Les Nombrils – 01 – Jeunes, belles et vaches

Année(s): 2006-2009 (pour l’édition française)

Auteur(s): Maryse Dubuc (scénario), Delaf (dessins).

Catégorie: Franco-Belge – Humour.

Genre: Barbies poufiasses.

Format: Intégrale regroupant les tomes 1 à 4. Gags et histoires courtes.

Titres des albums: Pour qui tu te prends?, Sale temps pour les moches, Les liens de l’amitié, Duel de belles.

On dit souvent que c’est la beauté intérieure qui compte. Malheureusement, tout le monde ne possède pas la vision X de Superman et la plupart des gens ne voient pas plus loin que l’apparence extérieure. Par conséquent, si vous êtes beau, extraverti et habillé à la dernière mode (celle qui a débuté il y a 3 secondes), le succès et la popularité vous sont garantis même si vous êtes méchant comme la peste bubonique et assez ignare pour croire que la Mandchourie est une maladie grave. Inversement, si vous êtes moche, timide et vêtu d’oripeaux démodés depuis au moins avant-hier, vous aurez beau combiner le cerveau d’Einstein à la rectitude morale de Tintin, votre côte de popularité se situera quelque part entre le cafard et le rat d’égout. C’est sur ce constat cynique que repose l’univers des Nombrils et de son trio d’héroïnes: Vicky, Jenny et Karine. C’est à vous, les filles!

Nées en 2004 dans les pages du magazine québécois Safarir, Les Nombrils rejoignent celles de Spirou dès l’année suivante alors que le magazine est en pleine quête de séries humoristiques ciblant un public ado telles que Tamara (pour le meilleur) ou Ado Stars (pour le pire). Et si vous vous interrogez sur la signification du titre, il fait tout simplement référence au fait que deux de ses héroïnes, Vicky et Jenny, voient le monde de la façon suivante:

Egoïstes et superficielles, leur seul but dans la vie est d’être les élèves les plus sexy et populaires du lycée, celles dont les autres filles sont jalouses et dont les garçons se battent pour avoir l’honneur de sortir avec.

Mais même le plaisir qu’elles en retirent est très superficiel et dans les faits, leur vie est loin d’être aussi idéale qu’elles le font croire. Ainsi, le corps de rêve de Jenny a beau faire fantasmer tous les mâles hétérosexuels qu’elle croise, sa cervelle d’oiseau lui vaut d’être la risée du lycée. C’est bien simple: si Pierre Brochant l’invitait à un de ses dîners, on lui ferait subir un contrôle antidoping en guise de dessert.

Issue d’une famille pauvre (c’est d’ailleurs une habituée du vol à l’étalage), elle cohabite avec une mère alcoolique constamment à quelques gouttes du coma éthylique, un frère en bas âge dont le lecteur a quelques soupçons sur l’identité du père (confirmés par la quatrième de couverture de l’intégrale) et une petite sœur qui est déjà plus intelligente et mâture qu’elle. Il faut dire aussi qu’elle est trèèèèèèèèès en avance sur son âge.

Quant à Vicky (à qui il ne fait pas bon rappeler qu’à une époque, on la surnommait « Bouboule »), c’est l’exact opposé de Jenny: richissime et (relativement) intelligente. D’une intelligence machiavélique, d’ailleurs, car elle n’est jamais à court de stratagèmes pour parvenir à ses fins et n’hésiterait pas à éliminer physiquement ses rivales si on lui laissait le temps de les achever (même Jenny n’est pas à l’abri de ses tentatives de meurtres).

Il convient cependant de signaler pour sa défense qu’elle a l’excuse de l’hérédité. Comment croyez-vous que sa mère avait séduit son père?

Et pourtant, dans sa famille d’arrivistes érigeant la réussite sociale au rang de doctrine, Vicky est considérée comme le vilain petit canard, vivant dans l’ombre d’une sœur encore plus peau de vache qu’elle qui la rabaisse constamment et passe le plus clair de son temps en sous-vêtements pour des raisons de fanservice.

Et puis, il y a Karine, l’échalas au physique ingrat que Vicky et Jenny ne tolèrent dans leur groupe qu’en tant que souffre-douleur et faire-valoir. Grande asperge doublée d’une bonne poire, la pauvre se laisse constamment mener par le bout du nez par ses deux seules « amies », trop timide et effacée pour leur refuser quoi que ce soit.

Et comme ces dernières, Karine n’est guère aidée par son environnement familial, entre un frère obsédé sexuel et deux parents pleins de bonnes intentions mais beaucoup trop prompts à gober les pires calomnies sur leur fille, que celles-ci résultent des manigances de ses « amies » ou de malentendus malencontreux.

Malgré leurs différences, Karine, Jenny et Vicky ont une préoccupation commune: les garçons. Mais pas pour les mêmes raisons: Karine recherche le grand amour tandis que Jenny et Vicky ne s’intéressent qu’au prestige social qu’elles retireraient d’un boyfriend suffisamment  populaire et c’est donc tout naturellement qu’elles jettent leur dévolu sur John John. Ou plutôt sur la moto de John John qui est l’unique raison de son incroyable popularité qu’il ne faut certainement pas rechercher du côté de son intelligence qui rivalise avec celle de Jenny, ni de son physique étant donné qu’à part Karine, personne ne l’a jamais vu sans son casque.

Le lecteur devra attendre le troisième tome pour enfin savoir ce qu’il cache dessous, et ce juste avant qu’il ne quitte la série (Définitivement? Pas si sûr: regardez attentivement la dernière case du quatrième tome!). Ne cherchez pas, vous ne devinerez jamais son secret!

