Marvel Divas

Année : 2009

Auteurs : Roberto Aguirre-Sacasa (Scénario), Tonci Zonjic (Dessins).

Catégorie : Comics – Superhéros, comédie dramatique.

Genre : Superhéroïnes and the city.

Durée : Mini-série de 4 épisodes.

Note : Les extraits proviennent de la version originale. Les textes ont été traduits par mes soins.

Si DC a rarement eu des difficultés à inscrire dans la durée les séries consacrées à ses personnages féminins (Supergirl, Batgirl, Wonder Woman, Birds Of Prey…), Marvel est beaucoup moins chanceux. Malgré la popularité de la plupart de ses superhéroïnes, les séries les mettant en scène en solo ou en équipe ne durent généralement que quelques années, voire quelques mois. Dans ce contexte, l’annonce en 2009 de MARVEL DIVAS, une mini-série réunissant un quatuor de superhéroïnes fut accueilli assez tièdement, certains internautes ne voyant là qu’une bête tentative de copier les GOTHAM CITY SIRENS de la concurrence en privilégiant le fanservice au scénario. Et ce n’était pas la couverture du numéro 1, signée par un J. Scott Campbell décidemment bien loin du niveau de qualité de ses GEN13 ou DANGER GIRL, qui allait calmer le procès d’intention. Et pourtant, les Marvel Divas méritent qu’on leur donne leur chance.

J’entends déjà certains d’entre vous se demander « mais quelle équipe de superhéroïnes choisirait de s’appeler « Marvel Divas »? » Et bien, justement, ce n’est pas leur nom officiel, pour la bonne raison que cette équipe officieuse n’en a pas. Ce n’est pourtant pas faute pour elles d’envisager des possibilités.

Bien dit, Patsy! D’ailleurs, pendant que tu es là, peux-tu nous expliquer de quoi parle votre série?

Merci. En clair, les « Marvel Divas » sont moins une équipe superhéroïque qu’un groupe de copines dont la série suit les préoccupations très humaines entre deux missions pour sauver le monde: vie sentimentale et/ou professionnelle, ennuis de santé, problèmes financiers… Nos quatre héroïnes passent d’ailleurs le plus clair de l’histoire dans leurs tenues civiles et il faut saluer la qualité du travail du dessinateur Tonci Zonjic qui parvient à donner à chacune un style vestimentaire qui lui est propre et qui reflète sa personnalité: le positivisme décontracté de Patsy, l’élégante sophistication de Felicia, le côté tough girl de Monica ou la timidité d’Angelica. D’ailleurs, je crois qu’il est temps de vous présenter nos héroïnes ou plutôt, de les laisser se présenter. Mesdemoiselles, c’est à vous!

Bon, je vois. Si ça ne vous fait rien, je vais plutôt faire ça moi-même, d’accord? Commençons par le plus simple: Felicia « Leesh » Hardy alias Black Cat qui est l’équivalent Marvel de la Catwoman de DC. Apparue pour la première fois dans AMAZING SPIDER-MAN 194 (1979), elle est la fille du cambrioleur The Cat, un adversaire éphémère que Spider-Man affrontait dans ASM 30. La plupart du temps, elle est une cambrioleuse ordinaire comptant uniquement sur ses capacités athlétiques et quelques gadgets, mais elle a connu des périodes où elle possédait des superpouvoirs. A ses débuts, elle faisait croire qu’elle avait le pouvoir de porter la poisse à ses adversaires grâce à d’astucieuses mises en scène mais par la suite, elle acquiert réellement ce pouvoir qu’elle perd ou retrouve selon les scénaristes. En d’autres occasions, elle hérite de pouvoirs félins tels qu’une vision nocturne et des griffes rétractiles.

