New Mutants (The) (1982) – 01 – La période McLeod – Buscema

Année(s) : 1982-1984

Auteur(s): Chris Claremont (scénario), Bob McLeod & Sal Buscema (dessins), Bob McLeod & Tom Mandrake (encrage).

Catégorie : Comics – Super-héros.

Genre : Nouvelle génération X.

Format : Marvel Graphic Novel 4 + épisodes 1-17 de la série.

Note : Les extraits proviennent de la VO et ont été traduits par mes soins.

De nos jours, il est extrêmement difficile pour un néophyte de se lancer dans les comics à cause de la profusion de titres sur le marché (DC et Marvel publient chacun plus de 50 séries mensuelles!). Et même un lecteur potentiel qui souhaiterait se focaliser uniquement sur un personnage ou une famille de personnages est rapidement découragé par la quantité de titres et spinoffs qui lui sont consacrés. Ça n’a pourtant pas toujours été le cas et même au sommet de sa gloire, la série X-Men dut attendre 1982 pour obtenir son premier spinoff avec The New Mutants, lequel trouve son origine dans le renouveau des X-Men en 1975. Petit cours d’histoire.

On a tendance à l’oublier à cause de la popularité qu’ils ont acquis par la suite, mais les X-Men ont longtemps été la brebis galeuse de Marvel, leur série s’interrompant même au numéro 66 pour reprendre quelques mois plus tard sur un rythme bimensuel en ne proposant plus que des rééditions d’anciens épisodes au lieu d’histoires inédites. Eh oui, à leurs débuts, les mutants de Marvel étaient aussi mal aimés des lecteurs que du monde qui les entoure!

Ils ne commenceront à connaître le succès qu’à partir de Giant Size X-Men 1 et Uncanny X-Men 94 en 1975 qui introduisaient une nouvelle équipe constituée d’élèves de différentes nationalités. Élèves? Eh oui, car à la base, les X-Men ne sont pas que des super-héros mais aussi des adolescents apprenant à maîtriser leurs pouvoirs innés à l’Ecole pour Jeunes Surdoués du professeur Charles Xavier, télépathe paraplégique et mentor de l’équipe. Du coup, la justification de cette nouvelle équipe était toute trouvée: les X-Men d’origine étaient désormais suffisamment âgés et expérimentés pour voler de leur propres ailes et Xavier recrutait donc de nouveaux étudiants à former.

Et dire qu’à l’époque, certains trouvaient déjà que ça commençait à faire beaucoup de X-Men!

Même si c’est Len Wein qui a scénarisé la première apparition de cette nouvelle « classe », Chris Claremont lui a rapidement succédé, contribuant grandement au succès de cette série qu’il écrivit pendant la bagatelle de 16 années consécutives. Et il avait l’intention de pousser l’idée de Wein jusqu’au bout en changeant régulièrement la composition des X-Men à mesure que de nouveaux élèves remplaçaient les anciens qui quittaient l’équipe une fois leur cursus terminé. Il avait même prévu un premier renouvellement après la saga du Phénix Noir et avait déjà introduit une future nouvelle élève en la personne de la passe-muraille Kitty Pryde dans X-Men 129 (1980). Seulement voilà, à la suite d’un désaccord avec l’éditeur Jim Shooter, Claremont est obligé de changer à la dernière minute la conclusion de la saga du Phénix Noir et, par un effet de dominos, de renoncer à la storyline qu’il avait prévue pour introduire sa nouvelle mouture des X-Men.

Mais l’auteur n’abandonnait pas son idée pour autant et cette troisième génération de X-Men verrait finalement le jour dans Marvel Graphic Novel 4 (1982) avant d’obtenir une série mensuelle en 1983 sous le nom des New Mutants (En référence au nom initialement choisi par Stan Lee pour les X-Men, The Mutants, refusé par l’éditeur de l’époque qui craignait que les jeunes lecteurs ne connaissent pas le sens du mot).

À ce moment, les X-Men sont portés disparus et présumés morts pour la je-ne-sais-combientième fois et Charles Xavier décide de recruter de nouveaux élèves mais de se contenter désormais de leur apprendre à utiliser leurs pouvoirs au lien d’en faire des super-héros à envoyer au casse-pipe. Comme la deuxième version des X-Men, ces élèves baptisés les New Mutants regroupent des adolescents issus de pays et de communautés très variés. La plus jeune est Rahne Sinclair (Wolfsbane), une lycanthrope écossaise doublée d’une fervente chrétienne. Élevée par le révérend Craig, un fanatique religieux à peine plus sain d’esprit que la mère de Carrie et qui est donc persuadé que ses pouvoirs sont l’œuvre du Diable, elle considère Moira McTaggert (une généticienne alliée des X-Men) comme une mère de substitution.

