Rash!!

Année : 1994

Auteur : Tsukasa Hojo.

Catégorie : Manga – Comédie policière.

Genre : Miss Catastrophe 1994.

Durée : Deux volumes.

Note : Comme il s’agit d’un manga, les dialogues des extraits sont à lire de droite à gauche.

Si on demande à quelqu’un d’énumérer les séries policières du mangaka Tsukasa Hojo, il vous citera sans hésiter CAT’S EYE, CITY HUNTER et ANGEL HEART. En revanche, il y en a très peu qui penseront à RASH!!, une quatrième série qui n’a pas connu le succès des trois autres et ne compte donc que deux volumes mais qui n’a pourtant rien à leur envier. Ne pas la connaître est donc une lacune qu’il convient de soigner sans plus attendre. Il est l’heure d’une consultation auprès du Dr Yûki Asaka, une doctoresse à côté de laquelle le Dr House lui-même a l’air conventionnel.

Mais avant, un petit cours de linguistique: « rash » est un adjectif anglais désignant une personne qui agit sans réfléchir. Et cet adjectif résume à merveille la personnalité de Yûki. Il faut dire aussi qu’à en croire sa grand-mère, leur famille suit deux règles très strictes: toujours agir selon ses envies, et aller jusqu’au bout une fois lancé dans quelque chose. Yûki fait donc honneur à cette tradition familiale, partant toujours bille en tête et ne laissant jamais rien ni personne lui barrer la route.

Vous noterez au passage que le malheureux est tellement sonné qu’il en fait des fautes de conjugaison. Le comportement impulsif de Yûki, allié à une inflexible rectitude morale, lui a d’ailleurs valu de claquer la porte de l’hôpital universitaire de Tokyo où elle étudiait la médecine, suite au scandale qu’elle a provoqué en révélant que le directeur aidait un politicien corrompu à se faire porter pâle pour échapper à la justice.

Yûki retourne donc dans sa ville natale d’Ôtsuki pour remplacer sa grand-mère à l’infirmerie de la prison. Il faut donc croire que, même si elle n’a pas mené ses études à terme, elle a quand même les diplômes requis pour exercer mais le scénario est très flou en ce qui concerne son niveau d’étude. Mais si je peux me permettre, n’est-ce pas un peu risqué pour une jeune et jolie doctoresse d’exercer dans une prison pleine de criminels endurcis dont la plupart n’ont pas vu de femme depuis des années?

Ah oui, c’est vrai. Au temps pour moi, ô Mores, j’avais oublié qu’on avait affaire à une héroïne de Tsukasa Hojo et qu’en tant que telle, elle était aussi sexy que combattive. Malgré ses méthodes peu orthodoxes, Yûki s’avère être une infirmière efficace, devenant rapidement l’idole des détenus (particulièrement Toku, un petit vieux dont on se demande ce qu’un type aussi gentil et inoffensif fait en prison) tout en faisant tourner en bourrique le malheureux directeur, complétement dépassé par cette tornade montée sur jambes.

D’ailleurs, le retour de Yûki ne passe pas inaperçu puisque dès son arrivée, elle sauve la vie du chauffeur de la prison, terrassé par une angine de poitrine, et déjoue une tentative d’évasion massive, tout en provoquant au passage plusieurs carambolages dont elle soigne elle-même chaque victime. Le tout avant même son premier jour de travail!

Une personne qui n’est vraiment pas ravi de la voir revenir, c’est son ami d’enfance, l’inspecteur Tatsumi qu’elle surnomme affectueusement « Crevette ». Et on peut le comprendre, Yûki ayant une fâcheuse tendance à se retrouver mêlée, volontairement ou non, à des affaires policières et surtout, à provoquer des catastrophes dont le malheureux inspecteur est généralement la première victime. Et ce n’est pas comme si le pauvre pouvait simplement éviter de croiser Miss Catastrophe 1994: ils logent tous les deux chez la grand-mère de Yûki.

D’ailleurs, en plus de Tatsumi, de Yûki et de la maîtresse des lieux, la maisonnée s’enrichit rapidement d’un quatrième résident: Makoto Hino, ancien camarade de fac de Yûki tellement éperdu d’admiration pour elle qu’il s’est juré de la ramener à Tokyo « de gré ou de force ». Et il est fermement décidé à ne pas la lâcher tant qu’il ne l’aura pas convaincue (Inutile de préciser que Tatsumi le soutient à 100% dans sa démarche)!

Et quand Makoto comprend que ses sermons interminables ne suffiront pas…

Et comme si la situation de Yûki n’était pas assez pénible comme ça, elle doit également supporter Haruka, une ado pot-de-colle, capricieuse et caractérielle dont elle a commis l’erreur de sauver la vie, avec le résultat suivant:

Heureusement pour Yûki, il suffira que quelqu’un d’autre lui sauve à son tour la vie pour qu’Haruka en tombe éperdument amoureuse et délaisse notre héroïne. Malheureusement pour Tatsumi, c’est sur lui que ça tombe. Heureusement pour lui, Haruka disparaîtra peu après de la série sans aucune explication. Il faut croire qu’une troisième personne lui aura sauvé la vie dans une scène coupée au montage.