Cambrioleuse repentie (encore que là-aussi, ça dépend des auteurs), Felicia souhaite ouvrir sa propre agence de détective privée, Cat’s Eye (Les sœurs Kisugi vont la poursuivre pour violation de copyright!), mais elle ne parvient pas à trouver l’argent nécessaire. Elle refuse l’aide financière de son actuel petit ami, le riche homme d’affaire Thomas Fireheart, alias Puma, et les banques sont réticentes à accorder un prêt à une ancienne criminelle, à fortiori quand elles ont autrefois figuré sur son tableau de chasse. En désespoir de cause, Black Cat résiste de plus en plus difficilement à la tentation de reprendre ses anciennes activités.

Finalement, elle se fera prêter l’argent par, je cite:

Et non, vous ne rêvez pas, il s’agit bien de Wilson Fisk, alias le Kingpin, chef du crime organisé et ennemi juré de Daredevil. Vu le CV du bonhomme, je ne suis pas certain que c’était la meilleure chose à faire, même si la moralité du personnage varie beaucoup selon les auteurs, les uns le décrivant comme un monstre irrécupérable qui n’hésite pas à tuer ses propres hommes à la moindre contrariété, tandis que d’autres en font un gangster ambivalent doté d’un solide sens de l’honneur et capable d’aider ses ennemis quand il estime avoir une dette envers eux. Le scénariste semble avoir opté pour cette deuxième vision du personnage mais je doute que Felicia n’aurait pas eu un jour à regretter cet accord.

On ne le saura sans doute jamais puisque les apparitions ultérieures de Black Cat ignoreront les événements de MARVEL DIVAS pour la ramener à son image classique de justicière cambrioleuse. Dommage.

Passons maintenant à Monica Rambeau, la tough girl du groupe. Membre des Avengers puis de Nextwave, apparue pour la première fois dans AMAZING SPIDER-MAN ANNUAL 16 (1982), cette native de la Nouvelle Orléans peut se transformer en n’importe quelle forme d’énergie (lumière, micro-ondes, ondes radios, etc). Concernant son nom de code, si elle a débuté sous celui de Captain Marvel (Essentiellement pour des questions de droits, l’éditeur ne voulant pas perdre l’exclusivité du nom après la mort de son prédécesseur), elle en a changé tellement souvent au cours de sa carrière que même ses admirateur s’y perdent.

Elle a aussi connu des changements d’ordre esthétique, comme l’abandon de son costume classique au profit de celui, assez moche, qu’elle porte à l’époque de cette mini, ou la disparition de l’effet visuel qui l’accompagnait quand elle volait sous forme de rayon lumineux. Deux changements que je déplore mais que voulez-vous? Je suis un nostalgique. Pourquoi avoir changé ça, Monica?

Quand MARVEL DIVAS débute, Monica vient d’entamer une relation avec Jericho Drumm, alias Brother Voodoo (Ou plutôt Dr Voodoo puisqu’à l’époque, il avait repris le titre de Sorcier Suprême normalement détenu par Dr Strange) qu’elle a rencontré alors qu’ils aidaient les victimes de l’ouragan Katrina.

Mais oui, on dit ça, on dit ça… C’est vrai que leurs relations sont un peu complexes, mais il faut avouer que Brother Voodoo a une conception très personnelle du romantisme: quand il lui offre une poupée, il s’agit évidemment d’une poupée vaudou et quand il lui fait livrer des fleurs, c’est la nature du livreur qui pose problème.

Malgré leurs relations en dents de scie, Monica accepte de l’aider à acquérir la légendaire patte de singe lors de la « vente aux enchères annuelle au profit de la Société Occulte et Paranormale Nord-Américaine (Sérieusement) ». Pour ceux qui ne connaissent pas, il s’agit d’un objet imaginé en 1902 par l’écrivain W.W. Jacobs dans une de ses nouvelles et exauçant de manière funeste trois souhaits de son propriétaire.

Arrête de râler, Monica, tu seras bien contente d’avoir cette patte sous la main quand tu auras besoin d’un coup de main magique pour aller récupérer une amie envoyée (littéralement) au diable.