Vient ensuite l’orgueilleux et impulsif brésilien Roberto DaCosta (Sunspot) qui tire sa force surhumaine de l’énergie solaire. Et comme un super-héros dont les pouvoirs tombent en panne au moindre nuage n’est pas très utile, il peut aussi les utiliser de nuit grâce à l’énergie qu’il emmagasine durant la journée.

Il a une relation conflictuelle avec son homme d’affaire de père qui est membre du Hellfire Club. Officiellement, ce club est une association honorable regroupant de respectables richards, mais son véritable objectif est la domination du monde (on s’étonne quand même que le nom ne mette pas la puce à l’oreille du grand public) et il est responsable de la mort de la petite amie de Roberto. Ce dernier ne reste cependant pas longtemps inconsolable et devient rapidement le dragueur de l’équipe.

Puis Sam Guthrie (Cannonball) qui peut s’entourer d’un champ d’énergie lui permettant de se propulser dans les airs et de traverser la plupart des obstacle sans subir de dommages.

J’insiste évidemment sur le « la plupart ».

Il est plus ou moins le co-leader de l’équipe avec la fière cheyenne Danielle Moonstar (Psyche, rapidement rebaptisée Mirage) qui peut faire apparaître sous forme d’hologrammes les désirs ou les craintes d’autrui. Elle n’a cependant aucun moyen de prévoir ce qu’elle va faire apparaître et son pouvoir a une fâcheuse tendance à se déclencher à son insu.

Et enfin, Xi’an (ou Shan) Coy Manh (Karma), une réfugiée vietnamienne capable de prendre le contrôle de l’esprit d’une autre personne (en tant que vietnamienne, elle s’exprime parfois dans un français plus qu’approximatif comme vous avez pu le constater ci-dessus). À la différence des autres membres de l’équipe, elle avait été introduite auparavant dans Marvel Team-Up 100 (1980) signé Chris Claremont et Frank Miller, dans lequel on faisait également connaissance avec ses frères et sœurs Leong, Nga et Tran (son jumeau malfaisant doté des mêmes pouvoirs, qu’elle était finalement obligée de tuer) et son sinistre oncle, le parrain du crime Nguyen qui deviendra un bad guy récurrent des séries de Claremont.

Karma ne reste cependant pas longtemps dans l’équipe, disparaissant dans une explosion à l’issue du sixième épisode. Mais si ses amis la croient morte, certains indices laissent deviner au lecteur que ce n’est pas le cas et qu’on la reverra tôt ou tard.

Au passage, Claremont n’oublie pas que Kitty Pryde avait été initialement créée pour faire partie de cette troisième génération des X-Men et Xavier envisage dans un premier temps de la transférer dans les New Mutants, ce qui nous vaudra une des pages de titre les plus cultes de l’histoire des comics, en VO comme en VF.

Si Kitty reste finalement dans les X-Men, les New Mutants accueillent rapidement deux nouveaux membres féminins. La première est Amara Aquila (Magma), une mutante contrôlant les phénomènes volcaniques et originaire de Nova Roma, une cité romaine située en Amérique du Sud.

Je répète: une cité romaine située en Amérique du Sud.

Sérieusement, pourquoi est-ce qu’on ne trouve plus ce genre de concept génialement délirant dans les comics actuels?

Et enfin, Illyana Rasputin (Magik) qui possède déjà un sacré CV puisqu’elle est apparue pour la première fois dans Giant Size X-Men 1 (1975) où elle n’est alors qu’un non-personnage dont la seule utilité est de permettre à son grand frère Piotr (Colossus) de faire au lecteur une première démonstration de ses pouvoirs en lui sauvant la vie.

Elle rejoint son frère aux USA après avoir été enlevée par le tueur à gages Arcade, puis se fait à nouveau enlever par Belasco, un sorcier régnant sur une dimension infernale appelée les Limbes. Les X-Men parviennent à la secourir, mais comme le temps s’écoule différemment dans cette autre dimension, la petite Illyana est désormais une adolescente de 14 ans qui a au le temps d’être formée à la magie noire et de défaire Belasco pour le remplacer à la tête des Limbes. Sa victoire a cependant eu un prix et elle abrite désormais en elle un double démoniaque, Darkchilde, auquel elle risque de céder à tout moment.

