Cobra the space pirate – 01 – Les trois sœurs tatouées

Année(s) : 1977-? (2015 pour l’édition française de Black Box)

Auteur(s) : Buichi Terasawa.

Catégorie : Manga – Science-Fiction.

Genre : Les salarymen rêvent-ils de pinups électriques?

Format : Tomes 1 et 2 (édition Black Box).

Note : Comme il s’agit d’un manga, les dialogues des extraits sont à lire de droite à gauche.

Il y a des séries dont le postulat de départ a tout d’un fantasme de geek, même quand elles datent d’avant l’invention du mot « geek ». Prenez le mangaka Buichi Terasawa qui lança en 1977 une série dont le pitch avait tout d’un mix entre ce que cette époque avait de plus populaire: un crossover entre James Bond et Barbarella (le film date de 1968 mais n’a vraiment connu le succès qu’à sa ressortie en 1977) dans l’univers de Star Wars avec Jean-Paul Belmondo dans le rôle de 007! Cette série et son héros au nom de serpent venimeux allaient devenir cultes dans leur pays d’origine, mais aussi en France où l’adaptation en DA fut diffusée sur Canal + puis Antenne 2 dans les années 80, époque où les animes étaient une rareté dans nos contrées (L’occasion de découvrir qu’on pouvait croiser des filles à poil dans les DA de Récré A2!). Une série inoubliable pour ceux de ma génération, donc, ce qui rend assez ironique le fait que quand elle débute, le personnage principal a tout oublié de son passé. Hâtons-nous donc de rafraichir la mémoire de Cobra!

Et c’est vrai qu’en lisant les premières pages, on se demande si on ne s’est pas trompé de série en faisant la connaissance de Johnson, modeste salaryman menant une existence aussi banale qu’ennuyeuse, désespéré de ne pas gagner assez d’argent pour s’offrir le voyage de ses rêves.

Vous avez dit « rêves »? Ça tombe bien, la Trip Movie Corporation propose justement des rêves sur mesure à ses clients. Johnson casse donc sa tirelire pour faire appel à leurs services et il n’est pas déçu du voyage.

Dans son rêve, il devient Cobra, célèbre hors-la-loi mort trois ans plus tôt qui multipliait les aventures et les conquêtes féminines à travers la galaxie, poursuivi par la police spatiale mais aussi par la guilde des pirates dont il ne partageait pas le goût pour la barbarie et qu’il affrontait dès que l’occasion se présentait, armé de son psychogun, une arme unique en son genre dissimulée dans son avant-bras gauche.

Mais peu après son réveil, Johnson a la surprise de croiser par hasard un homme ressemblant trait pour trait à un personnage de son rêve: Vaiken, un ennemi mortel de Cobra. Et pour cause: il s’agit effectivement de Vaiken qui, étonné d’avoir été reconnu, prend Johnson pour un ami de Cobra et menace de le tuer s’il ne lui révèle pas où il se trouve.

Mais la surprise de Johnson est encore plus grande quand il abat lui-même Vaiken en utilisant instinctivement… une arme dissimulée dans son avant-bras gauche!

A partir de ce moment, Johnson retrouve peu à peu la mémoire et comprend la vérité: il est réellement Cobra qui, lassé de devoir toujours fuir, avait décidé de se faire passer pour mort et de modifier son visage et ses souvenirs afin de mener une existence tranquille… sans se douter que cette inactivité lui serait insupportable jusqu’à ce que son passage à la Trip Movie Corporation lui fasse accidentellement revivre son passé.

Les fans de SF l’auront compris: cet épisode pilote est très largement inspiré de We Can Remember It for You Wholesale, la nouvelle de Philip K. Dick qui a servi de base à l’excellent Total Recall de Paul Verhoeven. Et comme pour le héros du film, le lecteur est en droit de se demander si les nombreuses aventures que va ensuite vivre Cobra sont réelles… ou un rêve de Johnson toujours endormi à la Trip Movie Corporation? D’ailleurs, peu avant de s’y rendre, il regrettait de ne pas avoir les moyens de remplacer Ben, son robot domestique, par une androïde féminine… pour découvrir à son retour que Lady, la partenaire féminine cybernétique de Cobra se cachait dans son armure. Coïncidence, ou matérialisation des désirs de son subconscient?

Cobra récupère ensuite son vaisseau spatial, le Turtle, dissimulé dans sa propre tombe, croisant en chemin Jane Royal, une chasseuse de prime qui sollicite son aide pour l’aider à retrouver ses deux sœurs: Catherine et Dominique.

En effet, Jane et ses sœurs sont les filles d’un célèbre pirate, le capitaine Nelson, et ce dernier, avant de mourir, a fait tatouer sur le dos de chacune d’elles un dessin complexe qui, combiné aux deux autres, forme une carte indiquant la cachette d’un fabuleux trésor.

Malheureusement, ce trésor comprend une arme réputée absolue que convoite la guilde des pirates et plus particulièrement Crystal Boy, un cyborg que son corps cristallin immunise contre les armes laser.

Il est secondé par Tarbeige, un homme-plante capable de contrôler autrui en lui implantant une graine dans le corps à l’aide d’un tentacule introduit dans la bouche. Ajoutez à cela que ledit tentacule sort d’une bouche verticale ressemblant fortement à un vagin et que toutes ses victimes sont des femmes, et ce type devient une règle 34 ambulante.