Car cette innocente patte de singe dissimulait en réalité une arme bien connue des scénaristes:

Ceci-dit, si Monica avait lu la nouvelle de Jacobs, elle aurait su que ce fusil cette patte n’exauce les vœux que de la manière qui l’arrange.

Parlons maintenant de la benjamine de l’équipe, l’étudiante en histoire de l’art Angelica Jones alias Firestar, une mutante maîtrisant les micro-ondes. A l’origine, le personnage avait été créé en 1981 pour le dessin animé SPIDER-MAN & HIS AMAZING FRIENDS dans lequel notre tisseur préféré aurait dû faire équipe avec deux autres superhéros adolescents: Iceman des X-Men et Human Torch des Fantastic Four. Comme les droits de ce dernier n’étaient pas disponibles, Firestar fut inventée pour le remplacer au pied levé. Il faudra attendre 1985 pour la voir apparaître dans la continuité officielle des comics, d’abord dans UNCANNY X-MEN 193 puis dans la mini-série FIRESTAR qui détaillait ses origines et couvrait des événements survenus avant et après UXM 193. Néanmoins, Firestar allait raccrocher son costume dès la fin de sa mini, une des particularités d’Angelica étant d’être plus attirée par une vie normale que par le superhéroïsme.

Elle quittera pourtant sa retraite en 1989 pour rejoindre les New Warriors, un peu contrainte et forcée (Night Thrasher, le leader de l’équipe, l’avait au départ menacée de révéler sa nature de mutante). A partir de là, Firestar allait connaître une longue carrière de superhéroïne au sein de cette équipe, puis des Avengers, tout en vivant une relation amoureuse avec son coéquipier Vance Astrovik alias Justice. Bien que les deux tourtereaux aient rompu depuis, Angelica ne peut s’empêcher de citer son ex à tout bout de champ, ce qui agace parfois un peu ses amies.

Bizarrement, alors que Firestar aura connu quelques changements de costume au cours de sa carrière, cette série lui fait retrouver son costume d’origine. C’est doublement dommage parce que ça traduit une régression du personnage en plus de lui rendre un costume très impersonnel (il ressemble à s’y méprendre à celui de la superhéroïne britannique Spitfire). Ceci-dit, il y en a qui aiment quand même.

Autre changement esthétique: alors qu’Angelica a toujours porté les cheveux longs, elle a ici les cheveux courts, ce qui pose deux problèmes. Le premier est que le dessinateur la représente avec cette nouvelle coiffure même dans les flashbacks se déroulant durant sa période cheveux longs. Le deuxième est qu’avec elle et Patsy, la série met en scène deux rousses à cheveux courts et malgré les différences de physique et de coiffure, il m’est arrivé plusieurs fois de les confondre lors de ma lecture. Ceci-dit, ça arrive beaucoup moins une fois qu’Angelica décide d’adopter la coupe Sinead O’Connor pour compenser un effet secondaire bien connu de la chimiothérapie. Et croyez-le ou non, même avec la boule à zéro, elle reste très jolie.

Oui, j’ai bien dit « chimiothérapie » car à l’issue du premier épisode, Angelica se découvre un cancer du sein (le scénariste rebondit ainsi sur une sous-intrigue de sa période chez les Avengers) et sa lutte contre la maladie sera la force motrice de la série.

Et enfin, Patsy Walker alias l’insouciante Hellcat, probablement celle des quatre qui a le background le plus alambiqué. Jugez plutôt: à l’origine, Patsy était l’héroïne de plusieurs comics humoristiques à l’eau de rose des années 40. Au début des années 70, elle devient un personnage récurrent des comics superhéroïques de Marvel (elle est donc très bien conservée pour son âge) et finit par mettre la main sur l’ancien costume de Greer Nelson alias The Cat (Rien à voir avec le père de Félicia, Greer était l’héroïne d’une série éphémère de 1972 avant de devenir la femme-tigre Tigra). Grâce à ce costume, Patsy deviendra Hellcat, rejoindra l’équipe des Defenders, sortira avec le fils d’un démon, mourra puis reviendra à la vie… entre autres péripéties. Et il y en a qui se plaignent d’avoir une vie monotone!