Son séjour forcé dans les Limbes lui a également permis de découvrir son pouvoir de mutante: elle peut créer des disques d’énergie servant de passages entre les Limbes et notre monde. Si en théorie, son pouvoir lui permet de voyager dans l’espace et le temps, elle le maîtrise encore mal et multiplie les erreurs de destination temporelle.

Bref, une galerie de personnages sympathiques aux personnalités bien définies et aux physiques éloignés des canons habituels des super-héros mais proches de ceux de vrais adolescents. Et même si la plupart ont des pouvoirs finalement assez génériques (superforce, vol, téléportation), ils s’accompagnent toujours d’un effet visuel qui les rend uniques. D’ailleurs, pour les curieux, les différentes rééditions de la série comportent des croquis préliminaires qui nous donnent un aperçu des premières versions des personnages, parfois très différentes au niveau des noms, du look et parfois même des pouvoirs. Voyez à quoi aurait pu ressembler Sam Guthrie, par exemple:

Niveau adversaires, en revanche, c’est pas trop ça. Certes, on n’allait pas confronter de jeunes mutants inexpérimentés multipliant les erreurs à Apocalypse (d’autant plus que ce personnage n’existait pas encore à l’époque) mais dans un premier temps, ils doivent se contenter d’hériter d’ennemis des X-Men dont ils ne triomphent généralement que grâce à l’aide de leurs aînés: les Sentinelles, les Broods, le Hellfire Club, Viper et Silver Samurai … Et quand Claremont se décide enfin à leur opposer un adversaire inédit, ils ont droit à un pathétique lookalike de Mister T dont le charme n’agit vraiment pas.

On a pourtant un début d’espoir dans le numéro 9 où apparaît Selene, une sorcière vampire immortelle à la cruauté sans borne et meurtrière de la mère de Magma. Las! Dès son apparition suivante, elle devient une adversaire récurrente des X-Men et de Rachel Summers en particulier et ne croisera plus que très épisodiquement les New Mutants tandis que la vendetta de Magma à son égard se met en pause.

Et pourtant, leur inimitié aurait pu devenir plus complexe car peu avant de quitter la série, Claremont avait commencé à insinuer que Selene serait en réalité la grand-mère d’Amara.

En fait, pour des antagonistes dignes de ce nom, il faut attendre l’épisode 16 et comme les New Mutants, ces adversaires trouvent leur origine dans la première apparition de Kitty Pryde. En effet, dans l’épisode qui l’introduisait, les X-Men s’opposaient à Emma Frost alias la Reine Blanche, une membre du Hellfire Club qui, comme eux, voulait recruter la jeune mutante dans son école. Et quand elle parvient finalement à l’enlever ainsi que son ami Douglas Ramsey (un personnage qui prendra de l’importance par la suite), les New Mutants partent à leur secours et se retrouvent face aux élèves d’Emma, les Hellions.

Nettement plus efficaces et expérimentés que nos héros, ils sont dirigés par James Proudstar (Thunderbird). Fier leader doté d’un profond sens de l’honneur, il n’est pas un total inconnu puisqu’il est le frère du premier Thunderbird, éphémère X-Man mort lors de sa deuxième mission, dont il partage les capacités physiques surhumaines.

Les autres membres sont le marocain Haroum ibn Sallah al-Rashid (Jetstream), un cyborg capable de voler qui est en constante compétition (plus ou moins amicale selon les circonstances) avec Cannonball …

Jennifer Stavros (Roulette) qui peut attirer la chance ou la malchance sur autrui et qui est un peu pétasse sur les bords …

Sharon Smith (Catseye) qui peut se changer en un félin de belle taille et s’entend à merveille avec Wolfsbane dont les pouvoirs sont similaires. À noter que malgré son comportement enfantin et son langage à la limite du petit nègre, elle est en réalité une surdouée qui a grandi à l’écart des humains et a été élevée par des chats. Sachant qu’elle se sent plus à l’aise sous sa forme féline, le lecteur est en droit de se demander si elle ne serait pas en réalité … une chatte mutante capable de se changer en humaine!

Vient ensuite la française Marie-Ange Colbert (Tarot) qui matérialise les personnages de son jeu de tarot pour les faire combattre à ses côtés (une vraie Yu-Gi-Oh! avant l’heure!).

