si les autres personnages de la série la décriraient plutôt comme :

Et on peut dire que ni Nanouche ni ses lecteurs n’ont le temps de s’ennuyer entre deux cascades pour le cinéma, tant le destin et les scénaristes mettent ses talents à rude épreuve avec les innombrables enquêtes policières, missions de sauvetage, concours acrobatiques et autres chasses au trésor qu’ils placent sur sa route.

Et malgré le nombre conséquent d’excès de vitesse et d’accidents qui émaillent son parcours, Nanouche s’en tire toujours sans la moindre égratignure, à l’exception d’une jambe dans le plâtre en une occasion.

On ne peut hélas pas en dire autant des nombreux véhicules qui croisent son chemin et dont l’espérance de vie dépasse rarement celle du red shirt moyen dans l’univers de Star Trek.

Plus solides et durables que ses moyens de locomotion sont les amitiés que Nanouche noue au cours de ses aventures, à commencer par Dilux, producteur pygmalion, macho repenti et faire-valoir comique de la série.

Puis son animal de compagnie Kino, un hamster qu’elle a recueilli lors d’un tournage au Moyen Orient après avoir sacrifié une citroën en évitant de l’écraser.

Et enfin, la martiniquaise Noémie avec qui elle se lance dans une chasse au trésor initiée par la découvert d’une plaque en or sur laquelle est gravée une énigme que n’aurait pas reniée Edward Nigma.

Si la première aventure de Nanouche est scénarisée par De Janeiro, Renoy devient rapidement auteur complet sur la série et même si ses scénarii ne révolutionnent pas le 9eme art, ils sont funs, mouvementés, sans temps mort et les dialogues riches en jeux de mots à 30 centimes d’Euro. (Ça tombe bien, ce sont justement ceux que je préfère!)

Graphiquement, si ses débuts sont très influencés par Mittéi (dont il fut l’assistant) et Walthéry, il évolue progressivement vers un dessin semi-réaliste à mi-chemin entre Dany et Derib (dont il est d’ailleurs le beau-frère).

Si Nanouche est une héroïne oubliée de nos jours, elle était à l’époque très populaire auprès des lecteurs de Tintin qui la classèrent même 3eme (pour l’édition belge) et 6eme (pour l’édition française) lors de l’élection de Miss Tintin 1981 destinée à désigner leur héroïne préférée.

Alors, pourquoi, dans ces conditions, n’a-t-elle pas connu une meilleure carrière? La raison est très simple: Renoy avait beaucoup de mal à s’autodiscipliner et était constamment en retard, d’où une parution très sporadique dans Tintin où, de 1977 à 1982, Nanouche aura surtout vécu des courts récits tandis que même ses aventures plus longues (notamment la dernière, Le secret du fou à la frégate) étaient découpées en épisodes espacés de plusieurs semaines, voire plusieurs mois. Pas évident de fidéliser son lectorat dans de telles conditions, même si on comprend qu’avec une série aussi trépidante, l’héroïne avait besoin de souffler un peu de temps en temps.

Les aventures de Nanouche seront finalement réunies dans quatre albums publiés entre 1981 et 1983, mais rarement dans l’ordre chronologique et avec quelques pages inédites servant de transitions entre ces récits initialement censés être indépendants, d’où des changements de graphisme parfois spectaculaires d’une page à l’autre (Avouez qu’à la vue des extraits qui illustrent cet article, vous avez cru que plusieurs dessinateurs avaient travaillé sur cette série!).

Quant à Renoy, il finira par abandonner la série et la BD pour devenir … restaurateur.

Série aussi fun et insouciante que son personnage titre, Nanouche sonne aujourd’hui comme un rendez-vous manqué qui n’a pas su trouver son public malgré ses qualités et un contexte propice à l’arrivée de cette héroïne novatrice pour son époque. Ses aventures sont encore aujourd’hui facilement trouvables d’occasion alors n’hésitez pas à vous les procurer et à les ranger dans votre bibliothèque à côté de celles de Natacha et de Yoko Tsuno. Et à une époque où se multiplient les rééditions en intégrales de séries classiques plus ou moins oubliées, on se prend à rêver que l’une d’elle lui soit consacrée, ce qui serait d’ailleurs l’occasion d’y inclure les quelques récits restés inédits en albums. Ce ne serait que justice pour cette héroïne oubliée dont le sourire espiègle et les adorables tâches de rousseur auraient mérité de rester plus longtemps en tête d’affiche.

Verdict?

Illustrations extraites de : Nanouche.

Un commentaire

  • Bons souvenirs. Une série que j’ai beaucoup relue à l’époque. Surtout le dernier tome qui était le plus réussi. 😉

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