Carol Détective – 01 – Les hallucinés

Année(s) : 1990-1991

Auteur(s) : André-Paul Duchâteau (scénario), Eddy Paape (dessins).

Catégorie : Franco-Belge – SF, policier.

Genre : Elémentaire, mon cher Rom.

Format : Compilation d’histoires courtes.

Pour Carol, tout a commencé à la fois en 1977, en 2021 et en 2012 pour se poursuivre en 1990 et se terminer en 2001. Je sais, ce n’est pas très clair dit comme ça mais la chronologie est toujours un peu compliquée quand on parle de SF, et encore plus quand les voyages dans le temps s’en mêlent. Remontons donc un peu le temps pour y voir plus clair dans la carrière de cette privée du futur. Et n’oublions pas les précautions d’usage, bien sûr.

Tout est parti de Mission en 2012, un court récit de SF publié dans Tintin Sélection 38 de décembre 1977, scénarisé par Duchâteau et dessiné à quatre mains par Paape, considéré comme le spécialiste de la SF du journal pour son travail sur Luc Orient, et par son ancien élève Andréas. Débutant en 2021, le récit met en scène Kim Barry, un détective privé engagé par le chef du service des enquêtes temporelles Bertrand Valoo pour se charger …

Ah oui, je me souviens, on en avait beaucoup parlé à l’époque: il s’agissait du meurtre de l’animal familier de l’industriel Lucius Adlin, un félin humanoïde extraterrestre nommé Rom.

Les enquêtes policières sont heureusement beaucoup plus faciles maintenant que l’on maîtrise le voyage dans le temps. Il suffit à Kim et à son assistante Carol de remonter le temps jusqu’au moment du crime et, revêtus d’une combinaison les rendant invisibles et impalpables, d’observer les événements pour découvrir que le meurtrier n’est autre que … Valoo lui-même!

Pour une raison très simple: la loi oblige Valoo à réétudier régulièrement les affaires non-résolues et comme son poste lui donne accès aux archives futures, il savait que Kim mourrait dans un accident de la circulation avant d’avoir pu le dénoncer.

Tout prévu? Pas tout à fait: Valoo a accès à toutes les archives futures exceptées les siennes, et il ne pouvait donc pas prévoir que Carol l’abattrait pour venger Rom et Kim.

Et il faudra attendre 1990 pour connaître cet avenir. À ce moment, Luc Orient est en jachère depuis 1984 et Paape aimerait revenir au genre qui lui a porté chance. Lui et Duchâteau ont alors l’idée de ramener le personnage de Carol et d’en faire l’héroïne de sa propre série. Elle reprend donc du service dans le numéro 66 de Hello Bédé (le successeur du journal de Tintin) la même année où Enquête en 2012 est réédité avec plusieurs courts-récits de Luc Orient dans le tome 17 de sa série, Les spores de nulle part.

Toutefois, même si le personnage et l’univers graphique sont bien les mêmes, Carol Détective ne fera jamais référence à cette première aventure et encore moins à l’existence des voyages dans le temps et des archives futures. Libre donc au lecteur de décider si la série est une reboot ou si Carol a, d’une façon ou d’une autre, échappé à une condamnation et continué sa carrière de détective en solo. Enfin, pas tout à fait en solo puisqu’elle fait désormais équipe avec un autre Zyhl également nommé Rom. Carol elle-même ayant un peu une tête de chat, je suppose que ça doit créer des affinités.

En plus de cet équivalent félin du Dr Watson, Carol peut aussi compter sur l’aide occasionnelle du lieutenant Caspers … du moins quand ils ne s’échangent pas des amabilités sur l’efficacité comparée des policiers privés et officiels.

La nouvelle carrière de Carol la confrontera à cinq enquêtes policières dans autant de courts récits qui seront compilés en 1991 dans un recueil intitulé Les hallucinés. Ne me demandez pas de vous expliquer le choix de ce titre dont la seule justification semble être qu’un personnage se fait traiter d’hallucinée dans une case.

À noter qu’un deuxième tome intitulé Mission « Atlantide » fut annoncé et même finalisé mais ne paraîtra finalement qu’en 2001 chez un autre éditeur dans un album aujourd’hui difficilement trouvable à un prix raisonnable (Quant à son contenu, ceci est une autre histoire …), la série n’ayant apparemment pas trouvé son public.

En attendant, les premières enquêtes de Carol ne sont pas de tout repos car dans le futur dans lequel elle vit (et qui nous attend dans 4 ans), les coupables peuvent être de redoutables monstres extraterrestres …

… ou de simples humains utilisant la science du futur pour commettre leurs crimes: hologrammes, clones, androïdes, armes faisant exploser le cerveau ou provoquant des illusions poussant leurs victimes au suicide …

Ce qui rend d’ailleurs parfois l’histoire difficile à suivre. Les lecteurs des séries policières de Duchâteau le savent, le scénariste a une fâcheuse tendance à compliquer inutilement ses intrigues, au point de les rendre parfois difficilement compréhensibles lors d’une première lecture quand elles ne sont pas carrément incohérentes. C’est déjà fréquent quand ses récits se déroulent dans un contexte réaliste, alors je vous laisse imaginer ce que cela donne quand en plus, il peut justifier n’importe quel rebondissement par une technologie imaginaire à grands coups de « Ta gueule, c’est de la SF! »

Un autre défaut récurrent de ses scénarios: la facilité avec laquelle ses héros résolvent les affaires via des raisonnements ultracapillotractés quand ils ne sortent pas carrément la solution de leur chapeau. Et Carol a beau être le plus souvent nue-tête, elle n’échappe pas à cette règle dans sa deuxième enquête. Passe encore qu’elle ait compris comment le tueur avait procédé mais j’ai eu beau me creuser le gulliver, je ne vois toujours pas comment elle a bien pu deviner que le coupable était un policier qu’elle n’aura croisé que dans quelques cases où il se contentait de répondre « Eh, oui! » à chaque question, tel un PNJ de RPG. (Au point que dans la première scène où il dit autre chose, le coloriste ne le reconnaît pas et se trompe de couleur de cheveux!)

En général, c’est dans ces cas là que je sors un:

Ce qui, dans le cas présent, est particulièrement ironique, étant donné que la victime était justement une médium!

Cette série mêlant anticipation et enquêtes policières a beau avoir pris un certain coup de vieux et ne pas être le meilleur travail de Paape qu’on a connu en meilleure forme, c’est justement son côté désuet qui fait son charme. Lire une enquête de Carol, c’est comme se replonger dans un vieil épisode de Capitaine Flam ou un récit SF publié par EC comics dans les années 50. Et même si le format court ne permet pas vraiment de développer sa personnalité, Carol est une héroïne aussi charismatique qu’attachante.

Verdict?

Illustrations extraites de : Carol Détective, Luc Orient, Melodia.

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