Réservée et très religieuse, elle s’efforce de cacher l’attirance qu’elle éprouve pour un des New Mutants … dont l’identité ne sera jamais révélée. Et si le candidat le plus évident est Douglas Ramsey, certains lecteurs qui connaissent bien le faible de Claremont pour les personnages LGBT n’excluent pas la possibilité que l’élu de son cœur soit unE éluE (Ce qui expliquerait d’ailleurs que son identité ne soit pas révélée, les comics de l’époque étant encore assez frileux sur ce sujet).

Et enfin, l’espagnol Manuel de la Rocha (Empath) qui manipule les émotions des autres. Arrogant et cruel, abusant constamment de son pouvoir, y compris sur ses propres équipiers, Empath est une ordure à côté de qui même Draco Malefoy semble fréquentable et le seul membre foncièrement mauvais de l’équipe. La seule chose qui l’empêche de devenir l’un des pires super-vilains de l’univers Marvel est qu’il est également un pétochard de la pire espèce.

À part lui et, dans une nettement moindre mesure, Roulette, les Hellions sont donc des adversaires ambivalents qui n’ont rien de super-vilains et auraient même mérité d’avoir leur propre série. On sent bien qu’en d’autres circonstances, eux et les New Mutants auraient été les meilleurs amis du monde.

Côté dessins, si Bob McLeod illustre brillamment Marvel Graphic Novel 4 et les 3 premiers épisodes de la série, il se révèle rapidement incapable de tenir une cadence mensuelle et cède la place à Sal Buscema tout en continuant d’assurer l’encrage, maintenant ainsi une certaine cohérence graphique jusqu’à l’épisode 9 où il est remplacé par Tom Mandrake. Sans être un tâcheron, Sal est très inégal et n’a pas un style graphique marquant. Aussi la série ne décollera-t-elle vraiment qu’à l’arrivée de son successeur dont le graphisme atypique allait révolutionner l’industrie des comics, mais ceci est une autre histoire …

La série fut publiée en France sous le titre Les Nouveaux Mutants dans le défunt magazine Titans à partir du numéro 59 de décembre 1983. Certains personnages eurent d’ailleurs droit à de nouveaux noms en VF et si Magie est un remplacement logique de Magik tandis que Rocket et Solar sonnent même mieux que Cannonball et Sunspot, il aurait vraiment fallu que quelqu’un explique au traducteur de l’époque que les loups ne sont pas des félins et que rebaptiser Wolfsbane « Félina » est donc complètement idiot.

Si la VO ne vous effraye pas, sachez que le run de Claremont sur la série a été compilé dans les 7 volumes de The New Mutants Classic qui sont hélas difficilement trouvables aujourd’hui. Heureusement, les 12 premiers épisodes et le pilote que constitue Marvel Graphic Novel 4 ont été récemment réédités dans le premier volume de The New Mutants Epic Collection. Cette nouvelle édition est même supérieure à la précédente puisqu’elle comprend également Marvel Team-Up Annual 6 (par Bill Mantlo, Ron Frenz et Kevin Dzuban) dont les événements étaient souvent mentionnés dans la série et qui manquait donc cruellement à Classic, ainsi que la première apparition de Karma dans Marvel Team-Up 100 et la mini-série Magik (par Claremont, John et Sal Buscema et Ron Frenz aux dessins et Tom Palmer à l’encrage) consacrée au séjour forcé d’Illyana dans les limbes.

Même si son talent de scénariste a considérablement décliné aujourd’hui, Chris Claremont est à l’époque au sommet de sa forme sur cette série où on retrouve ses qualités (contexte réaliste, héros aux personnalités crédibles, ennemis parfois moins manichéens qu’il n’y paraît, intrigues complexes et feuilletonesques souvent préparées longtemps à l’avance) et ses défauts (dialogues verbeux au style ampoulé qui ont fait de lui la bête noire des traducteurs). Cette première période de The New Mutants constitue donc une excellente lecture, même si on sent bien que ce spinoff des X-Men cherche encore ses marques et reste dans l’ombre de ses glorieux aînés, à l’image de ses héros pleins de bonne volonté mais encore faillibles et inexpérimentés.

Verdict?

Illustrations extraites de : Giant Size X-Men 1, Magik, The New Mutants, Titans, Uncanny X-Men 168, Uramiya Honpo.

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