Vous vous en doutez, le départ de (la moto de) John John confronte Jenny et Vicky à un vide immense qu’elles s’empressent de combler avec Fred, le président du conseil étudiant. Reste à savoir laquelle aura l’honneur de sortir avec lui et laquelle devra se contenter du vice-président Hugo.

Un qui n’aurait pourtant pas été contre remplacer John John, c’est Murphy dit « le dépressif », élève surdoué mais boutonneux perpétuellement suicidaire. Au début, le lecteur est tenté de compatir pour lui mais il se rend rapidement compte qu’en réalité, c’est un obsédé prêt à tout pour se taper Jenny et/ou Vicky et ne sortant avec la fille la plus moche du lycée (qui, elle, l’aime sincèrement) qu’en attendant de trouver mieux.

Karine, quant à elle, n’a d’yeux que pour Dan, un garçon simple et sympa ayant exactement les mêmes sentiments pour elle. Malheureusement, Vicky et Jenny ne peuvent pas laisser s’installer cette relation qui risquerait d’éloigner d’elles leur souffre-douleur attitré, cas de figure dans lequel il ne se passe jamais longtemps avant qu’elles ne déchargent leur vacherie naturelle l’une sur l’autre.

Par conséquent, elles font tout pour les empêcher de se mettre ensemble et, après l’échec de cette première stratégie, tout pour les empêcher de rester ensemble. Et quand je dis tout, c’est absolument tout!

Ce n’est cependant pas à cause d’elles que Dan finit par rompre avec Karine mais d’une certaine Mélanie. Pourtant, quand elle apparaît pour la première fois à la fin du tome 2, cette dernière a toutes les apparences d’un personnage sympathique et le tome 3 semble confirmer cette première impression: jolie, ouverte et amicale, militant pour toutes les causes humanitaires connues à ce jour, elle a tout de l’amie idéale pour Karine… jusqu’à ce que la dernière page nous révèle qu’en réalité, c’est une garce manipulatrice dont le seul but était de lui chiper Dan.

En fait, Mélanie est encore pire que Vicky et Jenny. Avec elles, au moins, il n’y a pas tromperie sur la marchandise: elles affichent fièrement leur condition de pétasses et c’est juste que les mecs sont trop aveuglés par leurs strings apparents pour s’en apercevoir. Mélanie, en revanche, cultive une image de Sainte Nitouche pour mieux berner son monde et ses activités humanitaires ne servent qu’à assurer sa popularité tout en lui donnant un semblant de bonne conscience. D’ailleurs, comme si piquer son mec à Karine ne suffisait pas, elle s’arrange ensuite pour la faire passer pour une criminelle en prétendant qu’elle a tenté de l’assassiner avec des chocolats!

Face à cette garce de compétition, Karine aura fort à faire pour retrouver Dan et son honneur mais elle pourra compter sur l’aide de Vicky et Jenny. Pas parce que ces deux-là se sont découvertes une soudaine empathie pour leur « amie », mais parce qu’en plus d’être devenue plus populaire qu’elles auprès des élèves masculins, Mélanie a eu l’outrecuidance de leur piquer Fred après avoir largué Dan. Et ça, elles ne peuvent pas le laisser passer!

En lisant les premiers gags des Nombrils, on pouvait craindre une série répétitive dont chaque histoire aurait reposé sur la superficialité de Jenny et Vicky pour se conclure sur Karine à ramasser à la petite cuillère après avoir été victime de leur vacherie ou de sa propre malchance.

Mais en réalité, les auteurs ne mettent en place cette formule que pour mieux s’en éloigner par la suite, combinant le format « gag en une ou plusieurs pages » à une intrigue feuilletonesque qui voit évoluer les personnages et leurs relations tout en terminant chaque tome par un changement de statu quo servant de base aux événements du suivant. Ainsi, le premier se termine sur Karine et Dan se mettant enfin ensemble. La fin du deuxième brise le trio d’héroïnes en consolidant la relation entre Karine et Dan tandis que Jenny se met avec John John et que Vicky se retrouve seule dans une chambre d’hôpital après une mauvaise chute.

La conclusion du troisième voit les trois « copines » à nouveau réunies tandis que Dan plaque Karine pour se mettre avec Mélanie. Et enfin, le quatrième se conclue sur une Karine transformée par son affrontement avec Mélanie, enfin affranchie de l’influence de Vicky et Jenny et désormais capable de rendre coup pour coup, adoptant un changement de look radical et retrouvant l’amour, bouclant ainsi magnifiquement l’évolution et l’émancipation du personnage. Quant aux conséquences de cette transformation, ceci est une autre histoire…

En attendant de découvrir la suite, ce premier cycle de quatre tomes est une franche réussite bénéficiant d’un humour excellent qui n’hésite pas à partir parfois dans le noir (le gag où Jenny adopte un chiot parce qu’il est assorti à ses bottes est déconseillé aux amis des bêtes) et mettant en scène une pléthore de personnages à priori stéréotypés mais qui se révèlent plus complexes et profonds qu’on ne l’aurait pensé, les auteurs refusant toujours de s’enfermer dans un statu quo et n’hésitant jamais à faire évoluer leurs protagonistes dans des directions souvent surprenantes (Mais le message de la série n’est-il pas qu’il ne faut jamais se fier aux apparences?). Autant de qualités qui font des Nombrils une série à suivre absolument!

Verdict?

Illustrations extraites de : Les Nombrils, Pouce!

2 commentaires

  • Aaaah! J’avais découvert les Nombrils dans les pages du Spirou et j’avais bien accroché! Tu me donnes encore plus envie de me procurer tous les albums! ^^

  • Je confirme aussi que la qualité ne fait qu’augmenter au fil des albums. Il y en a 7 pour le moment.

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