Ces deux tristes sires causent d’ailleurs la mort de Jane et de Catherine et après les avoir vengées, Cobra se rend sur Balus, une planète glaciaire qui est une destination privilégiée des amateurs de sports d’hiver. Il a en effet appris que la troisième sœur, Dominique, se trouvait sur cette planète et qu’elle faisait partie des Créatures des Neiges, une organisation criminelle exclusivement féminine dirigée par la cruelle Sandra.

Heureusement pour l’honneur de sa famille, Dominique est en réalité une policière de l’espace qui a infiltrée l’organisation. Sauvée par Cobra après avoir été démasquée, elle l’accompagne sur la planète désertique Zados où se trouve le trésor de son père, suivie de près par une Sandra bien décidée à s’approprier l’arme absolue qui lui assurerait la conquête de l’univers.

Sandra et les nombreux pièges qui défendent le trésor ne sont cependant pas les seuls dangers que Cobra, Lady et Dominique devront affronter sur Zados. La planète abrite également les Sodès, des chevaliers apparemment immortels mais qui sont en réalité des armures vides contrôlées par des épées vivantes.

Mais même une fois cette chasse au trésor terminée, Cobra n’aura pas le temps de souffler, puisque les deux premiers volumes de l’édition de Black Box comportent encore deux aventures supplémentaires. La première oppose Cobra à Galtan, un mauvais génie sorti tout droit d’un conte des mille-et-une nuits qui veut l’obliger à être son vassal.

Cette histoire va d’ailleurs dans le sens de la théorie selon laquelle les aventures de Cobra ne seraient qu’un rêve de Johnson. En effet, quand l’hôtesse de la Trip Movie Corporation lui avait demandé de décrire le rêve qu’il désirait faire, il avait souhaité, entre autre, être « le roi d’un harem entouré de belles filles ». Et comment se termine ce récit?

Enfin, dans le dernier récit, Cobra se rend sur Las Vegas Station, une station spatiale servant de casino et dont il soupçonne le gérant, Joe Hammerbolt, d’avoir détourné une cargaison d’or. Si son plan initial est de récupérer l’or pour son compte, il est malheureusement obligé de faire une croix dessus quand l’employée de casino faussement ingénue qui l’avait aidé à retrouver le butin et à se débarrasser de Hammerbolt et de ses fulguropoings s’avère être… une agent de la police de l’espace (à croire qu’il les attire)! Mais il a quand même droit à un lot de consolation en attendant de nouvelles aventures encore plus sportives, mais ceci est une autre histoire…

Comme je l’ai dit en introduction, Cobra est né de la conjugaison de plusieurs inspirations dont l’auteur ne s’est jamais caché, mais la série réussit quand même à avoir une identité propre et fait même parfois office de précurseur, la pyramide truffée de pièges dans laquelle est caché le trésor du Capitaine Nelson préfigurant ainsi les aventures d’Indiana Jones.

Parmi les inspirations de la série, on compte donc Star Wars pour le space-opera et la variété de races extraterrestres qui n’auraient pas détonné dans la cantina de Mos Esley, jusqu’au casque de Joe Hammerbolt qui a quelques faux airs avec celui d’un célèbre Seigneur Sith.

James Bond pour l’ambiance d’espionnage, les adversaires hauts en couleur, les James Bond Girls que le héros emballe à chaque mission et les gadgets aussi délirants que géniaux, tels les skis à réaction des Créatures des Neiges ou l’ordinateur en forme de piano de Cobra.

Barbarella pour les tenues outrageusement sexy des James Bond Girls susmentionnées qui sont cependant loin de se cantonner au rôle décoratif de simples femmes objets: Lady, Jane (une référence à Jane Fonda, l’interprète de Barbarella au cinéma), Dominique, Sandra et les nombreuses tueuses de la Guilde des Pirates rivalisent de badasserie et même des personnages moins typées « action girl » qui débutent comme de simples demoiselles en détresse telles Belamie (une esclave de Galtan) ou « Lapinou » (la fausse employée de casino) apportent une aide précieuse à Cobra en de nombreuses occasions.

Et enfin Jean-Paul Belmondo, dont Cobra a le physique et la gouaille en plus de ressembler à un Bob Saint-Clar en god mode, au point que le lecteur autant que les autres personnages doutent qu’il soit réellement humain. Cobra est-il un cyborg, voire un androïde? Un mutant? Un extraterrestre? Interrogé à ce sujet, l’auteur répond que son héros « est un Terrien comme les autres, il est juste beaucoup plus tenace et résistant que la moyenne. » On est quand même en droit d’en douter quand on le voit réaliser des tours de force aussi impressionnants que briser une vitre blindée à coups de poing ou être à peine incommodé par des chutes vertigineuses ou des blessures mortelles. Encore une fois, une telle invincibilité va dans le sens de la théorie du rêve de Johnson.

Qu’elles soient réelles ou imaginaires (dans l’univers imaginaire de la série, s’entend), les aventures de Cobra ont de quoi faire rêver le lecteur avec son univers SF peuplé d’extraterrestres aux designs imaginatifs, d’adversaires aussi redoutables que charismatiques et de femmes dont les tenues ne cachent rien de leur anatomie sculpturale, ainsi que son héros larger than life qui se prend suffisamment peu au sérieux pour échapper à la catégorie Marty Stu. Car à l’instar de Johnson, qui ne rêverait pas de vivre de telles aventures?

Verdict?

Illustrations extraites de : Cobra the space pirate.

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