Cette mésaventure aura au moins appris deux choses à Tatsumi. Tout d’abord, qu’il y a bien plus insupportable que Yûki sur cette Terre. Et surtout, il aura enfin pris conscience de ses propres sentiments pour son amie d’enfance. En effet, c’est bien connu: un homme et une femme qui se disputent sans cesse sont forcément secrètement amoureux. Et comme le dit si bien Sailor Venus:

Malheureusement, la réaction de Yûki quand Tatsumi se décide enfin à lui avouer ses sentiments n’est pas vraiment celle escomptée.

De toute façon, le cœur de Yûki est déjà pris par le Dr Tadanori Nitta. Ce dernier était son mentor à la faculté et elle admirait sa philosophie selon laquelle un médecin devait autant soigner la maladie que ses véritables causes extérieures. A l’insu de tous, Nitta appliquait également ce credo à la lutte contre le crime, assassinant froidement de nombreux criminels.

Lorsqu’il tenta de convaincre Yûki de l’accompagner dans sa croisade en l’aidant à supprimer six grandes figures du trafic de drogue, celle-ci n’eut pas d’autres choix que de le dénoncer et Nitta fut arrêté et incarcéré à la prison d’Ôtsuki immédiatement après avoir éliminé sa première cible. C’est d’ailleurs pour le rejoindre que Yûki a accepté de travailler dans cette prison. Comment Tatsumi prend-il cette révélation? Mieux qu’on ne s’y serait attendu.

Fermement décidée à convaincre Nitta que sa méthode n’est pas la bonne, Yûki lui propose de s’occuper elle-même des cinq derniers trafiquants de sa liste noire. Avec l’aide de Tatsumi, elle fait arrêter deux d’entre eux en se faisant passer pour Bloody Rose, une figure légendaire du trafic de stupéfiant. Connaissant Yûki, vous pensez bien qu’elle ne s’est pas arrêtée à de petits détails anodins comme le fait qu’elle ne lui ressemblait pas du tout et qu’elle pourrait être sa fille.

Mais Nitta s’évade et les deux trafiquants dont Yûki avait permis l’arrestation sont retrouvés morts dans leurs cellules tandis que deux autres personnes de la liste sont également assassinées. Yûki parviendra-t-elle à protéger sa dernière cible? Et surtout, évitera-t-elle d’être tuée par ladite cible qui tient à garder secrètes ses activités criminelles?

Le Dr Nitta est un Chevalier de Cerebus dans toute sa splendeur. Pour ceux qui ne connaissent pas l’expression, elle fait référence à la série CEREBUS de Dave Sim qui avait débuté comme une série d’humour pour ensuite dévier vers un ton sombre et pessimiste. Un Chevalier de Cerebus est donc un adversaire sérieux et premier degré qu’on introduit dans une série à tonalité humoristique et qui amène souvent avec lui un changement de ton radical. Et c’est vrai que quand on compare Nitta aux criminels auxquels s’était frottée Yûki jusqu’à présent, il n’y a pas photo!

Si, jusqu’à présent, chaque épisode (appelé « Dossier médical ») racontait une histoire auto-conclusive (A l’exception des 3, 4 et 5 qui forment une histoire en trois parties), l’arrivée du Dr Nitta marque le début d’une longue storyline qui durera jusqu’à la fin de la série. Et si l’humour est toujours présent durant la majeure partie de l’arc, il est presque totalement absent de l’épisode final, soit à partir du moment où le médecin émule de Dexter s’évade de prison et reprend sa sinistre croisade.

Comme je l’ai indiqué en introduction, RASH!! n’a pas connu le même succès que les autres œuvres de Tsukasa Hojo qui a dû arrêter la série après seulement 16 « dossiers médicaux ». On saluera cependant son professionnalisme puisqu’il a quand même pris la peine de lui donner une conclusion satisfaisante qui résout les intrigues en cours tout en se ménageant une petite porte de sortie au cas où. En effet, bien que Nitta soit présumé mort dans un incendie, son corps reste introuvable et, comme le dit un vieux proverbe romain:

Niveau graphique, Tsukasa est au top de sa forme, avec son dessin précis et méticuleux alliant à la perfection styles réaliste et cartoonesque. Sans oublier ses deux marques de fabrique que sont ses décors ultra-détaillés et ses ravissantes héroïnes aux tenues sophistiquées. (Par contre, il a de grosses lacunes en français.)

La plupart des pages de titre des « Dossiers médicaux » sont d’ailleurs des pinups de Yûki et Hojo nous gratifie même d’un magnifique portrait hyperréaliste de son héroïne le temps d’une case, pour mieux souligner l’effet qu’elle produit sur Tatsumi.

Les amateurs de Tsukasa Hojo retrouveront dans cette série éphémère tout ce qu’ils ont aimé dans ses autres œuvres policières: héroïne sexy et combattive, humour cartoonesque, dialogues hilarants, rythme effréné, graphisme précis et minutieux. On suit avec bonheur les mésaventures de cette Miss Catastrophe râleuse mais au grand cœur et on ne se sent pas frustré par la courte durée de la série, l’auteur ayant pris le temps de lui donner une conclusion satisfaisante doublée d’un plan final rappelant un peu celui de son autre série CAT’S EYE. Bref, RASH!! est un remède souverain contre la morosité que je vous prescris sans hésiter!

Verdict?


Illustrations extraites de : Rash!!, Alix (La chute d’Icare), Ghostbuster Kurenai, Sailor Moon Short Stories.

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