Depuis son retour parmi les vivants, Patsy gagne sa vie comme écrivain. MARVEL DIVAS s’ouvre d’ailleurs sur la promotion de son nouveau livre, « Like a cat outta hell » et Angelica lui demande par la suite de coucher sur papier sa bataille contre le cancer. C’est sans doute également grâce à ses talents littéraires que Patsy a l’honneur d’être la narratrice de la série. (Si ça se trouve, nous sommes en train de lire sa dernière œuvre sans le savoir?)

Les choses se corsent quand son ex, Daimon Hellstrom alias le Fils de Satan (En réalité, son père est un démon se faisant passer pour Satan), se rappelle à son bon souvenir et lui propose un marché: son âme contre la guérison d’Angelica. Vous vous demandez pourquoi il se manifeste si longtemps après leur rupture? La raison est simple: son dernier livre.

Si l’intrigue principale concerne la lutte de Firestar contre le cancer, n’allez pourtant pas croire qu’il s’agit d’un récit dramatique. Au contraire, il est bourré d’humour et de répliques savoureuses, ce qui n’empêche pas cette histoire de quatre amies se soutenant dans l’adversité d’être réellement touchante tout en évitant le piège du mélo outrancier.

Par son côté « superhéros dans un contexte réaliste », le style du scénariste Roberto Aguirre-Sacasa rappelle un peu celui de Brian Michael Bendis mais sans les défauts de ce dernier. Comprenez par là que Roberto n’utilise pas 250 phylactères là où un seul suffit et que quand il met une guest-star dans son histoire, sa présence est justifiée et sert le scénario, alors que Bendis est plutôt du genre: « je met untel dans mon histoire parce que j’en ai envie, même si je n’ai pas la moindre idée de ce que je vais faire de lui et que d’autres auteurs se débrouillent pour gérer les erreurs de continuité que je pourrais commettre. »

Au contraire, le récit de Roberto respecte le background des quatre héroïnes principales et ses caméos de superhéros plus ou moins connus jouent sur l’aspect « communautaire » de leur profession. Quand Patsy fait la promotion de son nouveau livre, le gratin des superhéroïnes y assiste (et lui vole la vedette au passage); pour garder la forme, ses consœurs suivent les cours de yoga zen de Danny Rand (Iron Fist); et quand Angelica veut consulter des spécialistes pour son traitement, elle fait appel au Dr Strange (avec l’habituelle question éthique: pourquoi les nombreux magiciens de l’univers Marvel n’utilisent pas leurs immenses pouvoirs pour guérir les malades?) et à l’Infirmière de Nuit.

Concernant l’aspect graphique, le dessinateur Tonci Zonjic fait un très bon travail. J’avais déjà évoqué l’aspect vestimentaire mais chacune de ses héroïnes a un physique différent là où trop de dessinateurs utilisent un gabarit unique pour tous leurs personnages. Son graphisme est épuré, clair, lisible, sa narration fluide et efficace et les couleurs de June Chung et Jelena Kevic Djurdjevic ajoutent encore plus à la beauté et à l’ambiance de ses planches.

MARVEL DIVAS est en quelque sorte un chick flick à la sauce superhéros, mais un BON chick flick, avec un savant dosage entre humour et émotion, un quatuor d’héroïnes humaines et attachantes, un scénario qui multiplie les références à la continuité tout en restant parfaitement accessible à un néophyte, le tout servi par un graphisme épuré à la narration efficace. Que demander de plus? Une suite, peut-être, car cette sympathique non-équipe n’a pas connu d’autres aventures (Encore que le one-shot FIRESTAR de 2010 y fasse référence). Patsy, c’est quand tu veux pour écrire ton prochain bouquin!

Verdict?

Illustrations extraites de : Marvel Divas, Mirai Sentai Time Ranger.

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