Chantier (Le)

Année(s): 2010-2011

Auteur(s): Olis.

Catégorie: Franco-Belge – Humour.

Genre: Danger: Men not at work.

Format: Gags en une page.

Titres des albums: 1-… n’avance pas! 2-… dure toujours!

Quand Raoul Cauvin créa sa série Les Femmes En Blanc, il était loin de se douter qu’il venait d’ouvrir une boite de Pandore et la voie à toute une série de BD d’humour consacrées aux activités professionnelles. Au point qu’aujourd’hui, rares sont celles qui n’ont pas été (mal)traitées au moins une fois par le neuvième art. Même les métiers du bâtiment ne furent pas épargnés puisque Olis leur consacra une série en 2010. Mettez vos casques, nous partons inspecter le chantier de la tour Pondichéry.

En principe, la tour Pondichéry est une merveille architecturale de 80 étages conçue par Maître Schoeffler. J’insiste sur le « en principe » car son édification, commencée il y a plus d’un an, reste bloquée au 31eme étage, la faute au ramassis de tire-au-flancs qui s’y affairent. Partisans du moindre effort et jamais à court d’imagination quand il s’agit d’obtenir des congés supplémentaires, « les fous du sommet », comme les appellent les autres ouvriers, feraient passer Gaston Lagaffe pour un stakhanoviste.

D’ailleurs, il est peut-être préférable qu’ils continuent de passer leurs journées en farces et en jeux stupides car les rares fois où ils se décident à faire l’effort de travailler, ils déclenchent des catastrophes qui ne font que retarder d’avantage l’avancée des travaux.

Et s’ils se contentaient de ravager leur propre étage! Mais il n’est pas rare que les dégâts qu’ils provoquent s’étendent aux étages inférieurs …

… quand ce n’est pas à tout le quartier!

Le tout au grand désespoir de leur sous-chef détesté et souffre-douleur préféré Clovis Mercachou, nabot tyrannique doté du caractère de Thaddeus Harris en moins autoritaire et encore moins respecté, régulièrement victime de leurs farces et/ou de malencontreux concours de circonstances qui le placent dans des situations embarrassantes devant ses supérieurs.

Et comme si cette bande de bras cassés n’était pas déjà assez inefficace comme ça, il faut ajouter les sabotages réguliers d’une mémé à toutou qui n’a pas apprécié que la maison de son fils soit rasée pour permettre la construction de la tour et qui s’est jurée de faire tourner ses ouvriers en bourrique tant que son fiston n’aura pas obtenu sa prime d’expropriation et un nouveau logement.

Et si le budget et la durée des travaux pâtissent de tous ces incidents, c’est pour le plus grand plaisir du lecteur qui voit s’enchaîner des gags où Olis fait preuve de solides connaissances dans le domaine de la construction (connaissances plus solides que les constructions de ses personnages, en tout cas), utilisant même à l’occasion un langage très technique tout en sachant rester parfaitement compréhensible … sauf quand le gag repose justement là-dessus, évidemment.

La série souffre malheureusement d’un gros défaut: le manque de personnalité de ses personnages, tellement interchangeables qu’on peine à les différencier. Lequel est Erwin, par exemple?

Les seuls exceptions sont Mercachou, dont j’ai déjà parlé, et Casper, ouvrier chétif et pétochard souffrant d’un vertige pathologique (la simple vue de l’intérieur d’une thermos vide suffit à le faire tomber dans les pommes) qu’il ne surmonte que quand il a une crise de somnambulisme, se dope au café-calva ou pourchasse un faucon qui a chapardé son salami.

Et j’accorde un demi-point à Jibril Sikasso qui, à partir du deuxième album, se distingue de ses camarades par son goût prononcé pour la sieste et ses douloureux lendemains de fiesta.

Le manque de personnalité de ses héros est cependant le seul reproche qu’on peut faire à cette série et n’empêche heureusement pas de rire de bons cœur à leurs gaffes et aux tours pendables qu’ils jouent à leur malheureux supérieur. Malheureusement, c’est peut-être ce qui a empêché Le Chantier de trouver son public et entraîné l’arrêt de la série après seulement deux albums, laissant la construction de la tour Pondichéry définitivement suspendue au désespoir des investisseurs mais au soulagement des assureurs.

Verdict?

Illustrations extraites de : Chantier (Le).

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